Après trois heures, le temps me parut extrêmement
rapide; j'aurais voulu que la nuit durât toujours, pour
conserver au moins une lueur d'espérance.
Comme j'étais ainsi à ressasser les mêmes idées pour la
[5]centième fois... tout à coup, sans que j'eusse entendu le
moindre bruit... la lucarne s'ouvrit... deux yeux brillèrent
à l'ouverture... rien ne remua dans le grenier.
«Les autres se seront endormis,» me dis-je.
La tête restait toujours là... attentive... On eût dit
[10]que le scélérat se doutait de quelque chose... Oh! que
mon coeur galopait... que le sang coulait vite dans mes
veines... et pourtant le froid de la peur se répandait sur
ma face... Je ne respirais plus!
Il se passa bien quelques minutes ainsi... puis...
[15]subitement... l'homme parut se décider... il se glissa
dans notre grenier, avec la même prudence que la veille.
Mais au même instant un cri terrible... un cri bref,
vibrant... retentit:
«Nous le tenons!»
[20]Et toute la maison fut ébranlée de fond en comble...
des cris... des trépignements... des clameurs rauques
...me glacèrent d'épouvante... L'homme rugissait...
les autres respiraient haletants... puis il y eut un choc
qui fit craquer le plancher... je n'entendis plus qu'un
[25]grincement de dents... un cliquetis de chaînes...
«De la lumière!» cria le terrible Madoc.
Et tandis que le soufre flambait, jetant dans le réduit
sa lueur bleuâtre, je distinguai vaguement les agents de
police accroupis sur l'homme en manches de chemise: l'un
[30]le tenait à la gorge, l'autre lui appuyait les deux genoux
sur la poitrine; Madoc lui serrait les poings dans des
menottes à faire craquer les os; l'homme semblait inerte;