l'égorger pendant la nuit. Ma résolution fut prompte:
je me redressai en murmurant:
«Madame, au nom du ciel! ayez pitié de moi. Je
suis...»
[5]Mais alors, elle, sans me regarder, sans m'écouter, se
prit à jeter des cris de paon, des cris à vous déchirer les
oreilles, tout en grimpant l'escalier aussi vite que le lui
permettait son énorme corpulence. De mon côté, saisi
d'une terreur inexprimable, je m'accrochai à sa robe, pour
[10]la prier à genoux. Mais ce fut pis encore:
«Au secours! à l'assassin! Oh! ah! mon Dieu! Lâchez-moi.
Prenez mon argent. Oh! oh!»
C'était effrayant. J'avais beau lui dire:
«Madame, regardez-moi. Je ne suis pas ce que vous
[15]pensez...»
Bah! elle était folle d'épouvante, elle radotait, elle
bégayait, elle piaillait d'un accent si aigu que si nous
n'eussions été sous terre, tout le quartier en eût été éveillé.
Dans cette extrémité, ne consultant que ma rage, je lui
[20]grimpai sur le dos, et j'atteignis avant elle la porte, que
je lui refermai sur le nez comme la foudre, ayant soin
d'assujettir le verrou. Pendant la lutte, la lumière s'était
éteinte, dame Grédel restait dans les ténèbres, et sa voix
ne s'entendait plus que faiblement, comme dans le
[25]lointain.
Moi, épuisé, anéanti, je regardais Annette dont le
trouble égalait le mien. Nous n'avions plus la force de
nous dire un mot; et nous écoutions ces cris expirants, qui
finirent par s'éteindre: la pauvre femme s'était évanouie.
[30]«Oh! Kasper, me dit Annette en joignant les mains,
que faire, mon Dieu, que faire? Sauve-toi... Sauve-toi
...On a peut-être entendu... Tu l'as donc tuée?