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--Tuée... moi?

--Eh bien!... échappe-toi... Je vais t'ouvrir.»

En effet, elle leva la barre, et je me pris à courir dans la

rue, sans même la remercier. ..Ingrat! Mais j'avais si

[5]peur... le danger était si pressant... le ciel si noir! Il

faisait un temps abominable: pas une étoile au ciel...

pas un réverbère allumé... Et le vent... et la neige!

Ce n'est qu'après avoir couru au moins une demi-heure,

que je m'arrêtai pour reprendre haleine... Et qu'on

[10]s'imagine mon épouvante quand, levant les yeux, je me

vis juste en face du _Pied-de-Mouton_. Dans ma terreur,

j'avais fait le tour du quartier, peut-être trois ou quatre

fois de suite... Mes jambes étaient lourdes, boueuses...

mes genoux vacillaient.

[15]L'auberge, tout à l'heure déserte, bourdonnait comme

une ruche; des lumières couraient d'une fenêtre à l'autre

...Elle était sans doute pleine d'agents de police. Alors,

malheureux, épuisé par le froid et la faim, désespéré, ne

sachant où trouver un asile, je pris la plus singulière de

[20]toutes les résolutions:

«Ma foi, me dis-je, mourir pour mourir... autant

être pendu que de laisser ses os en plein champ sur la

route de la Forêt Noire!»

Et j'entrai dans l'auberge, pour me livrer moi-même à

[25]la justice. Outre les individus râpés, aux chapeaux

déformés, aux triques énormes, que j'avais déjà vus le matin,

et qui allaient, venaient, furetaient et s'introduisaient

partout, il y avait alors devant une table le grand

bailli Zimmer, vêtu de noir, l'air grave, l'oeil pénétrant, et

[30]le secrétaire Rôth, avec sa perruque rousse, sa grimace

imposante et ses larges oreilles plates comme des écailles

d'huîtres. C'est à peine si l'on fit attention à moi,

Contes Français · 第 198 / 396 题