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La mère Grédel va dormir, et la petite Annette ne tardera

point à me délivrer.»

Dans cette agréable pensée je détirais déjà mes membres

engourdis, quand ces paroles de la grosse cabaretière

[5]frappèrent mes oreilles:

«Annette, va fermer, et n'oublie pas de mettre la barre.

Moi, je descends à la cave.»

Il parait qu'elle avait cette louable habitude pour

s'assurer que tout était en ordre.

[10]«Mais, madame, balbutia la petite, le tonneau n'est pas

vide; vous n'avez pas besoin...

--Mêle-toi de tes affaires,» interrompit la grosse femme,

dont la chandelle brillait déjà sur l'escalier.

Je n'eus que le temps de me replier de nouveau derrière

[15]la futaille. La vieille, courbée sous la voûte basse du

cellier, allait d'une tonne à l'autre, et je l'entendais

murmurer:

«Oh! la coquine, comme elle laisse couler le vin! At~

tends, attends, je vais t'apprendre à mieux fermer les

[20]robinets. A-t-on jamais vu! A-t-on jamais vu!»

La lumière projetait les ombres contre le mur humide.

Je me dissimulais de plus en plus.

Tout à coup, au moment où je croyais la visite terminée,

j'entendis la grosse mère exhaler un soupir, mais un soupir

[25]si long, si lugubre, que l'idée me vint aussitôt qu'il se

passait quelque chose d'extraordinaire. Je hasardai un

oeil... le moins possible; et qu'est-ce que je vis? Dame

Grédel Dick, la bouche béante, les yeux hors de la tête,

contemplant le dessous de la tonne, derrière laquelle je

[30]me tenais immobile. Elie venait d'apercevoir un de mes

pieds sous la solive servant de cale, et s'imaginait sans

doute avoir découvert le chef des brigands, caché là pour

Contes Français · 第 196 / 396 题