et puis, un beau matin, on apprend que maître un tel a
eu la gorge coupée dans son lit... que sa femme a été
massacrée... ses enfants égorgés... la maison pillée de
fond en comble... qu'on a mis le feu à la grange... ou
[5]autre chose dans ce genre... Quels misérables! On
devrait les exterminer tous sans miséricorde... au moins
le pays serait tranquille.
--Toute la ville ira les voir pendre, disait la mère
Grédel... Ce sera le plus beau jour de ma vie!
[10]--Savez-vous que sans la montre du doyen Daniel, on
n'aurait jamais trouvé leur trace? Hier soir la montre
disparaît... Ce matin, maître Daniel en donne le signalement
à la police... une heure après, Madoc mettait la
main sur toute la couvée... hé! hé! hé!»
[15]Et toute la salle de rire aux éclats. La honte,
l'indignation, la peur, me faisaient frémir tour à tour.
Cependant la nuit vint. Quelques buveurs seuls
restaient encore à table. On avait veillé la nuit précédente;
j'entendais la grosse propriétaire qui bâillait et
[20]murmurait:
«Ah! mon Dieu, quand pourrons-nous aller nous
coucher?»
Une seule chandelle restait allumée dans la salle.
«Allez dormir, madame, dit la douce voix d'Annette, je
[25]veillerai bien toute seule jusqu'à ce que ces messieurs s'en
aillent.»
Quelques ivrognes comprirent cette invitation et se
retirèrent; il n'en restait plus qu'un, assoupi en face de sa
cruche. Le wachtmann, étant venu faire sa ronde,
[30]l'éveilla, et je l'entendis sortir à son tour, grognant et
trébuchant jusqu'à la porte.
«Enfin, me dis-je, le voilà parti; ce n'est pas malheureux.