porte... puis tout devint silencieux: mes pauvres camarades
étaient partis!--La mère Grédel Dick jetait son
cri de paon sur le seuil de son allée, disant que l'auberge
du _Pied-de-Mouton_ était déshonorée.
[5]Je vous laisse à penser les réflexions que je dus faire
durant tout un jour, blotti derrière une futaille, les reins
courbés, les jambes repliées sous moi, songeant que si un
chien descendait à la cave... que s'il prenait fantaisie à
la cabaretière de venir elle-même remplir la cruche. ..
[10]que si la tonne se vidait dans le jour et qu'il fallût en
mettre une autre en perce... que le moindre hasard enfin
pouvait me perdre.
Toutes ces idées et mille autres me passaient par la
tête. Je représentais mes camarades déjà pendus au gibet.
[15]Annette, non moins troublée que moi, par excès de prudence
refermait la porte chaque fois qu'elle remontait du
cellier.--J'entendis la vieille lui crier:
«Mais laisse donc cette porte. Es-tu folle de perdre la
moitié de ton temps à l'ouvrir?»
[20]Alors, la porte resta entre-bâillée, et du fond de l'ombre
je vis les tables se garnir de nouveaux buveurs... J'entendais
des cris, des discussions, des histoires sans fin sur la
fameuse bande.
«Oh! les scélérats, disait l'un, grâce au ciel on les tient!
[25]Quel fléau pour Heidelberg!... On n'osait plus se hasarder
dans les rues après dix heures... Le commerce en souffrait...
Enfin, c'est fini, dans quinze jours, tout sera
rentré dans l'ordre.
--Voyez-vous ces musiciens de la Forêt Noire, criait
[30]un autre... c'est un tas de bandits! ils s'introduisent dans
les maisons sous prétexte de faire de la musique... Ils
observent les serrures, les coffres, les armoires, les issues,