la joue et s'élança vers la porte; mais au moment de sortir
elle s'arrêta:
«Ah! s'écria-t-elle en revenant, j'oubliais de vous dire;
avez-vous appris?
[5]--Quoi donc?
--La mort de notre pro-recteur Zâhn!
--Et que nous importe cela?
--Oui, mais prenez garde, prenez garde, si vos papiers
ne sont pas en règle. Demain à huit heures, on viendra
[10]vous les demander. On arrête tant de monde, tant de
monde depuis quinze jours! Le pro-recteur a été assassiné
dans la bibliothèque du cloître Saint-Christophe hier
soir. La semaine dernière on a pareillement assassiné le
vieux sacrificateur Ulmet Élias, de la rue des Juifs!
[15]Quelques jours avant, on a tué la vieille Christina Hâas et le
marchand d'agates Séligmann! Ainsi, mon pauvre Kasper,
fit-elle tendrement, veille bien sur toi, et que tous vos
papiers soient en ordre.»
Tandis qu'elle parlait, on criait toujours d'en bas:
[20]«Annette! Annette! viendras-tu? Oh! la malheureuse,
qui me laisse toute seule!»
Et les cris des buveurs s'entendaient aussi, demandant
du vin, de la bière, du jambon, des saucisses. Il fallut
bien partir. Annette descendit en courant comme elle
[25]était venue, et répondant de sa voix douce:
«Mon Dieu!... mon Dieu!... qu'y a-t-il donc, madame,
pour crier de la sorte?... Ne croirait-on pas que le feu est
dans la maison!...»
Wilfrid alla refermer la porte, et, ayant repris sa place,
[30]nous nous regardâmes, non sans quelque inquiétude.
«Voilà de singulières nouvelles, dit-il... Au moins tes
papiers sont-ils en règle?