seconds violons; Heinrich Siebel, la clarinette; la grande
Berthe avec sa harpe; puis Wilfrid et sa contre-basse, et
moi comme premier violon.
Il fut arrêté que nous irions ensemble, et qu'après la
[5]Noël, nous partagerions en frères. Wilfrid avait déjà
loué, pour nous deux, une chambre au sixième étage de
la petite auberge du _Pied-de-Mouton_, à quatre kreutzers
la nuit. A proprement parler, ce n'était qu'un grenier;
mais heureusement il y avait un fourneau de tôle, et nous
[10]y fimes du feu pour nous sécher.
Comme nous étions assis tranquillement à rôtir des
marrons et à boire une cruche de vin, voilà que la petite
Annette, la fille d'auberge, en petite jupe coquelicot et
cornette de velours noir, les joues vermeilles, les lèvres roses
[15]comme un bouquet de cerises... Annette monte l'escalier
quatre à quatre, frappe à la porte, et vient se jeter dans,
mes bras, toute réjouie.
Je connaissais cette jolie petite depuis longtemps, nous
étions du même village, et puisqu'il faut tout vous dire, ses
[20]yeux pétillants, son air espiègle m'avaient captivé le coeur.
«Je viens causer un instant avec toi, me dit-elle, en
s'asseyant sur un escabeau. Je t'ai vu monter tout à
l'heure, et me voilà!»
Elle se mit alors à babiller, me demandant des nouvelles
[25]de celui-ci, de celui-là, enfin de tout le village: c'était à
peine si j'avais le temps de lui répondre. Parfois elle
s'arrêtait et me regardait avec une tendresse inexprimable.
Nous serions restés là jusqu'au lendemain, si la mère Grédel
Dick ne s'était mise à crier dans l'escalier:
[30]«Annette! Annette! viendras-tu?
--Me voilà, madame, me voilà!» fit la pauvre enfant, se
levant toute surprise. Elle me donna une petite tape sur