trumeau peint, une petite ombre s'arrête, toute tremblante:
«Dire que c'est moi, et que me voilà!» et elle regarde en
souriant une Diane qui se dresse dans la boiserie,--mince
et rose, avec un croissant au front.
[5]«Nesmond, viens donc voir tes armes!» et tout le monde
rit en regardant le blason des Nesmond qui s'étale sur une
toile d'emballage, avec le nom de Majesté au-dessous.
«Ah! ah! ah!... Majesté!... Il y en a donc encore des
Majestés en France?»
[10]Et ce sont des gaietés sans fin, de petits rires à son de
flûte, des doigts en l'air, des bouches qui minaudent...
Tout à coup quelqu'un crie:
«Du champagne! du champagne!
--Mais non...
[15]--Mais si!... si, c'est du champagne... Allons,
comtesse, vite un petit réveillon.»
C'est de l'eau de Seltz de M. Majesté qu'ils ont prise
pour du champagne. On le trouve bien un peu éventé;
mais bah! on le boit tout de même; et comme ces pauvres
[20]petites ombres n'ont pas la tête bien solide, peu à peu
cette mousse d'eau~de Seltz les anime, les excite, leur donne
envie de danser. Des menuets s'organisent. Quatre fins
violons que Nesmond a fait venir commencent un air de
Rameau, tout en triolets, menu et mélancolique dans sa
[25]vivacité. Il faut voir toutes ces jolies vieilles tourner
lentement, saluer en mesure d'un air grave. Leurs atours
en sont rajeunis, et aussi les gilets d'or, les habits brochés,
les souliers à boucles de diamants. Les panneaux eux-mêmes
semblent revivre en entendant ces anciens airs.
[30]La vieille glace, enfermée dans le mur depuis deux cents
ans, les reconnaît aussi, et tout, éraflée, noircie aux angles,
elle s'allume doucement et renvoie aux danseurs leur