lucarnes des mansardes qui ont leur étincelle de fête et
de vie. Tout l'hôtel de Nesmond s'illumine, comme si un
grand coup de soleil couchant avait allumé ses vitres.
«Ah! mon Dieu! ils vont mettre le feu!...» se dit M.
[5]Majesté. Et, revenu de sa stupeur, il tâche de secouer
l'engourdissement de ses jambes et descend vite dans la
cour, où les laquais viennent d'allumer un grand feu clair.
M. Majesté s'approche; il leur parle. Les laquais ne lui
répondent pas, et continuent de causer tout bas entre eux,
[10]sans que la moindre vapeur s'échappe de leurs lèvres dans
l'ombre glaciale de la nuit, M. Majesté n'est pas content,
cependant une chose le rassure, c'est que ce grand feu qui
flambe si haut et si droit est un feu singulier, une flamme
sans chaleur, qui brille et ne brûle pas. Tranquillisé de
[15]ce côté, le bonhomme franchit le perron et entre dans ses
magasins.
Ces magasins du rez-de-chaussée devaient faire autrefois
de beaux salons de réception. Des parcelles d'or terni
brillent encore à tous les angles. Des peintures
[20]mythologiques tournent au plafond, entourent les glaces, flottent
au-dessus des portes dans des teintes vagues, un peu
ternes, comme le souvenir des années écoulées. Malheureusement
il n'y a plus de rideaux, plus de meubles.
Rien que des paniers, de grandes caisses pleines de siphons
[25]à têtes d'étain, et les branches desséchées d'un vieux lilas
qui montent toutes noires derrière les vitres. M. Majesté,
en entrant, trouve son magasin plein de lumière et de
monde. Il salue, mais personne ne fait attention à lui.
Les femmes aux bras de leurs cavaliers continuent à
[30]minauder cérémonieusement sous leurs pelisses de satin. On
se promène, on cause, on se disperse. Vraiment tous ces
vieux marquis ont l'air d'être chez eux. Devant un