les talus pour se cacher, écoutant les moindres bruits,
inquiet comme un braconnier.
Lorsqu'il crut l'heure arrivée, il se rapprocha de la route
et se cacha dans une broussaille. Il attendit encore.
[5]Enfin, vers minuit, un galop de cheval sonna sur la terre
dure du chemin. L'homme mit l'oreille à terre pour
s'assurer qu'un seul cavalier s'approchait, puis il
s'apprêta.
Le uhlan arrivait au grand trot, rapportant des dépêches.
[10]Il allait, l'oeil en éveil, l'oreille tendue. Dès qu'il ne fut
plus qu'à dix pas, le père Milon se traîna en travers de la
route en gémissant: «_Hilfe! Hilfe!_ A l'aide, à l'aide!»
Le cavalier s'arrêta, reconnut un Allemand démonté, le
crut blessé, descendit de cheval, s'approcha sans soupçonner
[15]rien, et, comme il se penchait sur l'inconnu, il reçut au
milieu du ventre la longue lame courbée du sabre. Il
s'abattit, sans agonie, secoué seulement par quelques frissons
suprêmes.
Alors le Normand, radieux, d'une joie muette de vieux
[20]paysan, se releva, et, pour son plaisir, coupa la gorge du
cadavre. Puis, il le traîna jusqu'au fossé et l'y jeta.
Le cheval, tranquille, attendait son maître. Le père
Milon se mit en selle, et il partit au galop à travers les
plaines.
[25]Au bout d'une heure, il aperçut encore deux uhlans
côte à côte qui rentraient au quartier. Il alla droit sur
eux, criant encore: «_Hilfe! Hilfe!_» Les Prussiens le
laissaient venir, reconnaissant l'uniforme, sans méfiance.
aucune. Et il passa, le vieux, comme un boulet entre les
[30]deux, les abattant l'un et l'autre avec son sabre et un
revolver.
Puis il égorgea les chevaux, des chevaux allemands!