Puis il rentra doucement au four à plâtre et cacha un
cheval au fond de la sombre galerie. Il y quitta son uniforme,
reprit ses hardes de gueux et, regagnant son lit,
dormit jusqu'au matin.
[5]Pendant quatre jours, il ne sortit pas, attendant la fin
de l'enquête ouverte; mais, le cinquième jour, il repartit,
et tua encore deux soldats par le même stratagème. Dès
lors, il ne s'arrêta plus. Chaque nuit, il errait, il rôdait à
l'aventure, abattant des Prussiens tantôt ici, tantôt là,
[10]galopant par les champs déserts, sous la lune, uhlan perdu,
chasseur d'hommes. Puis, sa tâche finie, laissant derrière
lui des cadavres couchés le long des routes, le vieux cavalier
rentrait cacher au fond du tour à plâtre son cheval et son
uniforme.
[15]Il allait vers midi, d'un air tranquille, porter de l'avoine
et de l'eau à sa monture restée au fond du souterrain, et
il la nourrissait à profusion, exigeant d'elle un grand
travail.
Mais, la veille, un de ceux qu'il avait attaqués se tenait
[20]sur ses gardes et avait coupé d'un coup de sabre la figure
du vieux paysan.
Il les avait tués cependant tous les deux! Il était
revenu encore, avait caché le cheval et repris ses humbles
habits; mais, en rentrant, une faiblesse l'avait saisi et il
[25]s'était traîné jusqu'à l'écurie, ne pouvant plus gagner la
maison.
On l'avait trouvé là tout sanglant, sur la paille. ..
* * *
Quand il eut fini son récit, il releva soudain la tête et
regarda fièrement les officiers prussiens.
[30]Le colonel, qui tirait sa moustache, lui demanda: