ça. Et pi j'avais d'autres choses itou su l'coeur, que
j'vous dirai. V'là qu'j'en aperçois un d'vos cavaliers qui
fumait sa pipe su mon fossé, derrière ma grange. J'allai
décrocher ma faux et je r'vins à p'tits pas par derrière,
[5]qu'il n'entendit seulement rien. Et j'li coupai la tête
d'un coup, d'un seul, comme un épi, qu'il n'a pas seulement
dit «ouf!» Vous n'auriez qu'à chercher au fond d'la mare;
vous le trouveriez dans un sac à charbon, avec une pierre
de la barrière.
[10]«J'avais mon idée. J'pris tous ses effets d'puis les
bottes jusqu'au bonnet et je les cachai dans le four à
plâtre du bois Martin, derrière la cour.»
Le vieux se tut. Les officiers, interdits, se regardaient.
L'interrogatoire recommença; et voici ce qu'ils apprirent:
* * *
[15]Une fois son meurtre accompli, l'homme avait vécu avec
cette pensée: «Tuer des Prussiens!» Il les haïssait d'une
haine sournoise et acharnée de paysan cupide et patriote
aussi. Il avait son idée, comme il disait. Il attendit
quelques jours.
[20]On le laissait libre d'aller et de venir, d'entrer et de
sortir à sa guise, tant il s'était montré humble envers les
vainqueurs, soumis et complaisant. Or il voyait, chaque
soir, partir les estafettes; et il sortit, une nuit, ayant
entendu le nom du village où se rendaient les cavaliers, et
[25]ayant appris, dans la fréquentation des soldats, les quelques
mots d'allemand qu'il lui fallait.
Il sortit de sa cour, se glissa dans le bois, gagna le four
à plâtre, pénétra au fond de la longue galerie et, ayant
retrouvé par terre les vêtements du mort, il s'en vêtit.
[30]Alors il se mit à rôder par les champs, rampant, suivant