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trouble intérieur, c'est qu'il avalait coup sur coup sa

salive, avec un effort visible, comme si sa gorge eût été

tout à fait étranglée.

La famille du bonhomme, son fils Jean, sa bru et deux

[5]petits enfants se tenaient à dix pas en arrière, effarés et

consternés.

Le colonel reprit:

--Savez-vous aussi qui a tué tous les éclaireurs de notre

armée qu'on retrouve chaque matin, par la campagne,

[10]depuis un mois?

Le vieux répondit avec la même impassibilité de brute:

--C'est mé.

~-C'est vous qui les avez tués tous?

--Tretous, oui, c'est mé.

[15]--Vous seul?

--Mé seul.

--Dites-moi comment vous vous y preniez.

Cette fois l'homme parut ému; la nécessité de parler

longtemps le gênait visiblement. Il balbutia:

[20]-Je sais-ti, mé? J'ai fait ça comme ça s'trouvait.

Le colonel reprit:

--Je vous préviens qu'il faudra que vous me disiez

tout. Vous ferez donc bien de vous décider immédiatement.

Comment avez-vous commencé?

[25]L'homme jeta un regard inquiet sur sa famille attentive

derrière lui. Il hésita un instant encore, puis, tout à coup,

se décida.

--Je r'venais un soir, qu'il était p't-être dix heures, le

lend'main que vous étiez ici. Vous, et pi vos soldats,

vous m'aviez pris pour pu de chinquante écus de fourrage

avec une vaque et deux moutons. Je me dis: Tant qu'i

me prendront de fois vingt écus, tant que je leur y revaudrai

Contes Français · 第 139 / 396 题