La femme aussi se retourne et regarde, sans dire un mot.
Cette vigne est plantée juste à la place où le père a été
fusillé.
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* *
C'était pendant la guerre de 1870. Les Prussiens
[5]occupaient tout le pays. Le général Faidherbe, avec l'armée
du Nord, leur tenait tête.
Or l'état-major prussien s'était posté dans cette ferme.
Le vieux paysan qui la possédait, le père Milon, Pierre,
les avait reçus et installés de son mieux.
[10]Depuis un mois l'avant-garde allemande restait en
observation dans le village. Les Français demeuraient
immobiles, à dix lieues de là; et cependant, chaque nuit,
des uhlans disparaissaient.
Tous les éclaireurs isolés, ceux qu'on envoyait faire des
[15]rondes, alors qu'ils partaient à deux ou trois seulement,
ne rentraient jamais.
On les ramassait morts, au matin, dans un champ, au
bord d'une cour, dans un fossé. Leurs chevaux eux-mêmes
gisaient le long des routes, égorgés d'un coup de
[20]sabre.
Ces meurtres semblaient accomplis par les mêmes
hommes, qu'on ne pouvait découvrir.
Le pays fut terrorisé. On fusilla des paysans sur une
simple dénonciation, on emprisonna des femmes; on voulut
[25]obtenir, par la peur, des révélations des enfants. On ne
découvrit rien.
Mais voilà qu'un matin, on aperçut le père Milon étendu
dans son écurie, la figure coupée d'une balafre.
Deux uhlans éventrés furent retrouvés à trois kilomètres
[30]de la ferme. Un d'eux tenait encore à la main son
arme ensanglantée. Il s'était battu, défendu.