Page 92

salée, et deusio qu'i faudrait la mettre en bouteille, vu que

mon abdomin n'est point pliable pour bé à c'te tasse-là!

Et puis il fallait l'entendre se quereller avec sa femme.

C'était une telle comédie qu'on aurait payé sa place de

[5]bon coeur. Depuis trente ans qu'ils étaient mariés, ils se

chamaillaient tous les jours. Seulement Toine rigolait,

tandis que sa bourgeoise se fâchait. C'était une grande

paysanne, marchant à longs pas d'échassier, et portant

une tête de chat-huant en colère. Elle passait son temps.

[10]à élever des poules dans une petite cour, derrière le cabaret,

et elle était renommée pour la façon dont elle savait engraisser

les volailles.

Quand on donnait un repas à Fécamp chez des gens de

la haute, il fallait, pour que le dîner fût goûté, qu'on y

[15]mangeât une pensionnaire de la mé Toine.

Mais elle était née de mauvaise humeur et elle avait

continué à être mécontente de tout. Fâchée contre le

monde entier, elle en voulait principalement à son mari.

Elle lui en voulait de sa gaieté, de sa renommée, de sa

[20]santé et de son embonpoint. Elle le traitait de propre à

rien, parce qu'il gagnait de l'argent sans rien faire, de

sapas, parée qu'il mangeait et buvait comme dix hommes

ordinaires, et il ne se passait point de jour sans qu'elle

déclarât d'un air exaspéré:

[25]--Ça serait-il point mieux dans l'étable à cochons, un

quétou comme ça? C'est que d'la graisse, que ça en fait

mal au coeur.

Et elle lui criait dans la figure:

--Espère, espère un brin; j'verrons c'qu'arrivera,

[30]j'verrons ben! Ça crèvera comme un sac à grain, ce gros bouffi!

Toine riait de tout son coeur en se tapant sur le ventre et

Répondait:

Contes Français · 第 122 / 396 题