salée, et deusio qu'i faudrait la mettre en bouteille, vu que
mon abdomin n'est point pliable pour bé à c'te tasse-là!
Et puis il fallait l'entendre se quereller avec sa femme.
C'était une telle comédie qu'on aurait payé sa place de
[5]bon coeur. Depuis trente ans qu'ils étaient mariés, ils se
chamaillaient tous les jours. Seulement Toine rigolait,
tandis que sa bourgeoise se fâchait. C'était une grande
paysanne, marchant à longs pas d'échassier, et portant
une tête de chat-huant en colère. Elle passait son temps.
[10]à élever des poules dans une petite cour, derrière le cabaret,
et elle était renommée pour la façon dont elle savait engraisser
les volailles.
Quand on donnait un repas à Fécamp chez des gens de
la haute, il fallait, pour que le dîner fût goûté, qu'on y
[15]mangeât une pensionnaire de la mé Toine.
Mais elle était née de mauvaise humeur et elle avait
continué à être mécontente de tout. Fâchée contre le
monde entier, elle en voulait principalement à son mari.
Elle lui en voulait de sa gaieté, de sa renommée, de sa
[20]santé et de son embonpoint. Elle le traitait de propre à
rien, parce qu'il gagnait de l'argent sans rien faire, de
sapas, parée qu'il mangeait et buvait comme dix hommes
ordinaires, et il ne se passait point de jour sans qu'elle
déclarât d'un air exaspéré:
[25]--Ça serait-il point mieux dans l'étable à cochons, un
quétou comme ça? C'est que d'la graisse, que ça en fait
mal au coeur.
Et elle lui criait dans la figure:
--Espère, espère un brin; j'verrons c'qu'arrivera,
[30]j'verrons ben! Ça crèvera comme un sac à grain, ce gros bouffi!
Toine riait de tout son coeur en se tapant sur le ventre et
Répondait: