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--Eh! la mé Poule, ma planche, tâche d'engraisser

comme ça d'la volaille. Tâche pour voir.

Et relevant sa manche sur son bras énorme:

--En v'là un aileron, la mé, en v'là un.

[5]Et les consommateurs tapaient du poing sur les tables

en se tordant de joie, tapaient du pied sur la terre du sol,

et crachaient par terre dans un délire de gaieté.

La vieille furieuse reprenait:

--Espère un brin... espère un brin... j'verrons

[10]c'qu'arrivera... ça crèvera comme un sac à grain...

Et elle s'en allait furieuse, sous les rires des buveurs.

Toine, en effet, était surprenant à voir, tant il était

devenu épais et gros, rouge et soufflant. C'était un de ces

êtres énormes sur qui la mort semble s'amuser, avec des

[15]ruses, des gaietés et des perfidies bouffonnes, rendant

irrésistiblement comique son travail lent de destruction.

Au lieu de se montrer comme elle fait chez les autres, la

gueuse, de se montrer dans les cheveux blancs, dans la

maigreur, dans les rides, dans l'affaissement croissant qui

[20]fait dire avec un frisson: «Bigre! comme il a changé!»

elle prenait plaisir à l'engraisser, celui-là, à le faire monstrueux

et drôle, à l'enluminer de rouge et de bleu, à le

souffler, à lui donner l'apparence d'une santé surhumaine;

et les déformations qu'elle inflige à tous les êtres devenaient

[25]chez lui risibles, cocasses, divertissantes, au lieu d'être

sinistres et pitoyables.

--Espère un brin, répétait la mère Toine, j'verrons ce

qu'arrivera.

Contes Français · 第 123 / 396 题