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L'hiver était venu. Nous étions harassés et désespérés.

On se battait maintenant tous les jours. Les hommes

affamés ne marchaient plus. Seuls les huit turcos (trois

avaient été tués) demeuraient gras et luisants, et vigoureux,

[5]toujours prêts à se battre. Tombouctou engraissait

même. Il me dit un jour:

--Toi beaucoup faim, moi bon viande.

Et il m'apporta en effet un excellent filet. Mais de

quoi? Nous n'avions plus ni boeufs, ni moutons, ni chèvres,

[10]ni ânes, ni porcs. Il était impossible de se procurer

du cheval. Je réfléchis à tout cela après avoir dévoré

ma viande. Alors une pensée horrible me vint. Ces

nègres étaient nés bien près du pays où l'on mange des

hommes! Et chaque jour tant de soldats tombaient

[15]autour de la ville! J'interrogeai Tombouctou. Il ne voulut

pas répondre. Je n'insistai point, mais je refusai désormais

ses présents.

Il m'adorait. Une nuit, la neige nous surprit aux

avant-postes. Nous étions assis par terre. Je regardais

[20]avec pitié les pauvres nègres grelottant sous cette

poussière blanche et glacée. Comme j'avais grand froid, je

me mis à tousser. Je sentis aussitôt quelque chose s'abattre

sur moi, comme une grande et chaude couverture.

C'était le manteau de Tombouctou qu'il me jetait sur les

[25]épaules.

Je me levai et, lui rendant son vêtement:

--Garde ça, mon garçon; tu en as plus besoin que moi.

Il répondit:

--Non, mon lieutenant, pou toi, moi pas besoin, moi

[30]chaud, chaud.

Et il me contemplait avec des yeux suppliants.

Je repris:

Contes Français · 第 81 / 396 题