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qu'il marchait avec peine. Je le crus blessé; il se mit à

rire et me dit:

--Moi, povisions pou pays.

C'est que Tombouctou ne faisait point la guerre pour

[5]l'honneur, mais bien pour le gain. Tout ce qu'il trouvait,

tout ce qui lui paraissait avoir une valeur quelconque,

tout ce qui brillait surtout, il le plongeait dans sa poche!

Quelle poche! un gouffre qui commençait à la hanche et

finissait aux chevilles. Ayant retenu un terme de troupier,

[10]il l'appelait sa «profonde,» et c'était sa profonde, en effet!

Donc il avait détaché l'or des uniformes prussiens, le

cuivre des casques, les boutons, etc., et jeté le tout dans

sa «profonde» qui était pleine à déborder.

Chaque jour, il précipitait là-dedans tout objet luisant

[15]qui lui tombait sous les yeux, morceaux d'étain ou pièces

d'argent, ce qui lui donnait parfois une tournure infiniment

drôle.

Il comptait remporter cela au pays des autruches, dont

il semblait bien frère, ce fils de roi, torturé par le besoin

[20]d'engloutir les corps brillants. S'il n'avait pas eu sa

profonde, qu'aurait-il fait? Il les aurait sans doute

avalés.

Chaque matin sa poche était vide. Il avait donc un

magasin général où s'entassaient ses richesses. Mais où?

[25]Je ne l'ai pu découvrir.

Le général, prévenu du haut fait de Tombouctou, fit

bien vite enterrer les corps demeurés au village voisin,

pour qu'on ne découvrit point qu'ils avaient été décapités.

Les Prussiens y revinrent le lendemain. Le maire et sept

[30]habitants notables furent fusillés sur-le-champ, par

représailles, comme ayant dénoncé la présence des Allemands.

Contes Français · 第 80 / 396 题