--Un soufflet que, dans une soirée, il reçut d'un certain
animal...
--Et vous a-t-il dit le nom de cet animal?
--Non, monsieur le comte, il ne m'a pas dit...
[5]Ah! monsieur le comte, m'écriai-je devinant la vérité,
pardonnez-moi... Je ne savais pas... Serait-ce
vous?...
--Moi-même, répondit le comte d'un air de confusion,
et ce tableau troué est un souvenir de notre dernière
[10]entrevue.
--Ah! cher ami, dit la comtesse, pour l'amour de Dieu,
ne parle pas de cela! cela me fait encore peur.
--Non, dit le comte; il faut dire la chose à monsieur;
il sait comment j'eus le malheur d'offenser son ami, il
[15]est juste qu'il apprenne comment il s'est vengé.
Le comte m'avança un fauteuil, et j'écoutai avec la
plus vive curiosité le récit suivant:
--Il y a cinq ans que je me mariai. Le premier mois,
_the honeymoon_, je le passai ici, dans ce château. A ce
[20]château se rattache le souvenir des moments les plus
heureux de ma vie, et aussi d'un des plus pénibles.
«Un soir, nous étions sortis tous les deux à cheval; le
cheval de ma femme se défendait; elle eut peur; elle mit
pied à terre et me pria de le ramener en main, tandis qu'elle
[25]regagnerait le château à pied. A la porte, je trouvai une
calèche de voyage. On m'annonça que, dans mon cabinet,
il y avait un homme qui n'avait pas voulu décliner son
nom, et qui avait dit seulement qu'il avait à me parler
d'affaires. J'entrai dans cette chambre-ci, et, dans le
[30]demi-jour, je vis un homme à longue barbe et couvert de
poussière, debout devant la cheminée. Je m'approchai,
cherchant à me rappeler ses traits.