«-- Tu ne me reconnais pas, comte? me dit-il d'une voix
Tremblante.
«-- Silvio! m'écriai-je.
«Et, je vous l'avouerai, je crus sentir mes cheveux se
[5]dresser sur mon front.
«-- Précisément, continua-t-il, et c'est à moi de tirer.
Je suis venu décharger mon pistolet. Es-tu prêt?
«J'aperçus un pistolet qui sortait de sa poche de côté.
Je mesurai douze pas, et j'allai me placer là, dans cet angle,
[10]en le priant de se dépêcher de tirer avant que ma femme
rentrât. Il ne voulut pas et demanda de la lumière. On
apporta des bougies.
«Je fermai la porte, je dis qu'on ne laissât entrer personne,
et, de nouveau, je le sommai de tirer. Il leva son
[15]pistolet et m'ajusta... Je comptais les secondes... Je
pensais à elle... Cela dura une effroyable minute. Silvio
baissa son arme.
«-- J'en suis bien fâché, dit-il, mais mon pistolet n'est
pas chargé de noyaux de guignes;... une balle est dure
[20]...Mais je fais une réflexion: ce que nous faisons ne
ressemble pas trop à un duel, c'est un meurtre. Je ne
suis pas accoutumé à tirer sur un homme désarmé. Recommençons
tout cela; tirons au sort à qui le premier
feu.
[25]«La tête me tournait. Il parait que je refusai... Enfin,
nous chargeâmes un autre pistolet; nous fîmes deux billets
qu'il jeta dans cette même casquette qu'autrefois ma balle
avait traversée. Je pris un billet, et j'eus encore le
numéro 1.
[30]«-- Tu es diablement heureux, comte! me dit-il avec
un sourire que je n'oublierai jamais.
«Je ne comprends pas ce qui se passait en moi, et comment