Si Mérimée n'avait pas fait de très bonnes études au collège Henri IV,
il en fît d'excellentes après être sorti des bancs du lycée. Il fut
pendant de nombreuses années l'auditeur assidu de Boissonade au Collège
de France[580]; et c'est à juste titre que son successeur à l'Académie
française, M. de Loménie, le déclara un des meilleurs hellénistes de son
temps[581]. Il est donc tout naturel de retrouver ici et là, dans _la
Guzla_, des souvenirs classiques.
Le critique de la _Foreign Quarterly Review_ (juin 1828) avait déjà
remarqué cette influence de la Grèce antique dans les ballades
«illyriennes». C'est ainsi qu'il rapproche, non sans raison, la XIVe
Idylle de Théocrite du _Morlaque à Venise_ de Mérimée. Ajoutons que, si
dans le début de son poème Mérimée s'est inspiré de Théocrite, c'est
encore à la Grèce, mais à la Grèce moderne, aux _Chants populaires_ de
Fauriel qu'il en doit la fin. Nous nous bornerons ici à rapprocher les
textes; ils parlent assez d'eux-mêmes.