[_Aiskhinès se plaint à son ami Quand Prascovie[583] m'eut
Thyonikhos de l'inconstance de Kyniska, abandonné, quand j'étais triste
et lui déclare qu'il veut aller sur les et sans argent, un rusé Dalmate
mers chercher un remède à ses chagrins. vint dans ma montagne et me dit:
Thyonikhos lui donne un conseil_.] Va à cette grande ville des
eaux, les sequins y sont plus
Ce que tu désirais devait arriver, communs que les pierres dans ton
Aiskhinès. Mais si tu veux t'expatrier, pays.
sache que Ptolémaios, de tous ceux qui
donnent une solde, est le meilleur chef Les soldats sont couverts d'or
pour un homme libre. Il est prudent, et de soie, et ils passent leur
ami des Muses, tendre, très affable, temps dans toutes sortes de
connaissant qui l'aime et mieux encore plaisir: quand tu auras gagné de
qui ne l'aime pas, très généreux et ne l'argent à Venise, tu reviendras
refusant jamais ce qu'il est convenable dans ton pays avec une veste
de solliciter d'un roi... De sorte que, galonnée d'or et des chaînes
si tu veux t'agrafer le manteau sur d'argent à ton hanzar.
l'épaule droite, et attendre bravement
le choc d'un porteur de bouclier, pars Et alors, ô Dmitri! quelle jeune
au plus vite pour l'Égypte. Les tempes fille ne s'empressera de
blanchissent et la joue ensuite; il t'appeler de sa fenêtre et de te
faut agir pendant qu'on a le genou jeter son bouquet quand tu
vigoureux[582]. auras accordé ta guzla? Monte
sur mer, crois-moi, et viens à
la grande ville, tu y deviendras
riche assurément.
LE GREC DANS LA TERRE ÉTRANGÈRE:
... La terre étrangère m'a séduit; le Je l'ai cru, insensé que
terrible pays étranger,--et voilà que j'étais, et je suis venu dans ce
je prends pour soeurs des étrangères, grand navire de pierres; mais
des étrangères pour gouvernantes;--pour l'air m'étouffe, et leur pain
me laver mes vêtements, mes pauvres est un poison pour moi. Je ne
habits.--Elles lavent une fois, elles puis aller où je veux; je ne
les lavent deux, trois et cinq puis faire ce que je veux; je
fois.--Mais passé les cinq fois, elles suis comme un chien à l'attache.
les jettent dans la rue:--«Étranger,
ramasse tes vêtements; étranger, Les femmes se rient de moi quand
ramasse tes habits.--Retourne dans ton je parle la langue de mon pays,
pays, étranger; retourne-t'en et ici les gens de nos montagnes
chez toi[584].» ont oublié la leur, aussi bien
que nos vieilles coutumes: je
suis un arbre transplanté en
été, je sèche, je meurs[585]...
À la même époque, un critique français constatait, lui aussi,
l'influence de Théocrite. Après avoir blâmé la sauvagerie qui règne dans
la plupart des pièces qui composent _la Guzla_, «nous excepterons,
dit-il, deux petites pièces: l'_Impromptu_ du vieux Morlaque et _le
Morlaque à Venise_. Il règne dans la seconde une mélancolie douce et
vraiment poétique, et qui décèle un grand fonds de raison. L'autre est
une imitation assez gracieuse de la Galatée de Théocrite[586].» Et là,
comme si souvent ailleurs, nous retrouvons le procédé familier de
Mérimée: pauvre d'invention, l'auteur de _la Guzla_ emprunte à Théocrite
l'inspiration de son poème et à Chaumette-Desfossés la couleur locale: