La ballade populaire avant «la Guzla».
No attempt was made to produce false antique ballads until the true
antiques had again risen in public esteem.
H. B. WHEATLEY, _Introduction à l'édition critique des «Reliques»
de Percy_, Londres, 1891.
§ 1. Définition de la ballade.--§ 2. La ballade populaire en Angleterre:
pastiches de Macpherson; _Reliques_ de Percy.--§ 3. La ballade populaire
en Allemagne: Herder.--§ 4. La ballade populaire en France: précurseurs
du folklorisme; Ossian en France; l'influence anglaise; Mme de Staël; le
_Romancero; Chants populaires de la Grèce moderne_ de Claude Fauriel et
leur influence; les romantiques et la poésie populaire.--§ 5. La ballade
serbo-croate; _Narodné srpské Piesmé_ de Vouk St. Karadjitch; succès
européen de ce recueil.--§ 6. Les mystificateurs littéraires.
La ballade populaire, qui a joué un rôle si mémorable dans le mouvement
romantique de la plupart des littératures européennes, et
particulièrement dans le mouvement romantique des littératures
germaniques et slaves, n'a eu, relativement, que peu de succès auprès
des romantiques français. En effet, _la Guzla,_ dont on ne peut pas
dire, malgré toutes les sympathies possibles, qu'elle est un livre
universellement connu, tient cependant une place d'honneur parmi les
quelques ouvrages de troisième ou de cinquième ordre, qui représentent
en France, antérieurement à 1840, un genre auquel on devait ailleurs, en
Angleterre et en Allemagne par exemple, de véritables révolutions et
renaissances poétiques. Aussi est-il très naturel de constater que la
ballade populaire ne suscite pas chez l'historien des lettres françaises
cet intérêt obligatoire que lui réserve l'historien des lettres
anglaises ou allemandes: on peut, en effet, en France ne pas lui faire
une place à part dans l'histoire de la littérature.
Cela tient à des causes fort nombreuses et fort diverses qui n'ont pas
encore été suffisamment précisées par ceux mêmes qui se sont occupés du
romantisme comparé[206].
Nous n'avons ni l'intention, ni la force, d'entreprendre une étude
détaillée sur ce sujet; toutefois,--c'est une nécessité de celui que
nous traitons,--il nous en faut faire ici une esquisse sommaire.
Nous croyons, en effet, devoir indiquer quelle fut, jusqu'à _la Guzla,
_la filiation internationale du mouvement folklorique, sans souligner
cependant toutes les différences de caractère qui lui furent imprimées
par chacun des pays où il a passé. Parti d'Angleterre, où se trouve
l'origine de ce mouvement, passant par l'Allemagne, nous arrêtant plus
longuement en France, au moment où son influence commence à s'y faire
sentir, c'est-à-dire au moment où Mérimée s'y enrôle, nous continuerons
par quelques considérations générales sur l'état de la littérature
folklorique française à la veille de la bataille romantique; pour
terminer, enfin, par une excursion indispensable en Serbie, où les
érudits slavicisants découvrent à la même époque la ballade nationale et
populaire.
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