Le 20 septembre 1812, le comte Bertrand, premier gouverneur des
provinces illyriennes, signa l'arrêt par lequel M. Ch. Nodier, homme de
lettres à Paris, était nommé bibliothécaire de la ville de Laybach. En
même temps, il confia à l'auteur du _Peintre de Saltzbourg_ la direction
de la partie française du _Télégraphe officiel_. Ce fut M. de Tercy,
secrétaire général de l'Intendance en Illyrie, qui demanda et obtint
cette place pour son futur beau-frère «dans le double but de lui créer
une position et de lui faire partager son exil, fort supportable du
reste[118]».
Après avoir difficilement pourvu aux frais d'un long voyage[119], Nodier
partit de Paris, en pauvre émigré, à la fin de novembre, emmenant avec
lui sa jeune femme malade[120] et son enfant de dix-huit mois qu'il
faillit perdre dans une tourmente de neige au Mont-Cenis; cette enfant
devait être plus tard la «Notre-Dame de l'Arsenal» à laquelle Alfred de
Musset adressera de si jolis vers.
Nodier arriva à Laybach vers la fin de décembre 1812[121]. «J'ai vu
enfin l'Illyrie, écrivait-il alors à son ami Charles Weiss,
bibliothécaire à Besançon, et à travers des neiges de deux pieds j'ai
gagné les rigoureux sommets de la Carniole. À peine avais-je cessé de
rencontrer l'heureux habitant de l'Adriatique légèrement vêtu d'un frac
de toile lilas, et la tête couverte de son grand chapeau où flottent des
rubans de toutes couleurs, que j'ai aperçu l'Istrien frileux qui
grelotte sous sa mante de poils de chèvre et son bonnet de laine à trois
pièces[122].»
Ce n'est parmi ces paysans exotiques qu'il vécut dans ce nouveau pays.
Il habita Laybach et se trouva «au milieu d'une cour qui éclipsait celle
de plus d'un roi d'Europe». En décrivant à son ami Weiss un dîner chez
le comte de Chabrol, qui remplaçait le gouverneur, il disait qu'il y
avait été le seul sans dentelles, sans diamants, sans épée, et qu'il
«s'aperçut alors qu'il était encore à Paris[123]».
Il ne s'occupa point de politique à Laybach, lui, l'éternel conspirateur
que redoutait Napoléon[124]. «Les éventualités de la possession
m'étaient à peu près étrangères», dit-il à propos de ses conversations
avec Fouché, conversations qu'il inséra dans les _Souvenirs et
portraits_, et qui sont fort sujettes à suspicion[125]. Ses principales
occupations se réduisaient à la direction d'une bibliothèque et à la
rédaction du _Télégraphe officiel_[126].
Le _Télégraphe officiel_ datait de 1810: Nodier ne l'avait donc pas
fondé, comme le prétendent Sainte-Beuve[127], Quérard[128] et M. Georges
Vicaire[129]. Trente mois avant l'arrivée du charmant conteur à Laybach,
un arrêté du gouverneur, instituant la censure, avait ordonné qu'un
journal serait publié par les soins de l'Intendance[130]; le 28 juillet
1810, un prospectus fut lancé pour annoncer la prochaine apparition du
_Télégraphe officiel des provinces illyriennes_. Ce journal devait avoir
quatre éditions: française, italienne, allemande et slave[131]; il
devait paraître deux fois par semaine, in-4°, et contenir, outre les
actes publics, «toutes les nouvelles qui pourront influer sur l'esprit
des lecteurs et sur les intérêts du commerce».--Remarquons que Nodier
(qui, personnellement, ne revendique pas le nom de fondateur du
_Télégraphe_ comme le font pour lui ses biographes) mentionne cependant
dans ses _Souvenirs_[132] qu'il fut celui qui conseilla à Fouché de
publier aussi une «édition en slave vindique» et que Fouché fut enchanté
de cette proposition. Comme nous le disions tout à l'heure, la chose
était résolue plus de deux ans avant l'arrivée de Nodier à Laybach. Du
reste, il ne fut que «directeur chargé de la rédaction du texte
françois[133]»; les autres éditions avaient leurs rédacteurs spéciaux.
On ne trouve ce journal ni à la Bibliothèque Nationale, ni dans aucune
autre bibliothèque de France. Mais il en existe à Laybach deux
collections, toutes deux, il est vrai, incomplètes: au Musée
«Rudolphinum» et à la Bibliothèque du Lycée. Nous n'avons pu en obtenir
communication, aussi nous bornerons-nous à reproduire la description
faite par un lecteur plus heureux, description utilisée par les
biographes et bibliographes de Nodier.
«Ce journal (in-4°, bi-hebdomadaire) comprend deux parties. Dans la
première se trouvent les lois, décrets et autres actes de l'autorité,
ainsi que les dépêches officielles, matériaux fort intéressants pour
celui qui entreprend l'étude de cette période historique.
«La partie non officielle ne présente pas moins d'intérêt: car elle
était rédigée par un écrivain qui depuis est devenu justement célèbre:
Charles Nodier qui, bien que fort jeune encore, avait été nommé
conservateur de la Bibliothèque de Laybach et rédacteur du _Télégraphe_.
«Nous ne trouvons, il est vrai, sa signature qu'au bas d'avis indiquant
au lecteur les moyens de faire parvenir à la direction les vingt francs,
prix de l'abonnement. Mais on reconnaît sans peine l'auteur des articles
qui paraissaient dans le corps du journal. Sous cette rubrique toujours
neuve; «on nous écrit» de Palerme, ou du Caire, ou de Berlin... nous
retrouvons toujours la même langue pure et élégante, le même style
limpide et brillant, une argumentation serrée et ingénieuse qui ne
laisse aucun doute sur l'identité des nombreux correspondants que le
_Télégraphe officiel des provinces illyriennes_ devait entretenir à
l'étranger.
«Enfin, sous le titre de «Variétés», nous voyons paraître des études
fort curieuses sur les peuples slaves, leurs moeurs, leur langue, leur
littérature, et des articles de critique littéraire ou théâtrale, qui
sont dus à la plume féconde qui devait produire plus tard tant de
morceaux délicats.
«Le _Télégraphe officiel_ dura autant que l'occupation française. Le
dernier numéro paru a Laybach est du 24 août; il fallut reculer devant
les armées autrichiennes: la rédaction du journal, transportée à
Trieste, fit encore paraître huit numéros (69 à 76) dont le dernier est
du 26 septembre; ces derniers numéros étaient imprimés en trois langues:
français, allemand et italien. C'est ce qui a donné lieu à la légende
communément admise du journal polyglotte[134]. Il faut mettre cette
légende au rang de beaucoup d'autres et constater que Nodier n'a pas
cherché à éclipser le cardinal Mezzofanti: il s'est contenté d'écrire
dans sa langue maternelle des pages charmantes qui méritaient mieux que
de dormir oubliées dans la poussière d'une bibliothèque étrangère[135].»
N'ayant pas eu entre les mains le _Télégraphe illyrien_, nous ne savons
rien de ces articles de Nodier. M. Tomo Matic, qui avait consulté la
collection de la Bibliothèque du Lycée, et qui en a donné quelques
extraits dans l'_Archiv für slavische Philologie_, ne s'intéressa qu'aux
écrits relatifs à la poésie populaire serbo-croate et à la littérature
ragusaine; il garda sur le reste le plus complet silence. À en juger
d'après la plus grande partie de ce que M. Matic a publié comme de
l'inédit[136], et dont on va énumérer de suite les _cinq_ réimpressions
postérieures à 1813, Nodier insérait volontiers, dans ses oeuvres ainsi
qu'ailleurs, ses articles du _Télégraphe_. Seulement en a-t-il agi de
même pour tous? C'est ce que nous nous demandons, avant qu'une réponse
ne parvienne de Laybach[137].
Nodier n'était pas très satisfait de son séjour dans la capitale
illyrienne. Il devait attendre deux mois ses appointements de
bibliothécaire et six mois ses appointements de journaliste, «avec
quarante-deux francs, sans plus[138]». D'autre part, le journal
l'obligeant à abandonner, après un mois, la direction de la
Bibliothèque[139], sa situation devint alors beaucoup moins brillante
qu'on ne lui avait laissé espérer. Il fallut créer pour lui de nouveaux
postes et le dispenser de se faire faire un costume de cour.
C'est lui qui raconte ainsi sa vie à Laybach, mais il se peut qu'il ait
dû renoncer à la direction de la Bibliothèque pour une autre raison. La
municipalité de Laybach n'avait pas cessé de protester contre sa
nomination: on avait un bibliothécaire allemand[140] et Nodier ne
comprenait pas les langues dans lesquelles était écrite la plus grande
partie des livres de la Bibliothèque.
D'après M. Matic, on voit que Nodier publia au _Télégraphe officiel_, du
11 avril au 20 juin 1813, quatre articles intitulés «Poésies
illyriennes»; il en fera--M. Matic l'ignore--deux feuilletons pour le
_Journal des Débats_, dès son retour à Paris, c'est-à-dire quelques mois
plus tard[141].
Dans le premier, il se plaint que l'étude de la poésie illyrienne soit
trop négligée: «Pourquoi, dit-il, un homme instruit, spirituel et
sensible ne s'occuperait-il pas de recueillir ces vieux monuments de la
poésie illyrique et de les faire imprimer en corps? Ce serait peut-être
le moyen de faire renaître l'amour de cette belle langue nationale, qui
a aussi ses classiques et ses chefs-d'oeuvre[142].» Comme l'a bien
remarqué M. Louis Leger[143], Nodier songe ici aux vieux monuments de la
littérature ragusaine, dont il a entendu parler, et qu'il confondait
avec la poésie populaire, dont il a pu lire un spécimen dans le _Voyage
en Dalmatie_. À cette époque, il connaissait fort bien cet ouvrage, car
il en parle dans son premier article, et, dans le troisième et le
quatrième, il donne une analyse de la _Triste ballade de la noble épouse
d'Asan-Aga_.
Charles Nodier ne savait ni la langue serbo-croate, dont il voulait
présenter les chefs-d'oeuvre littéraires au public français, ni la langue
slovène, parlée à Laybach. Il ne se doutait même pas de la différence
qui existe entre elles: ainsi les deux langues ne furent pour lui qu'un
seul et même «illyrien». Il ne resta pas longtemps dans ce milieu, à
cette époque plus allemand que slave: neuf mois en tout[144]; il lui
manqua le temps d'apprendre bien des choses sur les indigènes de ce
pays.
Mais, malgré son tempérament extraordinairement fantaisiste, Nodier
était un homme infatigable,--ne copiait-il pas Rabelais pour apprendre
le français, et ne lisait-il pas jusqu'à sept épreuves de ses
ouvrages[145]?--Le temps passé par lui à Laybach ne fut pas complètement
perdu. Il se mit en «nombreux rapports avec ces hommes studieux et zélés
pour la science, qui sont partout l'élite des peuples, et que l'Illyrie
compte par centaines[146]»; il soumit même au comte Bertrand l'idée de
créer une _Académie libre illyrienne_[147]. Ses amis lui avaient
communiqué certains livres italiens où il y avait bien des choses à
apprendre: en particulier «les savants mémoires d'Appendini sur les
antiquités de Raguse et la littérature illyrienne[148]», mémoires
d'après lesquels il traduisit, dans son quatrième article (20 juin
1813), _le Ver luisant d'Ignacio Giorgi_, petit poème d'Ignace Gjorgjic,
poète ragusain; il devait en donner plus tard une nouvelle
traduction[149].
Il y a dans nos Alpes helvétiques, disait-il dans un de ces
articles qui sont toujours agréables à lire[150], des chansons
simples et touchantes, qui ne consacrent pas le souvenir des
grandes guerres, comme celles du fils de Fingal, parce que la
guerre a rarement troublé la paix des chalets, mais qui peignent
merveilleusement les sentiments les plus doux de l'homme et qui ne
le cèdent point du tout sous ce rapport aux plus beaux chants de
l'Homère de Selma. Je retrouve le même genre de poésie dans tout ce
qui reste des traditions illyriennes, à cette différence près que
la pureté du ciel, la beauté des productions, la grandeur des
souvenirs et l'heureux voisinage de la Grèce ont dû donner au barde
des Alpes Juliennes une foule d'inspirations que le nôtre n'a pas
reçues. Qu'on se représente d'abord le chantre morlaque, avec son
turban cylindrique, sa ceinture de soie tissue à mailles, son
poignard enfermé dans une gaine de laiton garnie de verroterie, sa
longue pipe à tube de cerisier ou de jasmin, et son brodequin
tricoté, chantant le _pismé_ ou la chanson héroïque en
s'accompagnant de la _guzla_, qui est une lyre à une seule corde
composée de crins de chevaux, entortillés. C'est ordinairement
après les premières heures du soir que le Morlaque se promène sur
la montagne, en racontant dans son chant monotone, mais solennel,
les exploits des anciens barons slaves. Il ne voit pas les ombres
de ses pères dans les nuages, mais elles vivent partout autour de
lui. Celle de l'homme hospitalier et fidèle, qui n'a point été
désavoué par ses amis dans l'assemblée du peuple, et qui a été
brave à la guerre, descend souvent à travers les rameaux des yeuses
dans un rayon de la lune; elle tremble sur le gazon de sa tombe, la
caresse d'une lumière douce, et remonte. Celle du méchant s'égare
dans les lieux abandonnés; elle fréquente les sépultures, déterre
les morts, ou, plus téméraire, va boire dans un berceau négligé de
la nourrice, le sang des enfants nouveau-nés. Souvent un père
épouvanté a rencontré le vampire tout pâle, les cheveux hérissés,
les lèvres dégoûtantes, et le corps à demi enveloppé des restes de
son linceul, penché sur la petite famille endormie, parmi laquelle,
d'un regard fixe et affreux, il choisit une victime. Heureux s'il
parvient à trancher alors d'un coup de son _hanzar_ les jarrets du
cadavre; car désormais celui-ci ne sortirait plus de son
cercueil... C'est au milieu de ces prestiges que marche mon poète,
car il est poète aussi, et ne se borne pas à répéter les chants
connus. La douceur de sa langue harmonieuse, la liberté de son
rythme qui n'admet ni la symétrie fatigante d'une césure obligée,
ni le monotone agrément de la rime, lui permettent d'obéir à toutes
ses inspirations et d'embellir de ses pensées la vieille ballade
que la tradition lui a transmise.
Pour se faire une idée du chant morlaque, il faut l'avoir entendu.
_Fortis essaie de le décrire_, mais il oublie une chose qui me
paraît essentielle à dire, c'est qu'il ressemble très peu à la voix
humaine... Je me souviens d'un voyage que je faisais de nuit sur
les bords de l'Adriatique. La lune brillait de cette clarté bleue
et immobile qu'on croirait ne lui avoir vue qu'en Italie; l'eau
faisait un bruit long, mais très doux et très imposant, celui des
mers qui ont peu de reflux. Les roues de la voiture criaient d'une
manière uniforme sur le sable égal qui la balançait, et je
quittais, fatigué de courses à pied et surtout de grands souvenirs,
les plaines historiques de Campo-Formio. Je dormais à demi quand ce
bruit étrange d'un chant morlaque frappa mon oreille et me
transporta en imagination au milieu des concerts nocturnes de Puck,
d'Ariel et de tous les lutins de Shakespeare, lorsque nouvellement
sortis des fleurs et encore humides de rosée, ils forment des
chants que les hommes n'ont jamais entendus. Je devais cette
illusion à un postillon dalmate...
Ces bardes obscurs, dont le nom sera tout à fait ignoré de
l'avenir, font le charme d'une nation vive, spirituelle, sensible,
qui confine d'un côté à la patrie de Virgile, de l'autre à celle
d'Homère et qui ne le cède ni à l'Italie ni à la Grèce antiques
dans la beauté du territoire, dans la variété des sites, dans
l'originalité des moeurs et des inspirations.
Mais les «études illyriennes» de Nodier furent de courte durée. Quelques
mois plus tard, quand Fouché arriva à Laybach, la restitution des
provinces illyriennes était, en secret, décidée. Au mois d'août 1813, on
abandonna Laybach aux Autrichiens; en septembre, ce fut Trieste. Au
commencement de novembre, Nodier se trouvait à Paris et donnait des
articles au _Journal des Débats[151]_. Arrivèrent la chute de Napoléon
et les Cent-Jours; c'est alors qu'il fit sa célèbre réponse à Fouché
qui, se souvenant de leurs récentes relations en Illyrie, l'avait fait
appeler et lui avait demandé ce qu'il désirait: «Cinq cents frans pour
aller à Gand[152]!»
«Ce séjour en Illyrie, dit M. Émile Montégut, quelque court qu'il ait
été, fut mieux qu'une aventure de plus à ajouter au roman si accidenté
de sa jeunesse, car il eut une importance capitale sur ses destinées
littéraires. C'est de là que sont sortis à diverses dates _Jean Sbogar,
Smarra_ et _Mademoiselle de Marsan_.»
Nous allons examiner de près cette influence «illyrienne».
§ 8
«JEAN SBOGAR»
D'après Nodier, Jean Sbogar est un personnage historique «dont la
renommée aventureuse remplissait encore les États vénitiens» à l'époque
où il publia son histoire. C'est un bandit illyrien révolté contre le
gouvernement napoléonien, ou plutôt contre tous les gouvernements du
monde. Ce n'est pas un bandit banal, mais un bandit philosophe, comme le
témoignent les nombreuses pensées parsemées dans l'ouvrage et qui
auraient été toutes «tirées de sa conversation avec une scrupuleuse
littéralité[153]». «Ennemi décidé des forces sociales, il tendait
ouvertement à la destruction de toutes les institutions.» Avec sa bande
armée, qui se donne le nom des _Frères du bien commun_, il habitait le
château de Duino en Istrie, d'où il répandait la désolation et la
terreur par l'incendie, le pillage et l'assassinat. Aussi n'était-ce
point un simple paysan comme la plupart des camarades qui
l'accompagnaient. «Le vulgaire le faisait petit-fils du fameux brigand
Sociviska, et les gens du monde disaient qu'il descendait de Scanderbeg,
le Pyrrhus des Illyriens modernes.» Il parlait avec élégance le
français, l'italien, l'allemand, le grec moderne et, cela va sans dire,
la plupart des langues slaves.
Il était pâle et mélancolique, aimait la solitude et les cimetières, et,
pour soulager le terrible mal qu'il ressentait sous son front noble et
dédaigneux, il passait souvent sa main «blanche, délicate et féminine»
dans ses cheveux blonds. Il s'était épris d'une jeune fille d'origine
française, la mystique Antonia, qui habitait seule avec sa soeur aînée,
Mme Alberti, dans un vieux château près de Trieste. Cette jeune fille
venait de perdre son père, taciturne et morose royaliste, émigré au bord
de l'Adriatique, et sa mère, poitrinaire, à la sombre imagination.
Mais Sbogar savait qu'il était «né sous une étoile fatale», que «Dieu
n'avait rien fait pour lui»; il voulait rester seul, toujours seul,
accablé de son châtiment éternel. Il voulait étouffer en lui cet amour
criminel, «chimère qu'il n'avait créée que pour la combattre», dans son
désir de ne pas rendre Antonia malheureuse, ou plutôt dans son désir de
ne partager avec personne ses douleurs infinies.
Antonia ne savait rien de la terrible passion qui consumait Sbogar. Elle
ne connaissait de lui que son nom effrayant et les sanglants exploits
sur lesquels elle avait longtemps pleuré. Mais, en rêve, elle sentait
qu'une âme perdue planait au-dessus de la _casa Monteleone_, elle
entrevoyait un oeil farouche qui veillait sur elle jour et nuit; elle
entendait des voix sourdes d'inconnus invisibles qui suivaient de loin
chacun de ses pas.
Un jour, elle dut quitter l'Istrie et se rendre à Venise avec sa soeur.
En ce temps-là, on y parlait beaucoup d'un jeune étranger, nommé
Lothario, personnage mystérieux sur lequel couraient les bruits les plus
singuliers. Lothario qui se trouve partout, et qui n'est connu de
personne, inspire, par son caractère imposant, sa vie cachée, ses
libéralités, sa magnificence, un enthousiasme général. «Il s'était
concilié, sans qu'on sût de quelle manière, et la faveur du peuple et
l'estime des grands.» Il répandait l'or avec la profusion digne d'un
souverain. Son pouvoir était tel que, de sa propre autorité, il
arrachait aux mains des sbires les malfaiteurs et les prisonniers
d'État; d'un seul mot il pouvait exciter la révolte, la guerre civile et
renverser les gouvernements. Personne ne lui connaissait d'amis. On se
rappelait seulement que, quelques années auparavant, il avait paru
s'occuper beaucoup d'une jeune fille noble, qui, de son côté, avait
témoigné une vive passion pour lui; mais un grand malheur mit fin à cet
amour: Lothario partit; la jeune fille disparut, et on ne retrouva son
corps que longtemps après, dans le sable d'une lagune.
Antonia fut très émue de cette histoire; cependant, elle éprouvait un
vif désir de voir Lothario: ce désir fut bientôt satisfait, elle le
rencontra dans un concert de Venise. La puissance romanesque de ce
fascinateur lui inspira un amour violent. «Antonia fut saisie à son
aspect d'une émotion qu'elle n'avait jamais éprouvée et qui ne
ressemblait point à un sentiment connu. C'était quelque chose de vague,
d'indécis, d'obscur, qui tenait d'une réminiscence, d'un rêve ou d'un
accès de fièvre. Son coeur palpitait violemment, ses membres perdaient
leur souplesse; elle essayait inutilement de rompre ce prestige, qui
s'augmentait des efforts qu'elle faisait pour le surmonter. Elle sentait
quelque chose de semblable à je ne sais quoi d'odieux et de tendre.»
Lothario paraît ne pas comprendre ce qui se trahit si visiblement chez
cette fille sensible. Il continue de maudire la vie et la société
civilisée. Il vante à Antonia les charmes d'une vie indépendante, et
fait l'éloge des chefs de brigands illyriens:
Bien jeune encore, je sentais déjà avec aigreur les maux de la
société, qui ont toujours révolté mon âme, qui l'ont quelquefois
entraînée dans des excès que je n'ai que trop péniblement expiés.
Par instinct plutôt que par raison, je fuyais les villes et les
hommes qui les habitent; car je les haïssais, sans savoir combien
un jour je devais les haïr. Les montagnes de la Carniole, les
forêts de la Croatie, les grèves sauvages et presque inhabitées des
pauvres Dalmates, fixèrent tour à tour ma course inquiète. Je
restais peu dans les lieux où l'empire de la société s'était
étendu; et, reculant toujours devant ses progrès qui indignaient
l'indépendance de mon coeur, je n'aspirais plus qu'à m'y soustraire
entièrement. Il est un point de ces contrées, borne commune de la
civilisation des modernes et d'une civilisation ancienne qui a
laissé de profondes traces, la corruption et l'esclavage: le
Monténégro est comme placé aux confins de deux mondes, et je ne
sait quelle tradition vague m'avait donné lieu de croire qu'il ne
participait ni de l'un ni de l'autre. C'est une oasis européenne,
isolée par des rochers inaccessibles et par des moeurs particulières
que le contact des autres peuples n'a point corrompues. Je savais
la langue des Monténégrins. Je m'étais entretenu avec quelques-uns
d'entre eux, quand des besoins qui ne s'accroissent jamais, et qui
ne changent jamais de nature, en avaient amené par hasard dans nos
villes. Je me faisais une douce idée de la vie de ces sauvages qui
se suffisent depuis tant de siècles, et qui depuis tant de siècles
ont su conserver leur indépendance en se défendant soigneusement de
l'approche des hommes civilisés. En effet, leur situation est telle
que nul intérêt, nulle ambition ne peut appeler dans leur désert
cette troupe de brigands avides qui envahissent la terre pour
l'exploiter. Le curieux seul et le savant ont quelquefois tenté
l'accès de ces solitudes, et ils y ont trouvé la mort qu'ils
allaient y porter (_sic_); car la présence de l'homme social est
mortelle à un peuple libre qui jouit de la pureté de ses sentiments
naturels.
Malgré toute cette misanthropie, Antonia aime plus que jamais cet
inconnu qu'elle croit victime d'une des révolutions qui bouleversaient
l'Europe de 1808. Mais Lothario refuse sa main et lui écrit qu'il ne la
reverra jamais.
Après d'aussi brusques adieux, les deux soeurs quittent Venise pour
l'Illyrie, où Antonia espère que Lothario la rejoindra. En route, elles
sont attaquées par la troupe de Jean Sbogar. Mme Alberti meurt d'un coup
de feu; Antonia évanouie est transportée au château de Duino. Elle y
devint folle, mais les égards et le respect qu'avait pour elle Jean
Sbogar--notons que la tête de celui-ci était toujours voilée d'un crêpe
noir et que personne ne connaissait son visage--commencèrent à lui
procurer quelques moments lucides pendant lesquels elle put réfléchir
sur son état.
Un jour, le canon gronda aux environs du château. Bientôt un cliquetis
d'épées annonça à la jeune fille que l'on se battait à l'intérieur même
des murs. Les troupes françaises poursuivaient sans relâche les brigands
qui infestaient le pays. Elles venaient d'entrer dans le repaire de Jean
Sbogar. Tout à coup, Antonia entendit un tumulte horrible, au milieu
duquel s'élevait le nom du fameux bandit dalmate. Un homme poursuivi
s'élança dans l'escalier, et passa auprès d'elle comme un éclair.
Antonia courut vers sa chambre; et, en y rentrant, il lui sembla
qu'on la nommait d'une voix sourde.
--Qui m'appelle!--dit-elle en tremblant.
--C'est moi--répondit Jean Sbogar,--ne t'effraie pas. Adieu pour
toujours.
Quelques instants plus tard, le château de Duino était tombé aux mains
des ennemis. On conduisit Jean Sbogar et les siens à Mantoue pour y être
jugés. La jeune fille trouvée parmi eux, et dont l'état de démence était
bien constaté, fut placée dans un hôpital et confiée aux soins d'un
médecin célèbre. Elle recouvra la raison et se décida à prendre le voile
dans la maison où elle avait trouvé asile. Le jour de la profession
était arrivé, lorsque deux sbires vinrent la chercher au nom de la
justice.
L'instruction du procès était achevée; ils avaient été condamnés à mort
au nombre de quarante, mais on ne savait si Jean Sbogar était parmi eux,
lui, dont personne ne connaissait le visage, et dont le nom continuait à
inspirer la terreur dans les campagnes. On se souvint de la jeune fille
trouvée dans le château et l'on pensa qu'elle le reconnaîtrait parmi ses
complices. Antonia fut donc placée dans la grande cour de la prison, au
moment où les condamnés devaient y passer pour la dernière fois. Ils
parurent; l'aspect de l'un d'eux la frappa immédiatement: c'était lui.
«Lothario!» s'écria-t-elle d'une voix déchirante. Lothario se détourna
et la reconnut. «Lothario!» dit-elle en s'ouvrant un passage au travers
des sabres et des baïonnettes; car elle comprenait qu'il allait
mourir!--«Non,» répondit-il, «je suis Jean Sbogar!»--«Lothario!
Lothario!»--«Jean Sbogar!» répéta-t-il avec force.--«Jean Sbogar!» cria
Antonia. «Ô mon dieu!» et son coeur se brisa.
Elle était par terre immobile; elle avait cessé de respirer. _Un
des sbires souleva sa tête avec la pointe de son sabre, et lui
laissa frapper le pavé en l'abandonnant à son poids._
«Cette jeune fille est morte»,--dit-il.
--«Morte»,--reprit Jean Sbogar en la considérant
fixement.--«Marchons!»
_Jean Sbogar_ parut sous le couvert de l'anonymat au mois de mai 1818,
quatre ans et demi après que Nodier fût revenu de Laybach[154]. Il eut
d'abord ce que l'on appelle aujourd'hui une mauvaise presse, malgré
l'artifice qu'avait imaginé son auteur pour exciter l'intérêt du public.
Sur ce point, encore mal éclairé, nous relevons dans le _Journal de
Paris_ du 20 juin 1818, cette curieuse note:
Les éditeurs de cet ouvrage nous apprennent, dans une espèce
d'avertissement mystérieux, que l'auteur leur avait envoyé son
manuscrit au moment où il se disposait à franchir l'espace qui le
séparait encore de la Russie. Depuis la publication de ce roman,
une note insérée le même jour dans tous les journaux prouve que
l'on a voulu profiter de cette circonstance pour attribuer _Jean
Sbogar_ à Mme de Krudener. Cet artifice était trop grossier pour
réussir; comment, en effet, le lecteur aurait-il pu confondre la
mélancolie douce et suave, les sentiments pudiques, les pensées
religieuses qui distinguent l'auteur de _Valérie,_ avec cette
misanthropie farouche, cet amour forcené d'un brigand pour une
femme dont la tendresse est plus bizarre encore, avec des aventures
extravagantes qui renchérissent sur les ténébreuses productions
d'Anne Radcliffe, en un mot, avec _Jean Sbogar[155]?_
Ce blâme n'empêcha pas Nodier de déclarer dans sa préface de l'édition
de 1832:
L'anonyme me porta bonheur... Des journalistes qui se crurent bien
avisés, et qu'avait trompés je ne sais quel mélange d'ascétisme,
d'amour et de philanthropie désespérée qui se confondent dans cette
bluette (_Jean Sbogar_), en accusèrent Mme de Krudener... Je
n'intervins pas dans ce combat qui ne pouvait durer longtemps.
_Jean Sbogar_ aurait été complètement oublié si un nouvel artifice
n'était intervenu quatorze mois plus tard. Le 17 octobre 1819, _la
Renommée_ annonça, «d'après les journaux anglais», que le prisonnier de
Sainte-Hélène s'était occupé de ce roman deux jours: une nuit à le lire
et quelques heures à l'annoter. «Cette apostille, venue de haut lieu,
excita un instant de rumeur dans les bureaux de rédaction des
feuilletons bonapartistes», et le roman devint célèbre en quelques
jours. Le libraire, Gide fils, qui semble avoir beaucoup contribué à
répandre cette nouvelle[156], lança à grand fracas une seconde édition
dont la couverture porte en entier le nom de l'auteur. Cette révélation
ne fut pas très prudente. Nodier ne jouissait pas d'un grand crédit
auprès de la presse de l'opposition et, malgré tout le succès du livre,
il fut de suite accusé de plagiat: _Jean Sbogar,_ disait-on, était volé
au _Corsaire_ de Byron[157].
On avait raison et tort tout à la fois de le prétendre; car, s'il est
vrai que _Jean Sbogar_ a été écrit sous une influence étrangère, il n'en
reste pas moins vrai que cette influence ne fut pas celle de Byron,
malgré les ressemblances frappantes qui existent entre le poème anglais
et le roman français. _Jean Sbogar_ est inspiré des _Brigands_ de
Schiller, d'où procédait, par une voie différente, l'ouvrage de
Byron[158].
Nodier sut se défendre de cette accusation. Il prétendit avoir ébauché
son roman «en 1812, aux lieux mêmes qui l'ont inspiré»; donc, «_Jean
Sbogar_ avait quatre ou cinq ans de plus que son aîné d'invention»[159]
(_le Corsaire_ est du mois de janvier 1814!). Et ce n'était pas tout.
_Jean Sbogar_ avait réellement existé: les petits enfants des bords du
golfe de Trieste vous l'attesteront quand vous prendrez la peine de les
interroger sur ce sujet. La cour de justice qui le condamna était
présidée par M. le comte Spalatin. «Je me vois obligé, disait Nodier
dans sa préface de 1832, à déclarer que personne au monde n'a de plagiat
à m'imputer dans cette affaire, si ce n'est, peut-être, le greffier des
assises de Laybach en Carniole, l'honnête M. Repisitch, qui voulut bien
me donner, dans le temps, les pièces de la procédure en communication
pour y corriger quelques germanismes esclavonisés dont il craignait de
s'être quelquefois rendu coupable dans la chaleur de la rédaction. Je
proteste en outre que tout ce que j'ai pris dans son dossier se réduit à
certains faits que je n'aurais pas pu mieux inventer, quand j'aurais été
Zschocke.»
Et, dans ses _Souvenirs de la Révolution et de l'Empire,_ Nodier raconta
une conversation qu'il aurait eue avec Fouché, en Illyrie, au sujet de
son héros:
La cour impériale venait de déposer sur son bureau le dossier d'un
arrêt en suspens qui attendait son aveu. C'était celui de ce fameux
Jean Sbogar, _dont les journaux de Paris ont si bien prouvé que
j'avais volé le type à lord Byron,_ par anticipation, sans doute.
«Quel est cet homme?» me dit le gouverneur.
--Un bandit systématique, répondis-je; un homme à opinions
exaltées, à idées excentriques et bizarres, qui s'est acquis au
fond de la Dalmatie une réputation d'énergie et d'éloquence,
accréditée par des manières distinguées et une figure imposante.
--A-t-il tué?
--Peut-être, mais à son corps défendant. Au reste, je n'en
répondrais pas. Tout ce que je sais de lui, c'est que c'est un
brigand fort intelligent et fort résolu, dont le nom revient
souvent dans la conversation du peuple.
--Assez, reprit le duc d'Otrante en jetant le dossier dans la
corbeille, etc.[160]
Les biographes de Nodier crurent à cette histoire. Émile Montégut, dans
sa belle étude qui reste toujours la première à consulter, affirme que
Nodier avait «suivi de près les exploits et le procès de Jean
Sbogar[161]»; de même que, dans son livre extrêmement intéressant sur
_Charles Nodier et le groupe romantique, _M. Michel Salomon, ne se
doutant pas combien sont suspectes les prétendues «pièces de la
procédure» de «l'honnête M. Repisitch», alla jusqu'à proclamer _Jean
Sbogar_ «roman documentaire avant l'invention de ce mot[162]»!
Sainte-Beuve lui-même, qui, pourtant, connaissait très bien son
«biographié», se laissa tromper et n'hésita guère à dire, parlant du
séjour de Nodier en Illyrie, que «_Jean Sbogar _et _Smarra_ et
_Mademoiselle de Marsan_ furent, dès cette époque [«vers 1811»], ses
secrètes et poétiques conquêtes[163]».
Il nous reste à examiner maintenant à quel point Nodier a su pousser la
«couleur locale» dans la peinture qu'il a faite de son poétique
aventurier dalmate, ce prétendu «personnage historique, dont la renommée
aventureuse remplit encore les États vénitiens».
D'abord, le nom même de son héros n'est pas un nom dalmate, mais un nom
tchèque. Nodier, qui aimait les vieux bouquins, le découvrit sans aucun
doute, sur la couverture du _Theologia radicalis_ par Jean Sbogar
(Prague, 1698 et 1708).
En Illyrie, Nodier n'a vu que des choses toutes extérieures: le pays et
les costumes, et il en a donné de très jolies descriptions dans son
roman. Une trentaine d'années plus tard, Gérard de Nerval, visitant la
Dalmatie, écrira en ces termes à un ami:
Je t'écris en vue de Trieste, ville assez maussade, située sur une
langue de terre qui s'avance dans l'Adriatique, avec ses grandes
rues qui la coupent à angles droits et où souffle un vent
continuel. Il y a de beaux paysages, sans doute, dans les montagnes
sombres qui creusent l'horizon; mais tu peux en lire d'admirables
descriptions dans _Jean Sbogar_ et dans _Mademoiselle de Marsan_ de
Charles Nodier; il est inutile de les recommencer[164].
Il aura raison, le malheureux Gérard: les descriptions de Nodier sont ce
qu'il y a de plus beau et de plus vrai dans le genre, malgré leur vague
écossais. Personne ne savait reproduire avec plus de grâce et plus de
bonheur que l'auteur de _Jean Sbogar_, les sentiments qu'éveille en nous
la vue d'un paysage. Hélas! c'est tout ou presque tout ce qu'il y a de
«couleur locale» dans son roman[165]; car, si Nodier a su voir et
décrire la nature, s'il a réussi ses décors, il a été beaucoup moins
heureux avec les héros. Il ne comprenait ni la langue ni le caractère
national du peuple au milieu duquel il avait vécu pendant neuf mois.
Sbogar, ce brigand élégant et sentimental, n'est pas plus «illyrien» que
ne l'est Charles Moor de Schiller. C'est un fantoche littéraire, qui
n'est pas même vraisemblable, et, pour le peindre, Nodier n'avait pas
besoin d'aller à Laybach.
Du reste, en admettant que les Illyriens de _Jean Sbogar_ soient
inférieurs à ceux de _la Guzla_, il serait injuste d'en blâmer Nodier,
car il ne paraît pas avoir voulu ce que Mérimée fera plus tard. C'était
un _précurseur en bien des sens_, comme l'a dit de lui Sainte-Beuve,
mais il ne pouvait se vanter d'avoir introduit la «couleur locale» dans
la littérature française. À peu de chose près, Walter Scott était resté
lettre close pour cet avant-coureur du romantisme.
Il manquait trop à Nodier pour qu'il pût prendre rang parmi la nouvelle
génération qu'il admirait paternellement. George Brandes a dit: «Nodier
ne joua un rôle visible que dans le prologue de ce grand drame
littéraire que fut le romantisme.» Ce qui est vrai surtout de l'auteur
de _Jean Sbogar_, ce roman dont le thème est des plus romantiques, mais
dont la forme ne fut pas assez moderne; ce qui explique aussi l'insuccès
de ce livre[166].
§ 9
«SMARRA»
D'Illyrie encore Nodier rapporte _Smarra_, bizarre interprétation
des bizarreries du cauchemar.