M. LE PRÉSIDENT.--La parole est à M. le sous-secrétaire d’État.

M. DALIMIER, _sous-secrétaire d’État des

Beaux-Arts._--Messieurs, je voudrais ajouter à l’argumentation de M. le

rapporteur quelques mots qui rassureront certainement l’honorable M.

Lamarzelle.

En effet, lorsqu’il s’agit d’une donation faite à l’État, il n’est

pas nécessaire de venir devant le Parlement. C’est ainsi que toutes

les collections qui ont été données au musée du Louvre n’ont pas fait

l’objet de délibérations des Assemblées. Il y a quelques mois, lorsque

nous avons accepté la donation totale de Detaille, nous ne sommes venus

ni devant la Chambre ni devant le Sénat. Pour la donation Rodin, nous

avons dû venir devant le Parlement, non pas pour lui demander d’accepter

la donation au fond, mais parce qu’il était nécessaire d’obtenir de lui

d’abord l’autorisation d’affecter l’hôtel Biron à un musée et, ensuite,

les crédits nécessaires au payement des frais d’actes nécessités par

les trois donations successives.

Mais je voudrais tout à fait rassurer M. de Lamarzelle et, s’il veut

supprimer de la discussion la troisième donation, il aura d’autant mieux

satisfaction que, comme je l’indiquais tout à l’heure, nous venons

de déposer sur le bureau de la Chambre deux projets de loi portant

acceptation de la deuxième et de la troisième donation et qui comportent

aussi des demandes de crédits pour payer les frais de notaire. Lorsque

ces projets de loi viendront devant le Sénat, M. de Lamarzelle connaîtra

tout le détail des textes.

La liberté de l’Assemblée reste donc entière: c’est pourquoi j’insiste

pour demander au Sénat de voter l’urgence et d’adopter le texte adopté

par la Chambre des députés, qui s’applique à la première donation du

maître Rodin et qui comporte les crédits afférents à cette donation.

M. MURAT, _président de la Commission_.--La Commission est

d’accord avec le Gouvernement.

M. DE LAMARZELLE.--Je n’insiste pas, mais j’ai du moins obtenu

qu’on ne vote pas sur des textes que nous ne connaissons pas.

M LE PRÉSIDENT.--Je consulte le Sénat sur l’urgence qui est

demandée par la Commission d’accord avec le Gouvernement.

Il n’y a pas d’opposition?...

L’urgence est déclarée.

La parole dans la discussion générale est à M. Gaudin de Villaine.

M. GAUDIN DE VILLAINE.--Messieurs, je dois tout d’abord mes

excuses à notre aimable rapporteur: malgré mon meilleur vouloir, je

l’avoue humblement, je n’ai pu méditer à loisir, dans son entier, son

volumineux et très copieux rapport.

La faute en est certainement à moi, car j’ai dû conserver des traditions

littéraires surannées, et le verbe de notre talentueux collègue ne

rappelle que de fort loin celui de Rabelais, de Corneille ou de

Voltaire, ou même celui de Chateaubriand et de Victor Hugo. C’est

quelque chose de très personnel, de très particulier, de puissant

même et de très original, enfin c’est du bon Lintilhac, du Lintilhac

de derrière les fagots. _(Rires et mouvements divers.)_ En un mot, ce

n’est peut-être pas le «français» d’hier, ni d’aujourd’hui, mais c’est

certainement celui de demain ou d’après-demain! Et l’Académie française

d’après-guerre n’a qu’à se bien tenir. _(Nouveaux rires.)_

M. LE RAPPORTEUR.--J’espère que vous me prouverez ce que vous

dites.

M. GAUDIN DE VILLAINE.--Messieurs, si j’ai demandé la

parole dans cette discussion, ce n’était pas dans la pensée première

d’entrer dans le fond du débat et d’étudier la question soumise à vos

délibérations dans tous ses replis littéraires, artistiques, financiers

et même érotiques! Je comptais laisser ce soin aux orateurs qui

monteront à cette tribune après moi; mais j’ai constaté, dès le début

de la séance, avec regret, l’absence de mon excellent collègue et ami,

M. Dominique Delahaye, dont la présence ici, comme l’a dit en de très

bons termes mon collègue M. de Lamarzelle, eût donné à la discussion un

intérêt tout particulier.

Ma pensée unique était d’apporter quelques indications préliminaires

que je considère comme utiles pour la clarté du débat. J’ajouterai

d’ailleurs et immédiatement que, si, dans cette Assemblée, il y a un

membre qui ait quelque droit de prendre part à cette discussion, c’est

peut-être moi, car, sans mon intervention, sous forme d’interpellation,

en date du 14 décembre 1909, ce projet que nous discutons ne figurerait

pas à l’ordre du jour d’aujourd’hui, pour la simple raison que l’hôtel

Biron aurait cessé d’exister.

Rodin à l'hotel de Biron et à Meudon · 第 166 / 252 题