M. DE MONZIE.--C’est peut-être plus dangereux que nous ne
le pensons. Nous connaîtrons un jour le danger de ces mutuelles
diffamations que nous continuons à couvrir de notre indifférence. Mais
que nous allions plus loin, qu’en cette séance, quasi inaugurale, il
soit possible de mettre en cause un artiste comme Rodin, et de nous
instituer juges d’un homme consacré par une gloire devenue universelle,
voilà, n’est-il pas vrai? une façon de propagande qui servira mal notre
renom de grâce et de bonne grâce auprès de l’étranger déconcerté.
(_Applaudissements._)
M. JULES-LOUIS BRETON.--Ce n’est tout de même pas nous qui
avons soulevé ce débat!
M. DE MONZIE.--Vous consacrez des millions à propager ce renom.
Mais vous saisissez la première occasion pour discréditer un de vos
porteurs de flambeaux.
M. JULES-LOUIS BRETON.--C’est ce que l’on nous propose qui est
de nature à discréditer la France.
M. DE MONZIE.--Ce n’est pas la première fois que s’institue,
dans une assemblée élue, un débat sur Auguste Rodin. Permettez-moi
de rappeler que vous avez, dans cet ordre d’idées tout au moins, un
devancier: l’honorable M. Lampué, conseiller municipal de Paris. Rodin,
qui a conquis le suffrage d’Anatole France, de Gustave Geoffroy,
d’Octave Mirbeau et de tant d’autres, énumérés dans la pétition des
artistes dont a parlé M. le rapporteur, n’a pas eu le suffrage de M.
Lampué.