M. DE MONZIE.--Il eut comme propriétaire un certain Peyrenc
de Moras, escroc de bourse heureux, suborneur de filles professionnel,
ventre doré, un de ces nouveaux riches contre lesquels notre collègue
exerce si volontiers sa verve, dont il dénonce si volontiers les
exactions et l’insolence.
Ce Peyrenc de Moras céda au maréchal de Biron ce même hôtel qu’on vous
sollicite aujourd’hui de refuser à Rodin et à ses œuvres. Cette
histoire nous est contée par un conseiller municipal royaliste de
Paris, M. d’Andigné. Je la dédie simplement en guise de réponse à notre
collègue, M. Jules Delahaye. (_Applaudissements et rires à gauche_.)
Ma réponse à M. Breton sera plus simple encore. M. Auguste Rodin a
soixante-seize ans. Il a connu tous les déboires et tous les triomphes.
Il a été «retoqué» trois fois à l’examen d’entrée de l’école des
Beaux-Arts. S’il vous plaît de le retoquer une quatrième fois, libre à
vous. (_Applaudissements et rires_.) S’il vous plaît de refuser un logis
à ses œuvres, ne soyez pas en peine, il trouvera un logis ailleurs.
(_Applaudissements_.) Il y a déjà une salle Rodin au Musée Métropolitain
de New-York. Si vous écoutez M. Breton et M. Delahaye conjugués, il y
aura bientôt un musée Rodin à New-York.
M. MARCEL SEMBAT, _ministre des Travaux publics_.--Cela fera
honneur au Parlement français!
M. DE MONZIE.--Enfin, messieurs, pendant que nous nous
indignons contre la dévastation de nos cathédrales, tandis que nous
stigmatisons les Allemands pour avoir brisé à Ypres et à Reims les
belles images de France et de Flandre, il est inopportun et malséant de
blasphémer telles de ces belles images qui, par-dessus la Renaissance,
rattachent Rodin à la pure tradition gothique. (_Applaudissements_.)
En vérité, aucun mécompte, aucune déconvenue n’auront été épargnés à
cette pauvre union sacrée! Que les hommes publics soient diffamés en
temps de guerre comme en temps de paix, passe encore! Nous en prenons
l’habitude.