M. JULES-LOUIS BRETON.--L’expulsion de Mme Bloch ne souffrit
pas de trop grandes difficultés. Il paraît, en revanche, que l’expulsion
de M. de Max fut déjà infiniment plus compliquée; mais quand il fallut
s’attaquer à M. Rodin, ce fut, cette fois, matériellement impossible.
L’Administration des Beaux-Arts n’ayant pu, malgré de longs et louables
efforts, le faire consentir à déménager, trouva finalement, pour se
tirer d’embarras, l’élégante solution que l’on vous demande aujourd’hui
de ratifier.
C’est, en deux mots, l’historique vrai du projet de loi qui vous est
soumis; la chose n’est pas contestable et nulle rectification, vous le
verrez, ne sera apportée sur ce point précis.
Je reprends maintenant la partie artistique du discours de M. Bérard.
M. Bérard paraît considérer que c’est moi qui soulève ce débat. C’est
renverser singulièrement les rôles: ce n’est pas moi qui ai pris cette
regrettable initiative et qui vous demande de prendre parti dans une
polémique artistique, ce n’est pas moi qui viens faire ici l’apologie
d’une thèse artistique quelconque, ce n’est pas moi qui viens vous
demander de prendre une mesure absolument exceptionnelle pour un artiste
discuté et discutable, quoi que vous disiez. Jamais je n’ai songé à
demander une telle chose.
Si on avait réservé à M. Rodin le même traitement qui est accordé à
tous les grands artistes, si on avait proposé de mettre certaines de
ses œuvres au Luxembourg, puis au Louvre, je n’aurais jamais songé à
apporter à cette tribune aucune protestation; mais ce n’est pas cela que
vous voulez, vous nous demandez une mesure tout à fait exceptionnelle
qui n’a jamais été proposée pour aucun artiste, à n’importe quelle
époque et sous aucun régime. En aucune circonstance, on n’a jamais pris
une mesure semblable à celle qui est demandée pour les œuvres de M.
Rodin.
Par conséquent, ce n’est pas moi qui prends parti, en matière
artistique, et qui vous demande de mêler le Gouvernement et la Chambre
aux polémiques artistiques. Je vous demande exactement le contraire,
et c’est le Gouvernement lui-même, en apportant d’une manière bien
intempestive en un tel moment le projet qu’il soumet à nos suffrages,
qui nous demande de prendre parti en ces matières qui devraient rester
complètement en dehors de nos discussions politiques.
J’ai dit tout à l’heure, et je le répète volontiers, que M. Rodin est
un artiste de talent; et c’est justement parce que je reconnais son
talent que je déplore les fantaisies regrettables, les exagérations
extravagantes auxquelles il s’est trop souvent livré dans ses
manifestations artistiques. Je considère, par suite, qu’il y aurait
danger, au point de vue des belles traditions artistiques de notre pays,
à voter le projet qui nous est soumis.
C’est donc moi qui préconise la neutralité artistique du Parlement et de
l’État, et c’est M. Bérard, ainsi que ceux qui ont déposé le projet qui
veulent faire prendre parti à la Chambre pour une conception artistique
qui est pour le moins discutable. (_Applaudissements._)