M. LE PRÉSIDENT.--La parole est à M. Jules Delahaye.

M. JULES DELAHAYE.--Pour ne faire aucune peine à notre

honorable rapporteur et ne pas offenser sa foi dans le «génie unique»,

comme il dit, de M. Rodin, je me garderai même de contester la sorte

de dogme, auquel il s’est rallié. Je reconnais, d’ailleurs, qu’il ne

fallait rien de moins que ses affirmations un peu osées pour justifier

la convention vraiment «unique», qu’il soutient avec un lyrisme

débordant. Mais il me permettra d’être assez libre penseur (_On rit_)

pour lui expliquer les doutes qui ont inspiré ma proposition. Car, bien

que surpris par le dépôt de son rapport à la première heure de notre

rentrée et par la mise à l’ordre du jour dès le surlendemain, il ne

m’a pas laissé le temps de venir le développer devant mes collègues

de la Commission de l’Enseignement et des Beaux-Arts. Si je suis bien

informé--M. Symian voudra bien me le dire--la Commission n’a pas même

été prévenue par son président que j’avais reçu sa convocation trop tard

pour pouvoir y répondre et que j’avais déposé un amendement, ainsi que

j’avais eu le soin et la déférence de l’en avertir télégraphiquement.

M. SYMIAN, _rapporteur_.--Permettez-moi une précision. Je

n’ai reçu votre dépêche, par laquelle vous m’annonciez le dépôt d’un

contre-projet, que vers quatre heures du soir. La Commission avait été

réunie à une heure et demie et sa séance était levée depuis longtemps

quand j’ai reçu votre dépêche. Je ne connaissais donc pas votre

intention et encore moins votre contre-projet que je viens de recevoir

il y a une demi-heure. Vous ne doutez pas un instant que si je les eusse

connus, je me fusse empressé d’en saisir la Commission. Je l’ai indiqué

aujourd’hui à la Commission et si vous aviez bien voulu vous rendre à

cette réunion, vous n’auriez pas produit une affirmation qui n’est pas

conforme à la vérité des faits.

M. JULES DELAHAYE.--Je n’ai pas affirmé, j’ai pris la

précaution de vous demander si j’étais bien informé. Au reste, je

ne vous fais pas grand grief de votre précipitation, car vous avez

une excuse très plausible: M. Rodin, en effet, exige un débat et

une solution électriques. Après le 1er octobre, si nous ne nous

inclinions pas, c’en serait fait de la munificence et du musée de M.

Rodin.

M. LE RAPPORTEUR.--Quand il y a une convention, il faut la

respecter.

M. JULES DELAHAYE.--Au moment où nos minutes paraissent des

années et où des projets bien plus urgents, semble-t-il, attendent

encore nos délibérations, M. le rapporteur ne m’en voudra pas de trouver

l’impatience de M. Rodin un peu excessive et même un peu familière à

l’égard de la «souveraineté nationale».

Afin d’abréger mes observations, laissez-moi vous lire le texte de mon

contre-projet et le sommaire d’usage qui l’accompagne. Il est arrivé

trop tard aussi pour vous le faire distribuer, en temps convenable,

comme l’a dit M. Simyan.

«Article premier.--Aucun musée nouveau, aucune collection d’art ne

pourront être créés aux frais de l’État ou dans les édifices publics, du

vivant des légataires ou des donateurs intéressés.» (_Interruption._)

M. LE PRÉSIDENT.--Nous sommes dans la région de l’art,

messieurs.

M. JULES DELAHAYE.--Si je ne peux pas parler d’art sans exciter

vos passions...

Rodin à l'hotel de Biron et à Meudon · 第 112 / 252 题