M. JULES-LOUIS BRETON.--Je demande la parole.

M. LÉON BÉRARD.--Cela dit, et puisqu’on m’a rendu responsable

des origines de l’affaire que je félicite amicalement M. Painlevé et M.

Dalimier d’avoir si heureusement poursuivie et terminée, voici ce qui

s’est passé.

L’hôtel Biron a été acquis par l’État en juillet 1911.

Si vous vous reportez aux travaux préparatoires de la loi par

laquelle cette acquisition a été réalisée, vous y verrez qu’on

s’est essentiellement proposé pour but de sauver un chef-d’œuvre

d’architecture du XVIIIe siècle, en même temps que d’offrir

au peuple de Paris de nouveaux espaces libres et un magnifique jardin.

Les projets d’affectation se sont aussitôt multipliés. Successivement ou

simultanément, il a été question d’affecter l’hôtel Biron à un palais

des souverains, au ministère de la Justice, au Service des retraites

ouvrières, à la mairie du VIIe arrondissement et au sous-secrétariat

d’État des Beaux-Arts. (_Rires_.)

Il faudrait n’avoir aucune expérience des affaires administratives

pour ne pas se rendre compte qu’avec cette multiplicité de projets, ce

qui serait inévitablement arrivé, c’est que nous aurions peut-être vu

l’hôtel Biron tomber de vétusté avant qu’il lui eût été donné aucune

destination utile.

Or, il se trouvait que, dès avant l’acquisition de cet immeuble par

l’État et son affectation à l’Administration des Beaux-Arts, un certain

nombre d’artistes, parmi lesquels M. Rodin, y avaient été installés,

à titre plus ou moins précaire, par le mandataire de justice qui

était chargé de la gestion du domaine. M. Rodin y avait transporté

quelques-unes de ses œuvres, notamment celles en voie d’exécution,

dont la commande lui avait été faite par l’État.

Depuis longtemps, on nous avait demandé, par une pétition signée

d’écrivains, d’artistes, d’hommes politiques, de réunir dans un musée

public les originaux de ses œuvres, dont M. Rodin se proposait dès

lors de faire don à l’État.

Il nous a paru, à mon ami M. Klotz, alors ministre des Finances, et à

moi-même, que puisque le Parlement avait voulu, en acquérant l’hôtel

Biron, sauver un chef-d’œuvre d’architecture, il était tout naturel

d’embellir encore le jardin, qui serait ouvert au public, par un

musée où il pourrait voir dans son développement et dans son ensemble

l’œuvre d’un grand artiste. Car, messieurs, si Rodin est discuté

par M. Breton, il est, à l’étranger, en Angleterre, aux États-Unis et

jusqu’au Japon l’un des noms les plus glorieux et les plus justement

populaires de l’art français.

M. JULES-LOUIS BRETON.--Malheureusement pour l’art français.

(_Mouvements divers._)

M. LÉON BÉRARD.--Voilà ce que nous avons voulu faire et ce que

nos successeurs ont réalisé, en menant à bonne fin des négociations

engagées depuis trois ou quatre ans. Nous avons tout simplement voulu

donner à un bel exemplaire d’architecture française, la destination

artistique qui paraissait impliquée dans le vote même que la Chambre

émettait en 1911. La renommée de Rodin est, dès à présent, assez sûre et

son talent suffisamment consacré pour que nous risquions, en adoptant ce

projet, de lui rendre un hommage que la postérité ne ratifierait pas.

(_Vifs applaudissements._)

M. JULES-LOUIS BRETON.--Permettez-moi, monsieur Delahaye, de

répondre quelques mots. Je ferai d’abord remarquer que, malheureusement

pour la Chambre, notre collègue, M. Bérard, a enlevé, dans son discours,

tout l’humour de l’historique de l’hôtel Biron qu’il avait apporté à la

Commission de l’Enseignement.

M. CHARLES BENOIST.--Cela devait être autre chose, mais cela ne

pouvait pas être plus joli.

M. JULES-LOUIS BRETON.--C’était en tout cas beaucoup plus

savoureux. Notre collègue avait, en effet, indiqué qu’il s’était trouvé

quelque peu embarrassé, en arrivant au sous-secrétariat des Beaux-Arts,

devant les locataires qui occupaient à ce moment l’hôtel Biron. La

liquidation avait concédé ces locaux à trois locataires jouissant tous

à des degrés divers d’une certaine notoriété: M. Rodin, M. de Max et

Mme Jeanne Bloch.

Rodin à l'hotel de Biron et à Meudon · 第 110 / 252 题