GOGNEUX, EUSE, adj. et s. Crasseux, dégoûtant, repoussant,
crapuleux. Se dit des personnes et des choses. _Un chapeau
gogneux. Une tournure gogneuse; un air gogneux. Tu te promenais
hier avec deux individus bien gogneux._ Dans le bas limousin,
_gognou_, et en vieux français, _gognon_, signifient: Pourceau,
cochon, et se disent de toute personne sale et malpropre.
_Gognounà_, faire grossièrement et salement un ouvrage.
GOGUINETTE, s. f. Propos gaillard, parole un peu libre. _Dire la
goguinette. Dire une goguinette; dire des goguinettes._ En
Lorraine, _goguenettes_ signifie: Propos joyeux. En vieux
français, _goguer_, v. n., veut dire: «Plaisanter.»
GOISE ou GOËZE, s. f. Serpe, grosse serpe. En Franche-Comté on
dit: _Goisse_ et _gouisse_.
GOISET, GOAZET, ou GOINZET, s. m. Serpette. Se dit aussi d'un
couteau et principalement d'un mauvais couteau.
GOLÉE, s. f. Gorgée. _Avales-en une seule golée. J'ai bu deux
petites golées de ton sirop, et j'en ai eu assez._ En Picardie
on dit: _Goulée_. «Goulée» est un mot français; mais il
signifie: «Grande bouchée.»
GOLÉRON ou GOLAIRON, s. m. Ouverture, trou. _Le goléron d'une
nasse._ Dans l'ancienne langue provençale, _golairos_
signifiait: «Gosier.»
GOLET, s. m., et GOLETTE, s. f. Goulot, trou, orifice. _Le golet
d'une bouteille._ Terme jurassien et savoisien. Dans notre
patois ces mots ont une signification plus étendue.
GONFLE, s. f. Signifie: 1º Vessie des quadrupèdes; 2º Petite
ampoule sur la peau, cloche, élevure; 3º Bulle de savon. _Sa
brûlure lui a fait lever des gonfles. Percer une gonfle. Se
soutenir sur l'eau avec des gonfles._ Terme suisse-roman et
savoisien.
GONFLE, adj. Gonflé. _Il a tant marché aujourd'hui, qu'il en a les
pieds gonfles._ Terme français populaire. A Lyon on écrit et on
prononce _confle_.
GONGON, s. des 2 genres. Grognon, celui ou celle qui bougonne, qui
grogne. _Cette gongon finira-t-elle une fois de nous ennuyer?
Le mari et la femme sont aussi gongons l'un que l'autre._
GONGONNER, v. a. Bougonner, marmonner, se fâcher, gronder. _Notre
vieux raufin ne s'arrête pas de gongonner. Il gongonne ses
enfants, il gongonne sa servante, il gongonne tout le monde._
Terme suisse-roman, savoisien et lyonnais.
GONVÉ, s. m. _Une odeur de gonvé_, est une odeur de renfermé, une
odeur de linge sale et gras. _Votre Baby Chailloux sentait
terriblement le gonvé._
GONVER, v. a. et n. Couver. _L'incendie éclata le matin; mais le
feu avait gonvé toute la nuit. Ne crois-tu pas, femme, que notre
Françoise gonve une maladie?--Je crois qu'elle gonve la
rougeole. Ta seille, Madelon, est égrillée: il faut la faire
gonver_ (c'est-à-dire: Gonfler dans l'eau). Terme connu dans le
canton de Vaud. En Franche-Comté on dit: _Gouver_.
GONVIÈRE, s. f. Signifie: 1º Fondrière, creux plein de boue; 2º
Tas de neige amoncelé par le vent.
GOTRET, s. m. Terme de boucherie. Ris de veau.
GOTTE, s. f. Mauvais ouvrage, mauvaise marchandise, chose de nulle
valeur, et dont on ne fait aucun cas.
GOUAILLER, v. n. Crier. Voyez COUAILLER.
GOUGNAUD, AUDE, s. et adj. Se dit d'une personne ou d'une chose de
rebut. _Quel gougnaud de chapeau tu as là! Notre nouvelle
voisine N** est une gougnaude; elle s'habille comme une
gougnaude._
GOUGNAUDER, v. a. Manier maladroitement, gâter en maniant,
déformer, froisser, chiffonner.
GOUGNAUDS ou GOUGNEAUX, s. m. pl. Vieux chiffons, mauvais linge,
vieilles nippes, et, en général, objets vieux et sans valeur.
GOUILLARD, ARDE, s. et adj. Voyez GOULIARD.
GOUILLE, s. f. Petite mare, endroit où la boue séjourne, flaque.
_Marcher dans la gouille; tomber dans la gouille._ Terme
suisse-roman, savoisien, dauphinois et franc-comtois. Dans le
bas Limousin on dit: _Ga-oullio_, et dans le Berry, _gouillat_.
GOUJATER, v. a. et n. Travailler comme un goujat. Prendre des
manières de goujat. _Un ouvrage goujaté_ est un ouvrage
bousillé, un ouvrage fait vite et sans soin.
GOULIAFE, s. m. Glouton malpropre. A Paris on dit: _Gouliafre_;
dans le vieux français et en Picardie, _goulafre_.
GOULIARD, ARDE, s. et adj. Gourmet, friand. _Oh! la gouliarde, qui
trempe son doigt dans le sirop! Ces petits gouliards eurent
fripé en un clin d'œil tous les bonbons._ Terme vaudois,
savoisien et vieux français. Dans le Limousin, en Normandie et
sans doute ailleurs, _goulard_ signifie: Goulu, gourmand.
GOULIARDISE, s. f. Friandise. _Comment, Élisa! du beurre et de la
confiture sur ton pain? quelle gouliardise! Tu n'aimes que les
gouliardises, Georgette, et tu vivrais de gouliardises._ En
vieux français on disait: _Goulardise_ et _gouillardise_. R.
_gula_.
GOURLLE, s. f. (_ll_ mouillés.) Cep de vigne arraché. Dans le
canton de Vaud on dit: _Gourgne_.
GOURMANDISE (UNE). _Un plat de gourmandises. Si vous êtes sages,
vous aurez chacun pour votre goûter une petite gourmandise._
Cette expression, fort usitée en Suisse et en Savoie, n'est pas
inconnue en France, quoique les dictionnaires ne l'aient pas
relevée. «Je t'avais préparé les _gourmandises_ que tu aimes,»
dit feu Mr De Balzac, dans un de ses romans. L'expression
française consacrée est: «Friandise.» Un plat de friandises.
GOURMANDS (POIS). Pois goulus, pois dont la cosse est tendre et se
mange.
GOURME, s. m. _Jeter son gourme._ Ce mot est féminin.
GOÛTER SOUPATOIRE, s. m. Goûter qui tient lieu de souper.
GOUTTE AU NEZ, s. f. Expression méridionale, etc. Les
dictionnaires disent: «Roupie.»
GOUTTIÈRE, s. f. Voie d'eau, fente, trou, ouverture à un toit par
où l'eau de la pluie pénètre et coule en dedans. _L'orage
souleva les tuiles et occasionna une gouttière. Le plafond, qui
était tout neuf, fut entièrement taché par les gouttières._
Terme suisse-roman, méridional, etc. On appelle en français
Gouttière: 1º Le chéneau qui reçoit et recueille les eaux de la
pluie; 2º Le tuyau de descente.
GOYARDE, s. f. Serpe. Dans le Berry on dit: _Goyard_.
GRABEAU, s. m. Mercuriale, censure. _Bon grabeau, mauvais grabeau.
Faire le grabeau des étudiants. Être soumis au grabeau; recevoir
son grabeau._ On lit dans notre Constitution de 1814: «Les
membres du Conseil d'État qui ne sont point sujets au _grabeau_,
n'y assisteront pas.» Terme vaudois et neuchâtelois.
GRABELER, v. a. Faire le _grabeau_. «La Compagnie des Pasteurs
élira chacun de ses membres; elle _se grabellera elle-même_.»
[_Constitution de 1814._] «Tous les Conseillers d'État qui ne
sont ni Syndics, ni Lieutenant, ni Syndics sortant de charge, ni
Trésorier, ni membres du Tribunal civil et de la Cour suprême,
_seront grabelés_ un à un à la balotte.» [_Ibid._] Le mot
_grabeler_, en vieux français, signifiait: Examiner, éplucher,
débattre, choisir.
GRABOT, s. m. Voyez GRABEAU.
GRABOTER, v. a. Se dit quelquefois pour _grabeler_.
GRADUATION, s. f. Dans le langage académique on appelle _Examen de
graduation_, un examen à la suite duquel l'étudiant reçoit le
grade de bachelier, ou celui de licencié, ou celui de docteur.
GRAIFION, s. m. Voyez GREFFION.
GRAILET, s. m. Plat d'étain donné pour prix dans les tirs.
GRAILETTE ou GREULETTE, s. f. Sorte de terrine, sorte de casserole
à trois pieds, laquelle sert à réchauffer les ragoûts.
GRAILLON, s. m. Ce mot est français; mais à Genève il se dit,
entre autres: 1º D'un mets quelconque (viande, poisson, légume,
lait, etc.) qui, réchauffé, a contracté une mauvaise odeur, un
mauvais goût. Il se dit: 2º Des tabliers, torchons, mauvais
linges, etc., dont la cuisinière s'est servie. En français:
Goût de graillon, odeur de graillon, signifient: «Goût, odeur de
viande ou de graisse brûlée.» [ACAD.]
GRAIN DE SEL, s. m. Quand les jeunes enfants voient voltiger près
d'eux un oiseau, et qu'ils demandent comment il faut s'y prendre
pour l'attraper, on leur répond que l'infaillible moyen est de
leur mettre un grain de sel sur la queue. De là a pris naissance
notre expression figurée: _Mettre un grain de sel sur la queue
de quelqu'un_; c'est-à-dire: «Faire d'inutiles efforts pour le
capter et pour l'attirer dans le filet.»
GRAIN DE SUCRE, s. m. Morceau de sucre. _Fais attention, Caroline,
tu coupes les grains de sucre trop gros._
GRAINGE, adj. Voyez GRINGE.
GRAISSE, s. f. Réprimande, semonce sévère. _Donner une graisse;
recevoir une graisse. Tu as eu ta graisse._ Terme français
populaire.
GRAISSE DE CHAR, s. f. Vieux oing, cambouis.
GRAISSE-MOLLE, s. f. Saindoux, graisse de porc. En Dauphiné, en
Provence et en Languedoc, on dit: _Graisse blanche_; à Bordeaux,
_graisse douce_.
GRAMON, s. m. Gramen, chien-dent, plante dont les racines sont
d'un grand usage pour les tisanes apéritives. _Boire sur le
gramon._ En Dauphiné, on dit: _Grame_.
GRAND, adj. Les expressions suivantes: _Ce n'est pas grand chose;
j'ai eu grand peine; voici la grand route_, etc., sont des
expressions correctes, mais étranges, et qui nous viennent du
vieux français. Au treizième siècle, _grand_ ou _grant_ était un
adjectif des deux genres.
GRAND, s. f. Terme des campagnards. Grand'mère. _Dis-moi, Colette,
comment se porte ta grand? Pauvre Monsieur, cette bonne grand,
nous l'avons perdue il y a huit jours._
GRANDE-MAISON (LA). Terme adoucissant, euphémisme pour dire:
L'hôpital, la maison de charité. _Jamais, non jamais, Monsieur
le Directeur, je ne consentirai à entrer dans la Grande-maison._
GRANDET, ETTE, adj. Grandelet. _Notre Stéphanie est déjà
grandette._ Terme excellent, employé dans tout le Midi et sans
doute ailleurs.
GRAND-LOUIS ou GRAND-SIFFLET, s. m. Courlis ou courlieu cendré,
oiseau aquatique.
GRANGER, s. m. Métayer, fermier partiaire, fermier qui partage le
produit des champs avec le propriétaire. Ce terme, si connu dans
la Suisse romane, en Savoie et en Franche-Comté, n'a été
recueilli ni par le dictionnaire de l'Académie, ni par M.
Poitevin, le plus récent des lexicographes, ni par Gattel, ni
par M. Bescherelle; mais Boiste et N. Landais l'ont mentionné.
GRANGERIE, s. f. Grangeage. _Mettre un domaine en grangerie_, ou
_à grangerie_, c'est: En confier l'exploitation à un _granger_.
Voyez ce mot. Le mot _grangerie_, très-usité chez nous, n'a été
enregistré que par un seul dictionnaire moderne, le _Complément_
de l'Académie.
GRATON, s. m. Aspérité sur le papier, sur le terrain, etc. _Sa
boule rencontra un graton._
GRATTE-À-CUL, s. m. Gratte-cul, fruit de l'églantier.
GRATTE-BOISSEUSE ou GRATTE-BOESSEUSE, s. f. Polisseuse de boîtes
de montres. Boesse ou gratte-boesse se disent d'une sorte
d'outil de ciseleur.
GRATTE-LOTON, s. m. Sobriquet qu'on donne aux ouvriers horlogers.
Voyez LOTON.
GRATTER, v. a. _Gratter la rogne à quelqu'un_, signifie: Le
flatter pour en obtenir une faveur, le cajoler, le flagorner
dans des vues intéressées. _Il s'aperçut enfin que sa nièce lui
grattait la rogne, et qu'elle en voulait, par-dessus tout, à
l'héritage._ Expression triviale. Dans le français populaire,
on dit en ce même sens: «Gratter l'oreille,» ou «gratter
l'épaule à quelqu'un.» [Voyez le _Dictionnaire du Bas langage_,
t. II.]
GRATUISE, s. f. Râpe de fer-blanc, ustensile de cuisine. En
Dauphiné et en Languedoc, on dit: _Gratuse_; dans le patois
provençal, _gratuè_. En vieux français, _gratuser_ signifie:
Râper.
GRAVANCHE, s. f. Sorte de _férâ_. Voyez ce mot.
† GRAVATE, s. f. Cravate. _Dis voir, femme, fadrait-il pas
mettre une gravate à notre petit, qui a un commencement de
rouche?_ Terme suisse-roman, savoisien, franc-comtois et
méridional.
GRAVE, s. f. Grève, endroit au bord d'une rivière couvert de
gravier. Terme dauphinois et vieux français.
GRAVELAGE, s. m. Action de _graveler_.
GRAVELER, v. a. Couvrir de gravier. _Graveler les allées d'un
jardin; graveler une promenade._ Terme indispensable, et qu'on
cherche vainement dans les dictionnaires. En Languedoc on dit:
_Agraver_.
GRAVELLE, s. f. Maladie des moutons, clavelée.
GREBATTER, v. a. Rouler. _Se grebatter_, se rouler. Expressions
très-familières aux campagnards.
GRÈBE (UNE). Sorte d'oiseau plongeur. Dites au masculin: Un grèbe.
Grèbe cornu, grèbe huppé.
GRÈBION, s. m. Grèbe esclavon, grèbe oreillard.
GREBOLER, v. n. Grelotter, trembler de froid. _Je le trouvai tout
greulant, tout grebolant._ En Savoie on dit: _Grevoler_; dans le
patois dauphinois, _gromolà_.
GREDON ou GREUDON, s. m. Guenilles, vieilleries, objets de rebut.
GREGNOLU, UE, adj. Qui a beaucoup de nœuds. _Bois gregnolu._
Terme des campagnards.
GREIFION, s. m. Gros bigarreau. _Une livre de greifions._ Terme
suisse-roman, savoisien et jurassien. En provençal, en
piémontais et en vieux français, on dit: _Graffion_; dans le
Languedoc, _agrefion_.
GREINGE, adj. Voyez GRINGE.