ÉCHINANT, ANTE, adj. Très-fatigant, accablant, tuant. _Travail
échinant; occupation échinante._ «Échinant,» en français, est un
participe et non un adjectif; du moins, ce mot n'existe-t-il,
sous cette dernière forme, dans aucun dictionnaire usuel.
† ÉCHIRER, v. a. Déchirer. _Fais donc attention, Lise, tu me
marches et tu vas m'échirer._
ÉCHIRURE, s. f. Déchirure.
ÉCHOPPLE, s. f. Terme d'art. Échoppe, pointe dont se servent
plusieurs artistes, et surtout les graveurs.
ÉCHOPPLER, v. a. Échopper, travailler avec l'échoppe.
ÉCLAFFER, v. a. Écraser avec le pied un objet qui éclate et rend
un bruit ou exprime un suc par le fait même de l'écrasement.
_Éclaffer une poire; éclaffer une grenouille; éclaffer un
escargot. Il lui éclaffa le nez d'un coup de poing._ Terme
vaudois, neuchâtelois et franc-comtois. Dans le dialecte
languedocien, _esclafa_. En vieux français, _esclaffer_ veut
dire: «Éclater» (_s'esclaffer de rire_); en limousin,
_escloffa_, aplatir, ouvrir en pressant, comme on le fait pour
une noix; en picard, _éclifer_, fendre, déchirer. Tous ces
termes sont des onomatopées évidentes; mais la plus remarquable
de toutes est notre mot patois _écllafà_ (_ll_ mouillés).
† ÉCLAIR (UNE). Ce mot est masculin.
ÉCLAIRCI (UN). _Au premier éclairci nous partirons._ Terme
bordelais, etc. Dites: Éclaircie.
ÉCLAIREMENT, s. m. Éclairage. «Dans l'hiver de 1755 à 1756, un
grand nombre de particuliers firent allumer la nuit des
lanternes devant leurs maisons, pour éclairer la rue, et ils
continuèrent cet _éclairement_ pendant tout l'hiver.» [J. PICOT,
_Histoire de Genève_, t. III, p. 303.]
ÉCLAIRER, v. a. Allumer, faire brûler. _Éclairer les quinquets;
éclairer le feu._ Terme méridional, etc.
ÉCLATER (S'), v. pron. Se gercer, se crevasser. _Le froid fait
éclater les mains_ (fait gercer les mains).
ÉCLATER (S'), v. pron. _S'éclater de rire._ Terme vieux français.
On dit aujourd'hui: «Éclater de rire.»
ÉCLIFFE, s. f. Seringue en sureau avec laquelle les enfants se
jettent de l'eau. J.-J. ROUSSEAU, dans ses _Confessions_, livre
Ier, dit: _Équiffles_. «A Bossey... nous faisions des cages, des
flûtes, des volants, des tambours, des maisons, des _équiffles_,
des arbalètes.» C'est le mot _écliffe_, avec une prononciation
différente: la véritable est _eykllieffa_ (_ll_ mouillés et _a_
presque muet).
ÉCLÔPÉ, PÉE, adj. et partic. _Comme tu es éclôpé, Daniel!_
Prononciation genevoise du mot _écloppé_, dont l'_o_ est bref,
comme dans _développé_.
ÉCOLAI ou ÉCOULAI, s. m. Terme des campagnards. Mère-goutte,
surmoût, vin qui coule du pressoir dans la cuve avant que le
raisin soit pressé.
ÉCORCE NOIRE, s. f. _Un plat d'écorces noires._ Terme suisse-roman
et savoisien. On dit en français: «Scorsonère.»
ÉCORCES, s. f. pl. _Sécher des écorces; brûler des écorces._ Le
mot français est «Tannée.»
ÉCOT DE BOIS, s. m. Bûchette, ramille, menu bois que les pauvres
gens vont ramasser dans les forêts, ou au bord des haies, ou
près des ruisseaux. Sismondi n'a pas hésité d'adopter ce mot.
«Quelques petits _écots_ recueillis le long des chemins, etc.»
[_L'Irlande en 1834_; article de la Bibliothèque Universelle,
mai 1836.] Terme suisse-roman et jurassien. Montaigne dit:
_Escot_; on le dit encore dans le patois limousin (_esco de
boï_). Au sens figuré nous disons: _Être maigre comme un écot;
être sec comme un écot_.
ÉCOTER, v. n. Ramasser des _écots_, c'est-à-dire, du menu bois.
_Où allez-vous, brave femme?--Pauvre Monsieur, je vais écoter le
long d'Arve._
ÉCOUAIRU, UE, s. et adj. Petit, maigre, débile, chétif. _Un
écouairu comme toi, vouloir camper! Dis voir, Cabot,
connaîtrais-tu par hasard la femme de Jean Lorrain, cette petite
écouairue, qui tient une boutique brisée darnier le Rhône?_ Dans
quelques provinces de France, _écouer_ signifie: Couper la queue
à un animal (_écouer un chien_), et c'est là peut-être l'origine
de notre mot _écouairu_. Dans le patois vaudois, _écouairu_ veut
dire: «Écureuil.»
ÉCOUAIRÙLE, s. f. C'est un féminin du mot précédent.
ÉCOUENNE, s. f. Force, vigueur. _Il y va de toutes ses_
_écouennes_, c'est-à-dire, de toute sa force. _Tu n'as pas
l'écouenne_, tu ne peux pas, tu n'es pas assez fort.
ÉCOUENNER (S), v. pron. S'efforcer. Voyez COUANNE.
ÉCOULER, v. a. Terme de tricoteuse. Laisser couler, laisser
tomber, laisser échapper. _Écouler une maille; maille écoulée._
ÉCOVET ou ÉCOVÉ, s. m. Écouvillon, linge fixé à l'extrémité d'une
perche et servant à nettoyer le four. Terme suisse-roman. En
provençal, _escoubo_, en vieux français, _escouve_, et en
français, «écouvette,» signifient: «Balai.»
ÉCRELET ou LÉCRELET, s. m. Sorte de nougat. _Des écrelets de
Bâle._ Terme suisse-roman, formé du mot allemand _Leckerei_,
friandise.
ÉCREMÉ, ÉE, adj. _Étang écremé, rivière écremée._ Étang, rivière
dont les froids de l'hiver commencent à congeler la surface.
ÉCREMER, v. a. _Écrémer du lait._ Écrivez et prononcez «Écrémer,»
avec un accent aigu sur les deux _é_.
ÉCRITOIRE (UN). _Un petit écritoire._ Ce mot est féminin.
ÉCRIVISSE, s. f. _Pêcher aux écrivisses._ Terme suisse-roman,
savoisien et franc-comtois. Dans le vieux français on écrivait
et on prononçait _Escrivisse_, et l'on ne dit pas autrement dans
plusieurs villages de notre canton.
ÉCU, s. m. _Écu changé, écu mangé._ Ce proverbe, peu répandu à
Genève, mais qui nous appartient réellement, signifie qu'une
pièce d'argent, dès qu'elle est changée, est bientôt dépensée.
Ce proverbe a été recueilli par deux dictionnaires modernes,
savoir, le _Complément_ du dictionnaire de l'Académie (au mot
Manger), et le Dictionnaire national de M. Bescherelle.
ÉCUELLE, s. f. _Écuelle de lait._ Dites: Écuellée de lait.
ÉCUELLE, s. f. Nous disons figurément: _Verser son écuelle_, pour
signifier: «Faire mal ses affaires.» _Un tel a versé son
écuelle_; c'est-à-dire: Un tel a perdu, en tout ou en partie, ce
qu'il possédait.
ÉCUELLE, s. f. Ricochet, bond que fait une pierre plate et légère
jetée obliquement sur la surface de l'eau. _Faire des écuelles._
ÉCUERNE ou ÉTIEURNE, s. des 2 genres. Idiot, hébaté, ahuri.
_J'avais beau vous appeler à mon secours, vous restiez là tous
deux comme des écuernes._ Terme savoisien.
ÉCUÉRU, UE, s. Voyez ÉCOUAIRU.
ÉCUISSETER ou ÉCUISSOTER, v. a. Signifie: Fendre, partager en
deux. _La foudre, en tombant sur cet arbre, l'a écuisseté._ Au
sens figuré: Fatiguer à l'excès, harasser. _Une marche de six
jours consécutifs nous avait écuissotés._ [P. G.]
ÉCUIT, ÉCUITE, adj. Se dit de la peau des petits enfants,
lorsqu'elle s'écorche ou se crevasse. _Notre pauvre Lolotte est
tout écuite._ Terme suisse-roman. On dit à Lyon: _Entrecuit_.
ÉCUMOIRE (UN). Ce mot est féminin.
ÉDUQUER, v. a. Élever un enfant, l'instruire, le former. _Suis-je
assez misérable! s'écriait la Simonne; j'ai tout sacréfié pour
faire éduquer mon Janot, et j'y ai pardu, avec ma peine, tous
mes petits argents!_ Ce mot d'_éduquer_ appartient au langage le
plus négligé et le plus populaire. Cependant on peut fort bien
dire d'un homme incivil et grossier: «Voyez ce mal éduqué.»
EFFARCLÉ, ÉE, adj. et partic. Se dit principalement des ustensiles
en bois, et signifie: Brisé, mis en pièces. _Seille effarclée;
cuvier effarclé; bagnolet effarclé._ En patois, _farclle_ (_ll_
mouillés) veut dire: «Cercle.»
EFFEUILLES (LES). L'opération d'effeuiller la vigne. _Le temps des
effeuilles. Les femmes sont aux effeuilles._ Les dictionnaires
disent: «L'effeuillaison» et «L'effeuillage.»
† EFFINI, NIE, ou ÉFINI, NIE, adj. Infini. _Depuis un temps
effini la voisine me rocandait ce crou-ye paravent._
ÉGANCE, s. f. Répartition de charges, distribution d'impositions
entre divers copropriétaires. Ce terme est mentionné dans le
_Glossaire de l'ancien droit français_, par MM. DUPIN et
LABOULAYE.
ÉGANCER, v. a. Fixer les proportions, régler les parts d'une
contribution, _faire les égances_. Expression consacrée.
ÉGANGUILLÉ, ÉE, adj. Se dit d'une personne dont les vêtements sont
pleins de trous, sont en lambeaux, en loques. _Ce petit drôle
veut toujours grimper sur les arbres, et toujours il en
redescend éganguillé._ Voyez GANGUILLER.
ÉGATTER (S'), v. pron. S'ébattre, se divertir, courir la
prétantaine. Voyez GATTES.
ÉGLEDON, s. m. Édredon.
ÉGRAVETER, v. a. Gratter la terre. _Les poules égravetaient dans
le jardin._ R. _gravier_?
ÉGRÉGE, adj. m. Honorable. «Ordonné aux secrétaires de la Justice
de ne point qualifier de Nobles ceux des Auditeurs desquels les
pères n'auront été ni Syndics, ni Conseillers, mais simplement
d'_Égréges_ ou honorables.» [_Fragments historiques de_ GRENUS.]
Ce terme, qui appartient à l'ancienne langue genevoise, manque
dans les dictionnaires, et en particulier dans le _Glossaire
roman_ de ROQUEFORT. «Égrégiat,» s. m., est dans Bescherelle. R.
_egregius_.
ÉGRENÉ, ÉE, adj. Se dit des personnes et des choses, et signifie:
Isolé, incomplet, éparpillé. _Quelques soldats égrenés furent
surpris et massacrés. Quand on commence à étudier une langue
quelconque, des leçons égrenées sont d'un médiocre profit. La
bibliothèque du bateau à vapeur ne nous offrit que quelques
volumes égrenés de Buffon et de Voltaire._ On lit dans le
_Journal de Genève_, du 27 mai 1851: «Suffrages en faveur de la
liste jaune, 1900; en faveur de la liste rouge, 1050; le reste
se répartit en _voix égrenées_.» Cette expression utile n'a pas
d'équivalent exact en français. «Égrené,» ou plutôt «égréné,»
est français dans un autre sens.
ÉGRILLÉ, ÉE, adj. Desséché, éraillé par l'action du soleil. _Un
vernis égrillé; un bagnolet égrillé; une brande égrillée._ Terme
suisse-roman et jurassien. R. _grillé_, desséché.
ÉGROUGNER, v. a. Frapper rudement, meurtrir, abîmer de coups une
personne ou une chose. _Il prenait plaisir à égrougner la poupée
de sa sœur. En tombant sur ces cailloux, elle s'égrougna le
bras. Ils se battirent dans le cabaret et s'egrougnèrent._ Terme
trivial. En provençal, _eigoourigna_ signifie: Charcuter, couper
malproprement de la viande à table.
ÉGRUFFÉ, ÉE, adj. et s. Éveillé, vif, étourdi. On dit plus
souvent: _Dégruffé_.
ÉJARRATER, v. a. et n. Se dit de certains animaux qui creusent la
terre avec leurs pattes, comme les chiens, les lapins et les
poules. _Éjarrater_ signifie aussi, en parlant des personnes: Se
démener avec les bras ou les jambes pour se débarrasser d'une
chose dont le poids nous incommode. [P. G.]
ÉJAVETER (S'), v. pron. Se débattre, s'ébattre, remuer vivement
les pieds et les mains. _Etendez votre enfant sur le gazon et
laissez-le s'éjaveter._
ÉLANCÉE, s. f. Élancement, impression que fait en quelque partie
du corps une douleur subite et de peu de durée. _Avoir des
élancées; son abcès lui causait des élancées cruelles._ Dans le
français populaire on dit: _Une lancée_.
ÉLEVER (S'), v. pron. En parlant du temps. Se lever, se mettre au
beau. _Quand le temps s'élèvera, nous partirons._ Dites: Quand
le temps se lèvera.
ÉLÉXIR, s. m. _Éléxir de longue vie._ Dans le français populaire
on dit: _Élexir_ (_e_ muet). L'expression véritable est
«Élixir.»
ÉLOURDI, IE, partic. Alourdi, appesanti. _Cette maudite voiture
m'a tant secoué, que j'en suis tout élourdi._ Terme vieux
français.
† ÉLUMINER, v. a. Illuminer.
† ÉMAGINER, v. a. Imaginer. _Peut-on s'émaginer rien de plus
laid, de plus-z-hideux? T'émagines-tu bien la tarente que j'ai
eue là!_ Dans le patois rouchi on dit: _S'émagéner_. Chez nous
il n'est pas rare d'entendre: _Magine-toi, maginez-vous_, pour:
«Imagine-toi, imaginez-vous.»
EMBARBOUILLER, v. a. Barbouiller, salir. Au réfléchi:
_S'embarbouiller. Le ciel s'embarbouille, le temps
s'embarbouille_; c'est-à-dire: Se dérange, se met à la pluie.
Terme français populaire.
EMBARDOUFFLER, v. a. Salir, barbouiller. Terme vaudois, etc.
EMBARRAS, s. m. (fig.) _Ce n'est pas l'embarras_, est une locution
adverbiale qui répond à: Au surplus, après tout. _Ce n'est pas
l'embarras, il pourrait bien y avoir de l'orage cette nuit. Ce
n'est pas l'embarras, nos deux garçons peuvent bien faire toute
la route à pied._ Français populaire.
EMBAUMER, v. impers. _Il embaume dans cette orangerie; il embaume
dans ce salon._ Locution méridionale. Dites: Cette orangerie
embaume; ce salon embaume. [ACAD.]
EMBEGUIGNÉ, ÉE. part. Embéguiné, ée.
EMBERLICOQUER, v. a. Voyez EMBRELICOQUER.
EMBIBER (S'), v. pron. S'imbiber. _L'eau s'embibait dans la
mollasse et la pourrissait._
EMBIJÔLER, v. a. Cajoler, caresser, endormir par des paroles
flatteuses. Augmentatif du verbe «Enjôler.»
EMBIJÔLEUR, EMBIJÔLEUSE, s. Enjôleur, enjôleuse.
EMBIJÔNER, v. a. A la même signification qu'_embijôler_, dont il
n'est qu'une corruption.
EMBLOUSER QUELQU'UN. Le mettre dedans, le duper, le friponner dans
une affaire. [P. G.]
EMBLOUSER (S'), v. pron. Se fourvoyer dans une affaire, se mettre
dedans, être dupe par sa faute. [P. G.]
EMBOIRE, v. neutre. Boire. _Ce papier emboit._ «S'emboire» est
français, mais il ne se dit qu'en peinture. «Les couleurs de ce
tableau s'emboivent,» c'est-à-dire: S'imbibent dans la toile.
«Tableau embu.» [ACAD.]
EMBOIRE, v. neutre. Boire. _Faire emboire une étoffe, faire
emboire du linge_, signifie: Plissoter deux morceaux d'étoffe ou
deux morceaux de linge inégaux, pour les égaliser. On dit en
français: Faire boire une étoffe, faire boire du linge,»
c'est-à-dire: Les tenir lâches en les cousant.