CUITE, s. f. Terme de laiterie. Recuite, petit-lait recuit,
dernière qualité de petit-lait, c'est-à-dire, celui qui reste
après qu'on en a fait le _séret_. _La cuite sert à engraisser
les cochons._ Terme vaudois.
CUITE, s. f. État d'ivresse. _Il a sa cuite_ (il est soûl).
CULOT, s. m. (fig.) _Être culot_, terme du jeu de billard,
signifie: Être inférieur à son adversaire, avoir moins de points
que lui. Cette expression, qui est sans doute connue ailleurs,
n'est pas consignée dans les dictionnaires.
CULOTTE, s. f. (fig.) Gronderie, mercuriale, réprimande. _Donner
une culotte; recevoir une culotte. Un tel a eu sa culotte._
CULOTTES, s. f. pl. _Dans sa chute, ses culottes furent déchirées.
Il avait mis ce jour-là ses culottes du dimanche._ Dites: «Sa
culotte,» et n'employez le pluriel que lorsque vous parlez de
deux ou de plusieurs culottes.
CUPESSE, s. f. Culbute, saut que l'on fait en mettant la tête en
bas et les jambes en l'air. _Quand nos jeunes écoliers apprirent
qu'ils avaient congé, ils firent des cupesses de joie._ Terme
suisse-roman et savoisien. _En cupesse_, locution adverbiale,
signifie: Sens dessus dessous, à la culbute. _Mettre en cupesse_
(bouleverser). _On déménageait; tout était en cupesse dans la
maison._
CUPESSER, v. n. Tomber, faire une chute légère, se renverser. Se
dit des personnes et des choses. _La table où il écrivait
cupessa. En voulant monter sur l'échelle, je cupessai._ Ce terme
appartient au style le plus familier. Employé figurément, il
signifie: Faire faillite. _La maison X., Y. et Cie vient de
cupesser._ Quelquefois ce verbe s'emploie à l'actif. _Philibert
se mit en rage et cupessa tout._
CUPLAT ou CUL-PLAT, s. m. Chute sur le derrière, casse-cul. _Faire
un cuplat. Les patineurs novices sont exposés à de continuels
cuplats._
CURAFIFI, s. m. Vidangeur, gadouard, maître des basses-œuvres,
nettoyeur de latrines. Terme connu dans le canton de Vaud. En
Dauphiné et en Provence, on appelle les gens de cette profession
_cure-privés_, et en Languedoc, _maîtres fifi_. [Voyez VILLA,
_Nouveaux Gasconismes corrigés_, t. 1, p. 232.] R. _Fi! Fi!_
CURE. Ce mot ne s'emploie que dans l'expression _faire cure_, qui
se dit dans certains jeux, quand on ne fait aucun point, ou
qu'on perd tout ce qu'on met sur jeu. C'est l'équivalent de:
_Être à sec, mettre à sec_. [P. G.]
CURER, v. a. _Curer un poisson_, le vider. _Curer une volaille_,
l'effondrer, c'est-à-dire, en ôter la poche, le gésier et la
tripaille. _Curer des pommes_, c'est: Les cerner avec la pointe
d'un couteau. Expressions méridionales.
CUSIN, s. m. Cousin, insecte.
CUTTRER ou CUTURER et COUTURER, v. a. Terme d'agriculture. Houer,
labourer à la houe. _Cuttrer des pommes de terre._ En vieux
français, on disait: _Culturer_.
CUVET, s. m. Nous appelons _char à cuvets_, ce qu'on nomme en
français: «Chariot à hèches.»
CYTISE, s. f. _De la cytise en fleur._ Ce mot est masculin.
D
D. Les campagnards ajoutent un _d_ euphonique ou énergique dans
une foule d'expressions très-familières. Ils disent, par
exemple: _Aller d'à quatre; mettre d'à coin; monter d'à
reculons; faire une chose d'acachette_ (en cachette); _tomber
d'abouchon. Nous sommes de cousin avec Jean-Glaude. J'étais
d'assis. Je vous ferai un mur bien soigné_, me disait un maçon,
_je tiendrai les pierres bien d'égal_. Voyez les mots ACACHONS,
D'AVAU, DOBLIGÉ et DÔTER.
DÂ, s. m. Terme enfantin qui équivaut à: Merci, je te remercie.
_Dis dâ, ma petite; il faut dire dâ. Dâ, ma nainnain._
DADA, s. m. Nourricier, mari de la nourrice.
DADERIDOU, s. m. Dadais. Voyez le mot suivant.
DÂDOU, s. m. Dadais, nigaud, bélître. _Grand dâdou, cesseras-tu
une fois de faire crier cet enfant?_ Terme suisse-roman et
savoisien.
DAGUER, v. n. Pester, enrager. _Voyez comme il bisque! Voyez comme
il dague!_ Terme trivial.
DAILLE, s. f. Faux, instrument pour faucher. _Piquer une daille._
Terme méridional et vieux français.
DAM, s. m. (Prononcez _dan_.) _C'est ton dam, c'est bien ton dam_,
se dit à une personne qui semble avoir mérité le mécompte, le
désagrément, la mésaventure qui lui arrive. _Tu t'es coupée,
Jenny, et c'est bien ton dam: on t'avait défendu de jamais
toucher un canif. J'ai été trompé par Guichardin, et c'est bien
mon dam: j'y avais été pris déjà deux fois._ Ce terme, qui
appartient au vieux français, est d'un emploi journalier chez
nous. R. _damnum_.
DANDINE, s. f. Volée de coups, rossée. _Administrer une dandine._
Français populaire.
D'À PLOMB, loc. adv. _Le soleil donnait d'à plomb; le soleil
tombait d'à plomb sur nos têtes._ Dites: «Donnait à plomb;
tombait à plomb.»
DARBON ou ZARBON, s. m. Nos campagnards désignent par ce mot
tantôt le mâle de la taupe, tantôt le campagnol ou rat des
champs. Terme savoisien, dauphinois et provençal. _Darbounîre_,
s. f. Taupinière. _Edarbogni_, v. a., signifie dans le patois
vaudois: Étendre la terre qui a été soulevée par la taupe.
† DARDE ou DAIRDE, s. f. Dartre.
† DARNIER, adj., adv. et prépos. Voyez DERNIER.
DARTE, s. f. Dartre, maladie de peau. _Darte rentrée; darte
farineuse._ Français populaire.
DAUBER, v. a. Duper, tromper, flouer. _Pauvre nigaud, on t'a daubé
et on te daubera encore._ En français: «Dauber» signifie: 1º
Battre à coups de poing; 2º Railler, injurier. [ACAD.]
DAUDER, v. n. Mot patois. Donner de la corne, frapper de la corne.
_Éloignez-vous, cette vache daude._
DAUDINÉE, s. f. Rossée, volée de coups.
DAVANTAGE DE. _Tu as eu davantage de peine, tu auras aussi
davantage d'argent._ Dans cette phrase et dans les analogues,
employez l'adverbe «plus», et dites: Tu as eu plus de peine, tu
auras aussi plus d'argent.
D'AVAU, adv. Là-bas, plus loin en descendant. Terme patois et
vieux français. R. _vau_ ou _val_.
DE, prép. Dans les phrases suivantes et phrases analogues, on doit
retrancher la préposition _de_. _Il m'en a fait de cadeau. Cela
ne fait de rien. Tu ne risques de rien sur ce bateau. Reprends
ton couteau, je n'en ai plus de besoin_ (expression, au reste,
qui était encore française au milieu du dix-huitième siècle). _A
quoi bon de se tourmenter? A quoi bon de lire tant de journaux?
Il fait bon de s'asseoir. Il fait bon de boire frais en été._
Voyez FAIRE, no 5.
DE, prép. Les phrases suivantes offrent une syntaxe remarquable,
quoiqu'elles appartiennent au langage populaire. _Je n'ai rien
dit qui ne soit de dire; je n'ai rien fait qui ne soit de
faire_, etc.; c'est-à-dire: Qui ne puisse se dire, qui ne puisse
se faire.
DÉBAGAGER, v. n. Plier bagage, déménager brusquement, décamper.
_Ils débagagèrent de nuit et emportèrent tout le bataclan._
Terme suisse-roman, savoisien et français populaire.
DÉBARRAS, s. m. Nous appelons _chambre de débarras_ un petit local
où l'on serre les meubles, les ustensiles, et les vêtements qui
ne sont pas d'un usage ordinaire, ou qui causent quelque
embarras. Nos _chambres de débarras_ s'appellent en français:
«Décharge, pièce de décharge.»
DÉBARRASSÉE, s. f. Débarras, délivrance de ce qui embarrassait.
_Les voilà partis! quelle débarrassée!_
DÉBIGOCHÉ, ÉE, adj. Se dit des personnes et des choses, et
signifie: 1º Disloqué, détraqué, gâté, endommagé; 2º Malingre,
sans entrain, lâche, débiffé. _Une poupée débigochée. Quand il
veut pleuvoir, disait Mme N***, je me sens toute débigochée._
Dans le patois languedocien, _débigoussat_ signifie: Contrefait,
tortu. [Voyez le _Dictionnaire patois_ de M. l'abbé Gary.
Castres, 1845.]
DÉBITE, s. f. Débit, vente. _Cette marchandise n'a pas de débite._
Terme vieux français.
DÉBITER, v. a. et n. Il se dit de certains oiseaux qui abandonnent
pour toujours leur nid, quand on va les inquiéter pour voir
leurs œufs ou leurs petits. C'est le propre des corbeaux, des
geais, des pies-grièches, etc. [P. G.]
DÉBLOTTER, v. a. Réciter fort vite, débiter vivement. _Déblotter
un discours; déblotter des injures. Il nous déblotta en moins de
rien toute son histoire._ Terme suisse-roman. _Déblotter_
signifie aussi: Manger avidement. _Déblotter un pain; déblotter
un poulet._ La signification primitive de ce mot est: Ôter les
jeunes pousses d'un arbrisseau; ôter la première enveloppe de
certains fruits. _La chèvre a déblotté toute la haie.
Déblotte-moi ces branches de noisetier_, etc. Expression
familière à nos campagnards et à ceux du canton de Vaud. Quant à
l'idée qui domine dans ces diverses significations et qui les
lie entre elles, c'est évidemment l'idée de vitesse, de
promptitude, de célérité.
DÉBLOTTURES, s. f. pl. Jeunes pousses qui viennent d'être ôtées
d'un arbrisseau. _Ramasser les déblottures. Une corbeille de
déblottures._
DE BON, adv. Sérieusement, tout de bon, tout badinage à part.
_Jouer de bon. Se fâcher de bon. Parlez-vous de bon ou
plaisantez-vous?_ Français populaire.
DÉBOQUER QUELQU'UN. Le déplacer, le chasser du poste qu'il
occupait, le débusquer. En vieux français, _bos_ ou _bosc_
veulent dire: Bois, forêt. Les mots «Débusquer,» _débosquer_
(vieux français), et _déboquer_, ont signifié originairement:
«Faire sortir d'un bois.»
DÉBOUCHARDER, v. a. Laver, nettoyer le visage. _Va te
déboucharder, Gédéon, avant qu'on se mette à table._ R.
_bouchard_.
DÉBOULÉE, s. f. Sortie précipitée. Terme suisse-roman.
DÉBOULER, v. n. Déloger promptement, décamper, déguerpir. _Drôles
que vous êtes, déboulez d'ici._ Français popul.
DÉBRANLER, v. n. _Ne pas débranler d'un endroit_, signifie: Ne pas
le quitter. _Ne pas débranler de l'ouvrage_, signifie: Ne pas
quitter le travail avant que la tâche donnée soit remplie. _Il
bûcha tout le jour sans débranler. Ils restèrent toute la nuit
au cabaret sans débranler._ Terme parisien populaire, etc.
DÉCESSER, v. n. _Tu ne décesses de babiller. Elle ne décesse de se
plaindre. La pluie n'a pas décessé de toute la nuit._ Terme
français populaire. Dites: Tu ne cesses de babiller; elle ne
cesse de se plaindre; la pluie n'a pas cessé de toute la nuit.
DÉCHANTER, v. a. Désensorceler, ôter un mauvais sort,
déguignonner.
DÉCHARGE, s. f. Dans notre langage, _Demander sa décharge_ veut
dire: Demander d'être déchargé d'une place, d'une fonction, d'un
emploi; expression qui n'a rien de choquant.
DÉCHARGEOIR, s. m. Terme des campagnards. Grande cuve où l'on
jette la vendange qui vient d'être cueillie.
DÉCHÂSSER, v. a. Ôter le _charre_. Voyez ce mot.
DÉCHAUX, adj. _Aller déchaux, être déchaux_, signifie: Aller sans
chaussure, être sans chaussure. _Le frère et la sœur allaient
déchaux._ Ce terme, qui appartient au vieux français, est
encore fort usité chez nos campagnards et dans le nord de la
France.
† DÉCHELOQUER, v. a. Disloquer. _Une serrure décheloquée._
DÉCHICOTER, v. a. Déchiqueter, couper en morceaux. _Déchicoter la
carcasse d'un poulet._ Français populaire.
DÉCIDER (SE), v. pron. _Je me décidai de partir; elle se décida de
rester_, etc. Il faut dire, en employant la préposition _à_: Je
me décidai À partir; elle se décida À rester.
DÉCOCHE, s. f. Ce terme n'est guère usité que dans l'expression
suivante: _Être dur à la décoche_, c'est-à-dire: Être dur à la
desserre, aimer trop l'argent, se faire tirer l'oreille pour
boursiller.
DÉCOCHER, v. a. et n. (fig.) Payer, s'élargir, contribuer,
boursiller. _On te fera décocher; il faudra bien que chacun de
vous décoche. À la fin des fins, ils ont décoché dix francs._
DÉCOMBRES, s. f. pl. _Toutes ces décombres nous arrêtèrent._ Ce
mot est masculin.
DÉCOTTÉ, TÉE, participe. Ce terme n'est guère employé que dans
l'expression suivante: _Un lit décotté_, c'est-à-dire, un lit
dont les couvertures et le drap supérieur ne sont pas serrés
avec le matelas. Voyez COTTER.
DÉCOTTER, v. a. et n. Terme de commerce. Arranger, rapprocher
(fig.). _Je mettrai encore vingt-cinq francs pour décotter, pour
vous décotter._
DÉCOUVRIR UN LIT. Cette expression genevoise signifie: Faire la
couverture d'un lit, préparer le lit avant que de se coucher. «Ô
çà, écoutez, Mme Gray; rangez-moi cette chambre, _découvrez-moi
ce lit_, j'ai envie de me coucher.» Cette phrase est de CLÉMENT,
de Genève, dans ses _Annales littéraires_, t. II, p. 217. En
Languedoc et en Gascogne, on dit: _Faire la découverte d'un
lit_.
DÉCROCHER, v. a. _Ma robe me serre, décroche-la-moi._ Le verbe
«Décrocher» n'a pas cette signification en français. Il faut
dire: Dégrafer. «Dégrafer une robe; dégrafer un corsage.»
DÉCROÎT, s. m. Atrophie, aridure. _La pauvre enfant avait le
décroît à la jambe droite._
DÉDAIGNER (SE), v. pron. Dédaigner, répugner à. _Votre nièce,
Madame, se dédaigne d'aller avec nous._
DEDANS, prép. _Dedans le buffet, dessous le lit, dessus la table_,
étaient des expressions correctes il y a deux cents ans; mais
aujourd'hui ces mots ne sont plus des prépositions, et il faut
dire: Dans le buffet, sous le lit, sur la table.
DÉDELÀ, adv. Cette expression, si usitée chez nous, signifie: Dans
la chambre voisine, dans la pièce attenante. _Il fait froid dans
ce cabinet: allons dédelà. Ce fauteuil embarrasse dans cette
chambre: portez-le dédelà. Je vous rejoins tout de suite:
attendez-moi dédelà._ Terme suisse-roman et savoisien. A Lyon,
_dès delà l'eau_, veut dire: De l'autre côté du fleuve. En
français, «De delà les monts» signifie: Au delà des monts. En
Languedoc, _la nuit de delà, le jour de delà_, signifient:
L'avant-dernière nuit, l'avant-dernier jour.
DÉDITE (UNE). _Si vous cassez le bail, il y a une dédite de cent
cinquante francs._ Terme suisse-roman et savoisien. Le mot
français est «dédit,» s. m.
DÉFAIRE, v. a. _Défaire une pièce de drap. Ne défaites pas cette
pièce de drap vert: c'est du drap bleu qu'il me faut._ Le mot
français est «Développer» ou «Déployer.» [Voy. A. PÉTER,
_Dictionnaire des Locutions vicieuses_, deuxième édition.]
DÉFAIRE (SE), v. pron. Ôter une partie de ses vêtements de dessus.
_Tu as bien chaud, Théophile, ne te défais pas._ Terme
méridional.
DÉFAIT, AITE, partic. Se dit d'une personne débraillée, d'une
personne dont les vêtements qui couvrent la tête, le cou,
l'estomac, sont en désordre. _Tu es toute défaite, Judith: va
mettre ta coiffe, va te crocher, va arranger ton fichu._
DÉFAITE, s. f. Rupture d'un marché fait, d'un engagement
contracté. Ce terme n'est employé, je crois, que dans cette
phrase des écoliers et des gamins: _Pache faite, trente sous
pour la défaite_; c'est-à-dire: Le marché est conclu: celui qui
viendrait à le rompre payerait tant et tant.
DÉFATIGUER, v. a. Délasser, ôter la fatigue. _Les bains de pieds
défatiguent. Quand je serai défatigué, je repartirai._ [P. G.]
Expression remarquable, dont l'emploi est continuel parmi nous.
DÉFAUFILER, v. a. Défaire une faufilure. Terme méridional. Employé
figurément, le participe _défaufilé_ signifie: Détraqué,
désorganisé, abattu, énervé. _Je me sens toute défaufilée; je
suis toute défaufilée aujourd'hui, et je n'ai pas le cœur au
travail._
DÉFICELER, v. a. Ôter la ficelle. _Déficeler un paquet, déficeler
une boîte._ Terme connu partout, et qu'on s'étonne de ne pas
trouver dans les dictionnaires.
DÉFIER (EN). L'expression: _Je lui en défie_, n'est pas française.
Il faut dire: Je l'en défie. _Ils croient sans doute nous
prendre pour dupes, mais je leur en défie._ Français populaire.
DÉFINIR, v. n. Expirer, rendre l'âme, finir. _J'ai cru qu'il
allait définir entre mes bras._ Terme vieux français.
DÉFINITION, s. f. Fin. _Il faut faire une définition_;
c'est-à-dire: Il faut en finir. _En définition_, enfin.
DÉFORCENÉ, s. m. _Crier comme un déforcené. Elle s'agitait comme
une furieuse, comme une déforcenée._ Dites: Forcené, forcenée.
† DÉFLUXION, s. f. _Défluxion de poitrine._ Dites: Fluxion de
poitrine [P. G.] Le mot _défluxion_ appartient au vieux
français. [Voyez ROQUEFORT, _Glossaire roman_.]
DÉFUNTER, v. n. Mourir. _Il défunta vers minuit._ Dans le nord de
la France, on dit: _Défunquer_ et _défuncter_. [Voyez le
_Glossaire picard_ de M. l'abbé CORBLET.]
DÉGAGÉ, ÉE, adj. Leste. _Voyez comme il court! Voyez comme il est
dégagé!_ Terme méridional. «Dégagé» ne se dit que des choses:
«Taille dégagée; air dégagé; allure dégagée.»
DÉGAGER (SE), v. pron. Se dépêcher. _Dégage-toi, Ambroise, l'heure
sonne. Dégageons-nous, Messieurs, il se fait tard._ Français
populaire.
† DÉGAL, s. m. Dégât. _Aurait-on jamais émaginé un dégal
semblable?_
DÉGIGANDÉ, ÉE, adj. _Homme dégigandé; femme dégigandée._ On dit en
français: «Dégingandé.»
DÉGLÉTIR, v. a. Dégluer, ôter la glu. Voyez AGLÉTIR.
DÉGONFLER (SE), v. pr. Épancher, dire tout ce qu'on a sur le
cœur. _Je lui ai enfin parlé nettement, et je me suis
dégonflé._
DÉGORGER, v. a. (fig.) Restituer, rendre ce qu'on avait pris
frauduleusement. _Il m'a escroqué dix francs, mais il faudra
bien qu'il les dégorge._
DÉGOÛTAMMENT, adv. D'une façon dégoûtante. _Manger dégoûtamment._
Terme que les Dictionnaires ne feraient pas mal d'accueillir.
DÉGREDELER, v. n. Dégringoler, descendre les degrés plus vite
qu'on ne le voudrait, rouler en tombant dans un escalier. _On ne
voyait goutte, j'ai dégredelé au bas de la rampe._
DÉGREUBER, v. a. Nettoyer, laver. _Dégreuber une table, dégreuber
un buffet._ Voyez GREUBE.
DÉGRUFFÉ, ÉE, s. et adj. _Un garçon dégruffé_ est celui qui est
vif, éveillé, espiègle, qui voit clair dans les affaires et qui
sait facilement se tirer d'une position difficile. Expression
curieuse, qui n'a pas d'équivalent exact en français.
DÉGUILLE, s. f. Non-succès, échec, affaire manquée. Dans la langue
de nos Étudiants, _déguille_ se dit (ou se disait) d'une
mauvaise composition.
DÉGUILLEMANDRÉ, ÉE, adj. Déguenillé.
DÉGUILLER, v. actif. (Prononcez _déghiller_.) Abattre, faire
tomber, renverser. _Déguiller des noix. Déguiller des nids. Ils
mirent une bouteille sur un piquet et jouèrent à qui la
déguillerait. L'arbre était couvert de moineaux: nous lâchâmes
ensemble nos deux coups, et nous en déguillâmes une vingtaine.
S'il vous plaît, Monsieur, déguillez-moi mon volant._ Voyez
GUILLE, no 2.
DÉGUILLER, v. neutre. Tomber, au sens propre et au sens figuré.
_Notre Louis était depuis trois semaines le premier de sa
classe: hier il a déguillé. Ne va pas grimper sur ce tas de
pierres, tu déguilleras._
DEHORS, adv. _Dîner dehors_, signifie: Ne pas dîner chez soi,
dîner en ville. _Hier toute la famille dîna et soupa dehors._
Nous disons dans le même sens: _Veiller dehors_, etc. Terme
méridional.
DEHORS DE, prép. _Je vous attendrai dehors de porte. Votre frère
était dehors de chez lui_, etc. Dites: «Hors de chez lui,» etc.
DÉJÀ, adv. Est inutile et vicieux dans les phrases suivantes:
_Comment s'appelle-t-il déjà? Pour ne pas m'estropier avec cet
outil, comment faut-il faire déjà? Dis donc, femme: cette belle
dame que tu as rencontrée hier, qui est-ce déjà?_
DÉJUNER, v. n. _Si tu n'as pas encore déjuné, déjunons ensemble._
Écrivez et prononcez «Déjeuner.»
DÉLABRE, s. m. Délabrement, détérioration, mauvais état d'une
chose. S'emploie surtout au sens figuré. _Il n'y a point de
surveillance, point d'ordre ni d'économie dans cette maison:
tout y est en délabre._
† DÉLIBÉRER, v. a. Libérer, délivrer. _Il faut avouer, Bastian,
que ta défunte a bien fait de mourir, et que te voilà délibéré
d'un fameux poids._ Dans le vieux français, _délibération_
signifiait: Délivrance.
† DÉLIGENCE, s. f. Diligence. _La déligence de Lyon._
DÉLIGENT, ENTE, adj. Diligent.
DÉLIGENTER, v. n., et SE DÉLIGENTER, v. pron. _Allons, allons,
déligentez-vous._ Ces trois termes appartiennent au français
populaire.
DEMANDER, v. a. _Combien vos musiciens ont-ils demandé pour le
bal? Combien les guides de Chamouny demandent-ils pour chaque
journée?_ Dans ces exemples et autres analogues, «Prendre» est
le mot véritable. «Tel marchand prend tant de sa marchandise. Le
chirurgien prit deux cents francs pour l'opération. Les bons
maîtres de piano, à Paris, prennent vingt francs par cachet.»
DEMANDER SA DÉMISSION. Nous disons, et cette faute est générale
dans la Suisse romane: _Demander sa démission_, pour: Donner sa
démission. «Mr le pasteur C** _ayant demandé sa démission_ pour
cause de santé, etc.» [_Journal de Genève_, 1847.] «Füssli
_demanda_ et obtint _sa démission_ de la manière la plus
honorable.» [_Société d'Utilité publique_, 1838.] Observons que
le fonctionnaire qui abandonne volontairement une place ne
_demande_ pas de s'en démettre: il annonce officiellement, il
donne avis qu'il s'en démet.
DÉMANGONNER ou DÉMANGOUNER, v. a. Déranger, détraquer, gâter.
_Loquet démangouné, serrure démangounée._ Dans le dialecte
rouchi, _angoner_ se dit des efforts que l'on fait pour ouvrir
une porte. Pourrait-on établir un rapprochement entre ces deux
mots, et l'un serait-il la racine de l'autre? _Angon_, en vieux
français, signifiait: Gond.
DÉMATINER (SE), v. pron. Se lever plus matin que de coutume. _Mes
enfants, nous partons demain de très-bonne heure: il faudra bien
cette fois que l'on se dématine._ Jolie expression, qui est,
parmi nous, d'un usage universel.
DÉMATOQUER, v. a. Déniaiser. SE DÉMATOQUER, v. pron. Se déniaiser,
se dégourdir, perdre le ton et les manières gauches du village.
_On t'enverra en condition à Genève pour un peu te dématoquer.
Les payses l'auront bien vite dématoquée._ R. _matoque_. Voyez
ce mot.
DÉMÉNAGER (SE), v. pron. _Elle s'est déménagée hier._ Dites: Elle
a déménagé hier.
DÉMÉNAGEUR, s. m. Ouvrier qui aide aux déménagements ou qui les
fait. _Avoir les déménageurs. La journée des déménageurs est de
cinq francs._
DÉMETTRE, v. neutre. Terme des campagnards. Se dit d'un tonneau,
d'un cuvier, d'un ustensile qui laisse échapper l'eau par des
fissures. _Ta seille démet_ (ta seille coule). R. _demitto_.
DEMEURANCE, s. f. Demeure, habitation. _Est-ce là votre
demeurance?_ Ce terme, plus en usage à la campagne qu'à la
ville, appartient au vieux français, et n'est pas inconnu dans
diverses provinces de France. [Voyez le _Vocabulaire du Berry_,
p. 36.]
DEMEURANTS (LES). Les survivants. N'est usité que dans ce souhait,
par lequel on termine quelquefois les compliments de
condoléance: _Dieu conserve les demeurants!_ Terme vieux
français.
DEMEURET, s. m. Petit local confortable.
DEMI-FEMME, s. f. Lavandière que l'on ne prend qu'à la
demi-journée. _Nous avons eu là une considérable lessive: sept
femmes et une demi-femme!_
DÉMILGANDRÉ, DRÉE, adj. Détraqué, dérangé. C'est probablement une
corruption du mot _déguillemandré_, lequel a le même sens.
† DÉMINUER, v. n. Diminuer. _La fièvre a déminué; on pourra
aussi déminuer les visites du cérugien._
DEMI-POT, s. m. Chopine. _Boire demi-pot._ Terme consacré.
DEMIPOTER, v. n. Boire _demi-pot_, siroter, godailler. _Ces deux
ouvriers sont toujours demipotant._
DÉMISSION, s. f. Voyez DEMANDER.
DEMOISELLE, s. f. Fille d'un tel. _Comment se porte votre
demoiselle? Vos demoiselles seront-elles dimanche de la partie?_
Dans ces exemples et les analogues, il faut dire: Comment se
porte votre fille? Vos filles (ou Mesdemoiselles vos filles)
seront-elles de la partie? Cette remarque est empruntée aux
meilleures autorités.
DÉMONE, s. f. Femme ou fille très-méchante. _La fille à Nicolas
est une pouine, une démone._ Terme rouchi, etc.
DÉNIOTER, v. a. _Dénioter quelqu'un_, c'est: L'Ôter, l'arracher de
sa _niote_, c'est-à-dire, de son trou, de son coin. _On ne peut
pas le dénioter de chez lui._ R. _niot_, nid.
DENT DE L'ŒIL. Dent œillère.
DENTELLES, s. f. pl. Nous disons: _Faire des dentelles, blanchir
des dentelles, porter des dentelles; mettre des dentelles à un
chapeau_. Dans ces exemples et les analogues, il faut employer
le singulier et dire: Faire de la dentelle, porter de la
dentelle, etc. «Ma broderie et ma dentelle suffisent pour
m'entretenir.» [J.-J. ROUSSEAU.]
DÉNUTÉ, TÉE, adj. Se dit de quelqu'un qui est privé du nécessaire,
de quelqu'un qui est dans un état de gêne complète. _Il n'a pas
sistance; il est dénuté de tout._ Ce terme, connu en Lorraine et
sans doute ailleurs, doit être plus ancien que le mot «Dénué.»
R. _denudatus_.
DEPELOTONNER, v. a. Défaire un peloton.
DÉPENSEUR, DÉPENSEUSE, s. Dépensier, dépensière.
DÉPÉTRENÉ, NÉE, adj. Qui a la poitrine découverte d'une manière
peu séante. Dans le Berry et en Dauphiné on dit: _Dépoitriné_;
en provençal, _despeitrina_. Dans notre patois, le mot _pétrena_
(_a_ très-bref) signifie: Poitrine.
DÉPONDRE, v. a. et n. Signifie: 1º Enlever, décrocher. _Dépondre
les rideaux. L'estomac me dépond_ (j'ai grand faim); _je me sens
tout dépondu, tout détraqué_; 2º Discontinuer. _Il y avait un
monde, un monde, à cet ensevelissement: depuis Plainpalais
jusqu'à Bel-Air ça ne dépondait pas. Aux heures où le docteur
Prévost recevait, les malades ne dépondaient pas_, c'est-à-dire:
Se succédaient sans interruption. _Nous voici près de la ville,
Mesdemoiselles, dépondons-nous_; c'est-à-dire: Cessons de nous
donner le bras. Expression des domestiques.
DÉPRESSÉ (ÊTRE). Se dit des personnes et signifie: Être moins
pressé, avoir des occupations moins urgentes, avoir du répit
dans son travail. _Quand je serai dépressé, j'irai vous voir._
DEPUIS, prép. De. _On a, depuis le village de Mornex, une vue
magnifique. Depuis le Piton, on découvre le lac d'Annecy._
Phrases barbares. Mais les suivantes sont correctes: «À son
arrivée, je lui dictais de mon lit mon travail.» [J.-J.
ROUSSEAU, _Confessions_, livre VIII.] «Don Manuel nous écoutait
de son cabinet.» [LE SAGE, _Le bachelier de Salamanque_, IIIe
part., chap. XIV.]
DEPUIS LORS, loc. adv. Il est beaucoup mieux de dire: «Dès lors,»
ou «Depuis.» _Il m'écrivit une fois en 1840: je suis resté
depuis lors sans nouvelle._ Cette expression, qui nous vient du
Midi, se rencontre fréquemment dans J.-J. Rousseau, dans De
Saussure et dans la plupart des écrivains suisses; mais on la
chercherait vainement, je crois, dans Voltaire et dans les
auteurs classiques français du dix-septième et du dix-huitième
siècle.
DEPUIS MOI, DEPUIS TOI, DEPUIS VOUS. C'est-à-dire: Depuis mon
départ, depuis ton départ, depuis votre départ. _Depuis moi,
qu'a-t-on fait? Depuis toi, on s'est mis à jouer aux cartes._
Cette expression n'a l'autorité d'aucun dictionnaire; ce qui ne
l'empêchera pas, peut-être, de faire son chemin et de s'établir.
† DÈRE, s. m. Dé, dé à coudre. _Un dère en argent, un dère en
os._ Terme vaudois. La lettre _r_ est ajoutée par euphonie.
DÉRATER (SE). Se dit des personnes, et signifie: Se former,
prendre de l'usage et de l'assurance, perdre les manières
gauches, roides et gênées des nouveaux débarqués. _Depuis que le
jeune Hermann est à Genève, il s'est considérablement dératé._
Ce verbe, pris dans cette acception, ne se trouve pas dans les
dictionnaires usuels.
† DERNIER ou DARNIER, prép. et adv. Derrière. _Darnier l'église;
darnier le Rhône. Où est la Jeanne?--Elle est restée darnier._
Terme suisse-roman, franc-comtois et méridional.
DERNIER (EN), loc. adv. En dernier lieu, dernièrement. _Dans
quelle maison demeure ton oncle?--Il habitait en dernier la
maison des Trois Perdrix._
DÉROCHER, v. neutre. Se dit des personnes et des choses, et
signifie: Tomber, tomber en dégringolant, s'ébouler. _Il dérocha
dans les montées. Je dérochai de l'arbre. Cette pile énorme de
pierres dérocha. Se dérocher_, v. pron., est encore plus
usité. _Monte avec précaution sur cette échelle, et tâche de ne
pas te dérocher._ Terme suisse-roman, savoisien, dauphinois et
franc-comtois.
DÉROCHER, v. actif. Renverser, abattre, démolir. _Dérocher un mur,
dérocher une paroi._ «Certaines logettes de bois furent alors
toutes _desrochées_.» [BONIVARD.]
DERRIÈRES (LES), s. m. pl. Le derrière de la maison, l'endroit
reculé, écarté. _Nous habitions sur les derrières de la maison
de l'Escarcelle._ Au sens figuré: _Vivre sur les derrières_, se
dit d'une personne qui néglige de s'informer de ce qui se passe,
et reste absolument étrangère aux événements du jour.
DES, DU, DE LA. Ces trois mots sont mis pour «aux, au, à la,» dans
les phrases suivantes: _Hé! ici, la femme des cerises! Ici,
l'homme de la greube! Ici, l'homme du raisson!_ Dites: «La femme
aux cerises, l'homme à la greube, etc.»
DÉSABONNER (SE), v. pron. Cesser de s'abonner, interrompre son
abonnement. _Se désabonner à un journal; se désabonner à la
Feuille d'Avis._ Terme clair et utile, qui ne figure pas encore
dans les dictionnaires. Nous disons aussi à l'actif: _Désabonner
quelqu'un. Vous me désabonnerez dès le mois prochain._
DÉSASSORTI, TIE, part. _Un marchand désassorti, une modiste
désassortie. Je ne veux pas me désassortir._ Appliqué ainsi aux
personnes, ce verbe n'est pas français; mais on dira fort bien:
Une marchandise désassortie, de la porcelaine désassortie, des
bas désassortis.
DESCAMPETTE, s. f. Escampette.
DESCENDRE, v. a. Abattre, faire tomber. _Tu vois là haut cet
écureuil?... Mire-le bien, et tâche de le descendre._ Terme
dauphinois et languedocien.
DESCENDRE LA GARDE. Au sens figuré, cette expression signifie: 1º
Éprouver un échec de fortune ou de santé; 2º Mourir. _La fièvre
va en augmentant, et notre pauvre Mathieu descend la garde.
Cette nuit, notre vieille hôtesse a descendu la garde._ Terme
parisien populaire.
DESCENTE DE GOSIER, s. f. Bon appétit, grand appétit. Dans le
français populaire, _descente de gosier_, signifie: Mal de
gorge. [Voyez le _Dictionnaire du bas langage_, t. I.]
DÈS-DELÀ, loc. adv. Voyez DÉDELÀ.
DÉSEMBÊTER (SE), v. pron. Expression ignoble qui signifie: Se
distraire, chasser l'ennui. _Que pourrait-on faire aujourd'hui
pour un peu se désembêter?_
DÉSENCOMBRER, v. a. Décombrer, ôter les décombres. _Désencombrer
une rue, désencombrer une cour._ Terme méridional, etc.
DÉSINDICATION, s. f. Voyez le mot suivant.
† DÉSINDIQUER, v. a. Terme consacré jadis dans certaines
élections, et, en particulier, dans l'élection des pasteurs. Il
signifiait: Retirer une présentation, une _indication_. _On
avait indiqué comme candidat Mr N. N**, on l'a désindiqué
l'instant d'après, sur la demande d'un de ses amis._
DÉSORDRE. Ce mot est employé adjectivement dans les phrases
suivantes et phrases analogues: _Cette maison a un air désordre.
Cette pendule toujours arrêtée donne à cette chambre un air
désordre._
DESPECTUEUX, EUSE, adj. Qui marque peu de respect, irrévérent.
_Geste despectueux, ton despectueux, paroles despectueuses._
Excellent terme qui manque dans plusieurs dictionnaires. Le
_Complément_ du Dictionnaire de l'Académie ne l'emploie qu'en
parlant des personnes. A Genève, nous le disons surtout des
choses, et c'est là, peut-être, son meilleur emploi.
† DESPENSER, v. a. (Prononcez _dessepenser_.) Terme des
campagnards. _Mon pauvre Jacot, tu as despensé là une belle
argent._ Terme vieux français. On dit: «Dépenser.»
DÈS QUE, conj. Ne doit pas se prononcer _daisse que_. «Dès» rime
avec _près_.
† DESSARGER, v. a. Décharger.
DESSOUS, prép. Voyez le mot DEDANS, page 140.
DESSOUSTER, v. a. Cesser de _souster_, cesser d'appuyer, cesser
de soutenir. Terme employé surtout au jeu de cartes. _Roi
dessousté, Dame dessoustée._ Expression connue dans l'évêché de
Bâle, à Lyon et sans doute ailleurs, mais dont l'emploi semble
se perdre journellement chez nous. En Languedoc, _dessouster
quelqu'un_, c'est le supplanter. R. _de sub stare_?
DESSUIVRE, v. a. Copier quelqu'un pour le tourner en ridicule;
imiter par dérision son accent ou ses manières, le contrefaire.
_Cesse tes moqueries et ne continue pas à me dessuivre._
DESSUR, prép. Sur. _Dessur toi, dessur moi, dessur le pommier._
Français populaire et vieux français.
DESSUS, adv. _Ce lourdaud m'a marché dessus. Cette gronderie ne
devait pas me tomber dessus. M'cieu, il y a lui qui me crache
dessus._ Il faut tourner autrement ces phrases et dire, par
exemple: Ce lourdaud a marché sur ma robe. Cette gronderie ne
devait pas tomber sur moi, etc.
DE SÛR, adv. Pour sûr, sûrement, certainement. _S'il fait beau
jeudi nous partons de sûr. Est-il vrai, Charles, que tu doives
entrer au Collége?--Oui, j'y entre de sûr._ Terme méridional.
DÉTABLER, v. n. Départager, décider une élection entre deux
nombres égaux de suffrages. Autrefois, quand les juges allaient
donner leur avis, ils s'asseyaient autour d'une _table_, et ils
y restaient jusqu'à ce que la majorité se fût prononcée pour un
des candidats. S'il y avait égalité dans les voix, le président
donnait son vote, et par cela même faisait _détabler_ le
tribunal. Cette explication est de M. GUILLEBERT, dans son
_Dictionnaire neuchâtelois_.
DE TÊTE, loc. adv. Par cœur, de mémoire. _Réciter de tête. Dire
de tête. Ne sais-tu pas de tête la fable des Deux Pigeons?_
Terme dauphinois, etc. Nous disons dans un sens analogue: _Faire
un paysage de tête; faire un portrait de tête_.
DÉTRACTÉ, ÉE, partic. Détraqué, désorganisé (au sens figuré).
_J'ai des tiraillements dans le dos, j'ai un bruit continuel
dans les oreilles, j'ai un brûlement dans le cou: je suis toute
détractée._
DÉTRAQUE, s. f. Désordre, laisser-aller, désorganisation. _La
détraque s'est mise dans cette maison, et tout y va par le plus
bas._
† DETTE (UN). _Acquitter son dette. Avec soixante francs je
pourrais en finir avec deux ou trois vieux dettes._ Ce mot est
féminin.
DEUX, adj. Deuxième. _Prendrais-tu encore une tasse de café, ma
bonne?--Merci, ma chère, j'ai ma deux_ (j'ai pris ma deuxième
tasse).
DEVANT, prép. Avant. Les campagnards disent: _Se lever devant
jour. Partir devant la nuit_, etc. Ce sens de la préposition
«Devant» appartient à l'ancien français.
DÉVARIÉ, ÉE, adj. Se dit des personnes et signifie: Dérangé,
incommodé, détraqué, mal disposé. _Je ne sais pas ce que j'ai,
mais je me sens tout dévarié aujourd'hui._ Ce mot, qui n'est
dans aucun dictionnaire, appartient à la même famille que le mot
français «Avarié.»
DEVENIR MORT. Cesser de vivre, être mort. Terme limousin, etc.
DEVERS, prép. Vers. _J'irai chez toi devers le soir. On se reverra
devers le tantôt._ Les campagnards ne s'expriment pas autrement.
C'est l'ancien langage français.
DÉVOUGNER, v. a. Ce verbe est l'opposé de _vougner_. Voyez ce mot.
DIABLE, s. m. Nous disons facétieusement de quelqu'un qui louche
ou dont les yeux n'ont pas une direction régulière: _Il regarde
le diable sur le poirier_, c'est-à-dire: Il a le regard aussi
mal assuré que s'il eût aperçu tout à coup le diable sur un
poirier.
DIABLE ET DEMI (UN). Expression triviale qui signifie: Beaucoup,
infiniment. _Il y avait autour de l'escamoteur un diable et demi
de monde. Vous tardez bien à venir, vous autres: il y a un
diable et demi de temps que je m'impatiente._ Le dictionnaire de
l'Académie dit dans le même sens: «En diable et demi.» «Il était
fourbe en diable et demi,» est une phrase tirée de LE SAGE, dans
son roman de _Gusman d'Alfarache_, livre IV, ch. I.
DIAUDER, v. n. Folâtrer, sauter, s'ébattre, prendre ses ébats.
_Les enfants diaudaient autour de nous. On voyait les deux
chevreaux diauder sous le grand tilleul._
† DIFFÉRENT, ENTE, adj. Indifférent, ente. Ne s'emploie que
précédé d'une négation. _Cela n'est pas différent_, signifie:
Cela est passable. _Le temps n'est pas différent. Cette étoffe
n'est pas différente. La récolte des blés ne sera pas
différente._
DIGESSION, s. f. _Faire digession. Avoir une mauvaise digession._
Écrivez «Digestion,» et faites sonner le _t_ après l'_s_.
† DIMANCHE (UNE). _On ira à Salève la première dimanche de
juillet._ Ce mot est masculin aujourd'hui; il était encore
féminin au milieu du dix-septième siècle. L'historien Spon, dans
son _Histoire de Genève_, dit: «_La deuxième dimanche de mars._»
DIMANCHE, s. f. Argent de poche qu'on est dans l'usage de donner
chaque dimanche aux enfants et aux adolescents. _Sa dimanche lui
a été retranchée. Notre garçon économise toutes ses petites
dimanches._ Ce mot est masculin.
DINDE (UN). _Un dinde farci. Ils emplétèrent deux gros dindes pour
leur Escalade._ Faute très-répandue en Suisse, en Savoie et en
France. Dites: Une dinde ou un dindon.
DÎNER AVEC. _Nous dînâmes avec de la soupe et du bouilli._ Il est
plus correct et plus élégant de dire: Nous dînâmes DE soupe et
DE bouilli.
DIOGUET, adj. et s. m. Nigaud, niais, dadais.
DIOT, s. m. (Prononcez _dio_, _o_ bref.) Terre glaise. _Des
pétards de diot. Des mâpis de diot. Votre simolat a cuit trop
longtemps: c'est du papet, c'est du diot._ Dans le canton de
Vaud, _s'endioter_ veut dire: S'enfoncer dans quelque chose
d'épais, s'empêtrer.