CRASSER, v. a. Encrasser. _Crasser ses habits._

CRASSERIE, s. f. Ladrerie, mesquinerie, avarice sordide. Terme

français populaire.

CRENELLE, s. f. Crécelle, moulinet de bois qui fait un bruit

aigre. [P. G.]

CRENET, s. m. Oiseau dont J.-J. Rousseau parle dans l'_Héloïse_.

BOISTE et le _Complément du dictionnaire de l'_ACADÉMIE disent:

_Crenel_, et Mr BESCHERELLE a copié cette faute. Le terme

véritable est «Courlieu.»

CREPETONS (À), loc. adv. À croupetons, c'est-à-dire: En

s'accroupissant. _Se mettre à crepetons._ Terme jurassien. A

Neuchâtel on dit: _À crepotons_; dans une partie de la Lorraine

on dit: _À cripotons_. Voyez CROPETONS.

CRÉPISSAGE, s. m. Crépissure, crépi. _Ce mur aurait grand besoin

d'un crépissage._ Terme suisse-roman et méridional.

CRESOLETTE, CREUSELIETTE, ou COURSELIETTE, s. f. Tire-lire,

laquelle est quelquefois une botte en fer-blanc, et quelquefois

un sac, que l'on présente à l'église en faisant la quête.

_Mettre à la cresolette._ Dans le canton de Vaud on appelle

_crusille_, la boîte ou tronc destiné aux aumônes dans le

temple.

CREST ou CRÊT, s. m. Cime d'un coteau, mamelon, éminence de terre

dans une plaine. _Les crêts du Grand-Saconnex. Le Crêt de Jussy.

Les Hauts-Crêts_, dans la commune de Vandœuvres. Terme

suisse-roman, savoisien et franc-comtois. R. _crista_, crête.

† CRÉTIQUE, s. fém. Critique, blâme.

CRÉTIQUEUR, s. m. Critiqueur.

CREUX (LE). Sorte de jeu d'enfant. _Jouer au creux._ On dit en

français: Jouer à la fossette.

CREVAISON, s. f. Ne se dit que des animaux, et signifie: État de

dépérissement, état de maladie mortelle. Les enfants disent d'un

oiseau qui a la pépie et qui va mourir: _Il a la pipi, la mimi,

la crevaison_. Dans le Berry on dit populairement d'une personne

qui vient de mourir: _Elle a fait sa crevaison_; et dans le

langage parisien, _elle a fait sa crevation_.

CRÈVEMENT DE CŒUR, s. m. Crève-cœur, grand déplaisir, grande

mortification mêlée d'un certain dépit. _Ce fut un crèvement de

cœur pour notre Étienne d'aller aux Promotions sans y recevoir

de prix._

CREVER, v. n. Nous croyons parler correctement, quand nous disons

d'un chien, d'un chat, d'un bœuf, etc., qu'_ils ont crevé_,

pour signifier qu'ils ont cessé de vivre. Il faut dire: Ils sont

morts, ou, Ils ont péri. «Quarante vaches périrent dans les

neiges du Bon-Homme. Le pauvre canari mourut de faim. Les

moutons du fermier moururent de la clavelée.» On trouve dans le

dictionnaire de l'Académie: «Le poison fait _crever_ les rats;»

mais cet exemple ne prouve rien contre ce qui vient d'être

avancé. Voyez tous les dictionnaires.

CREVOTANT, ANTE, adj. Se dit des personnes et des choses et

signifie: Malade, fort malade, près de finir. _Un feu crevotant;

une lampe crevotante. Je trouvai la pauvre mère Trapelle toute

crevotante._ Appliqué aux personnes, ce terme appartient au

style badin ou au style trivial. _Eh bien, l'ami Tronchet,

comment va ce te santé depuis deux mois?--Hélas! c'est toujours

le catarrhe, toujours la goutte, toujours l'estomac qui digère

mal: je suis tout crevotant._

CREVOTER, v. n. Se dit des choses et des personnes, et signifie:

Être près de finir, être sur le point de mourir. _La chandelle

vient de s'éteindre, et tu laisses ton lumignon crevoter!_

CREZENET, s. m. Petite tomme ou fromage que les fruitiers se font

dans les laiteries avec les égouttures de lait qui restent dans

le couloir. [P. G.]

CRIBLETTE ou QUIBLETTE, s. f. Cresserelle, espèce de faucon.

CRIÉE, s. f. Crierie, gronderie. _Faire une criée. Il nous faisait

des criées à épouvanter les voisins._

CRIER, v. a. Réprimander en élevant la voix, gronder. _Crier ses

domestiques; crier ses enfants. J'ai été criée tout le jour._

Terme méridional. Le verbe «Crier,» pris dans cette acception,

est neutre, et l'on doit dire: «Crier après quelqu'un; il ne

cesse de crier après ses enfants.» Dans le canton de Vaud,

_crier quelqu'un_, signifie: L'appeler.

† CRINCAILLER, s. m. Quincaillier.

CRIQUET, s. m. Crécelle, moulinet de bois très-bruyant.

CRIQUET, ETTE, adj. Étroit, trop étroit, étriqué. _Un bonnet

criquet._

CROCHER, v. a. Agrafer, attacher avec une agrafe. _Crochez-lui sa

robe, crochez-moi mon manteau._ Terme suisse-roman. Nous disons

dans un sens analogue: _Crocher un contrevent_, c'est-à-dire: Le

fixer au moyen d'un crochet.

CROCHET, s. m. (fig.) Croc. _L'affaire est au crochet; le procès

est au crochet; l'ouvrage est au crochet._ Dites: L'affaire est

au croc (elle est suspendue, interrompue); le procès est au

croc, etc.

CROCHETER, v. a. Agrafer, attacher avec une agrafe. Terme

méridional.

CROCHON, s. m. Grignon, entamure de pain, morceau de l'entamure du

côté le plus cuit. _Un joli crochon; un gros crochon;

s'emparer du crochon._ Terme suisse-roman et savoisien. En

languedocien, on dit: _Crouchon_; en patois lorrain, _croche_; à

Marseille, _corchon_.

CROCHONNER, v. a. Couper la croûte autour du pain. Nous appelons

_pain crochonné_, un pain fait à cornes pour en multiplier les

grignons ou _crochons_. Les Languedociens disent: _Pain

crouchonné_.

CROCODILLE, s. m. (_ll_ mouillés.) Écrivez et prononcez, avec un

seul _l_, «Crocodile.»

CROIRE, v. a. Nous disons proverbialement et familièrement à une

personne que nous voyons ajouter une foi aveugle à des récits

invraisemblables ou absurdes: _Croyez cela et buvez de l'eau_

(_buvez de l'eau_ pour mieux digérer de semblables contes).

CROIRE DE. _Je croyais d'arriver le premier. Il croyait de ne pas

se tromper. Nous avions cru d'être fouillés à la douane._

Retranchez le _de_ et dites: Je croyais arriver le premier. Il

croyait ne pas se tromper. Nous avions cru être fouillés à la

douane.

CROIRE (S'EN), v. pron. S'en faire accroire, s'enorgueillir, être

fier. _Tu t'en crois bien, Pierre, avec ton chapeau neuf. Voyez

comme ces gamins de huit ans s'en croient avec leur cigarette à

la bouche._

CROISON, s. m. Pomme sauvage. Dans le Berry on dit: _Croix_.

CROIZONNIER, s. m. Pommier sauvage. Dans le Berry on dit:

_Croizier_.

CROISSANT, s. m. Se dit des enfants et des adolescents, et

signifie: Croissance, augmentation en grandeur. _Avoir le

croissant; souffrir du croissant._

CROPETONS (À), loc. adv. À croupetons, en s'accroupissant, à

genoux repliés.

CROQUEMOLLE, s. f. Sorte d'amande. Voyez COQUEMOLLE.

CROSSE, s. f. Béquille. _Marcher avec des crosses._ Terme

suisse-roman, savoisien et méridional. Proverbialement: _Un

boiteux ne peut se servir que de ses crosses_; signifie: Nul ne

peut employer que les ressources, grandes ou petites, qu'il

possède.

CROTON, s. m. Cachot, prison obscure et enfoncée. _Être mis au

croton; passer la nuit au croton._ Terme suisse-roman, savoisien

et méridional. Ce mot vient du vieux mot français _crote_,

lequel signifiait: Un creux, un caveau, une grotte. A Genève, ce

qu'on appelle aujourd'hui «la Grotte aux Archives,» s'appelait

autrefois _la Crotte aux Archives_. Dans le Berry, _crot_ veut

dire: Un creux, un trou, et _crotter_, v. a., signifie: Creuser,

faire un trou. Enfin, dans le dialecte provençal, on appelle

_crotto_ un local souterrain pour tenir le vin.

CROTU, TUE, adj. Marqué de petite vérole, grêlé. Expression très

usitée, et que J.-J. Rousseau a introduite dans sa _Nouvelle

Héloïse_: «Veux-tu que je coure baiser un visage noir et

_crotu_?» [IVe partie, lettre 8e.] _Crot_, dans le vieux

français, signifie: Creux, fossette.

CROUILLE, adj. Voyez CROU-YE.

CROUSTILLEUX, EUSE, adj. En Suisse, nous donnons à cet adjectif

une signification qu'il n'a point dans les dictionnaires; nous

disons, par exemple, d'une affaire délicate, épineuse,

embarrassante, qu'elle est _croustilleuse_. _Voilà qui est

difficile et croustilleux._ «Croustilleux» signifie: Plaisant,

leste, libre, graveleux, licencieux. «Anecdote croustilleuse;

conte croustilleux.»

CROUSTILLON, s. m. Croustille, petite croûte de pain. _Ces

messieurs voudraient-ils boucher par un croustillon?_

CROÛTE AU BEURRE, s. f. Tartine de beurre, tranche de pain

recouverte de beurre. Nous disons dans le même sens: _Croûte au

miel, croûte à la drâchée, croûte aux confitures, croûte dorée_.

Terme suisse-roman.

CROÛTION, s. f. Morceau de pain mordu, rongé, et laissé sur la

table après le repas; vieux reste de pain sec. _Ne jetez pas ces

croûtions; ayez soin de ces croûtions. Si Madame exige que je

fasse de la soupe avec ces croûtions, ce n'est pas moi qui en

mangerai._ Le mot français «Croûton» n'est point l'équivalent de

notre mot _croûtion_. Au sens figuré, nous disons quelquefois

d'un chenapan: _C'est un croûtion d'homme_; et d'un mauvais

dîné: _C'est un croûtion de dîné_.

CROU-YE ou CROUILLE, adj. Mauvais, grossier, gâté, en mauvais

état. Se dit des personnes et des choses. _Une crou-ye

marchandise; un crou-ye habit; un crou-ye déjeuné; une crou-ye

auberge. Michel Godineau est un crou-ye sujet, mais son fils est

plus crou-ye encore._ Terme suisse-roman. _Crou-ye_ s'emploie

aussi dans le sens de: Chétif, malade, malingre, souffreteux,

cacochyme. _Oui, Madelon, je suis bien crou-ye aujourd'hui.

Notre cousin Godefroi n'est pas des plus vigoureux, mais il

n'est pas des plus crou-yes._

CROU-YERIE, s. f. Objet de nulle valeur.

CRÛ, s. m. Crue, croissance. _Faire son crû._ Se dit des animaux

et de l'homme. _Voilà un beau poulain qui aura bientôt fait tout

son crû._ Terme vieux français.

CRUE, adj. fém. Écrue. _Toile crue_, toile qui n'a pas été

blanchie. _Soie crue_, soie qui n'a pas été mise à l'eau

bouillante. Terme dauphinois, etc.

CRULLION, s. m. (_ll_ mouillés.) Fer pour attiser le feu, fourgon.

[P. G.] Dans le canton de Vaud on dit: _Crullion_ et

_crouillon_.

CUARD, s. m. Terme de boucherie. Cimier, filet, pièce de bœuf

charnue, prise sur le quartier de derrière.

CUCHET, s. m. Terme rural. Veillotte, petit tas de foin qu'on

forme sur les prés. _Mettre le foin en cuchets. Étendre les

cuchets; s'ébattre sur les cuchets._ Terme vaudois. Dans le

vieux français, _cuche_ veut dire: Tas de foin, meule de paille.

En provençal, _cucha_, mettre les gerbes en tas.

CUEILLER ou CUEILLÈRE, s. f. Orthographe et prononciation

vicieuses des mots «Cuiller» et «Cuillère,» qui sont tous deux

français et se prononcent tous deux _kuillère_.

CUEILLIR, v. a. Beaucoup de personnes prononcent _ku-llir_ (_ll_

mouillés), au lieu de _keu-llir_. Plusieurs personnes aussi

disent au futur: _Je cueillirai, tu cueilliras_, etc., au lieu

de: Je cueillErai, tu cueillEras, etc. Cette forme, _je

cueillirai_, appartient à l'ancienne langue française.

CUEILLIR, v. a. (fig.) _Cueillir du linge_, signifie: Ramasser du

linge. _Cueillir les thèmes des écoliers_, signifie: Les

recueillir, les rassembler.

CUEILLIR, v. a. (fig.) Gagner. _Cueillir un mal. Cueillir la

petite vérole. La coqueluche se cueille._

CUER ou COUER, s. m. (Faites sonner l'_r_.) Cuir, peau. _Entre

cuer et chair._ Terme vieux français.

CUIRE, v. a. et n. _Votre lait va cuire, Colette; votre lait cuit

déjà._ Dites: «Votre lait va bouillir; votre lait bout déjà.»

CUISON, s. f. Action de cuire ou de faire cuire. _La cuison du

pain, la cuison de la viande. La cuison que fait éprouver une

plaie._ Le mot français est «Cuisson.»

CUISSE-DAME, s. f. Cuisse-madame, sorte de poire.

CUIT, partic. masc. _Beurre cuit. Accommoder avec du beurre cuit.

Toupines de beurre cuit._ On dit en français: «Beurre fondu.»

Nouveau Glossaire Genevois, tome 1/2 · 第 46 / 74 题