AJOUTURE, s. f. Ajoutage. _Faire une ajouture à une robe._

ALAGNE, s. f. Terme patois. Noisette. En Savoie on dit: _Alogne_;

dans le canton de Vaud, _Alagne_, _Alogne_ et _Eulagne_; en

vieux français, _Aulagne_; dans le patois limousin, _Oulana_; en

provençal, _Avelano_; en latin, _Avellana_. Aveline, en

français, est le nom d'une espèce de noisette.

ALANGUÉ, ALANGUÉE, s. et adj. Babillard effronté. _C'est un petit

alangué. Vous n'êtes qu'une alanguée._ En languedocien on dit:

_Alengat_; dans le bas limousin, _Olenga_; en vieux français,

_Langard_; dans le patois de l'évêché de Baie, _Langaie_.

ALBINE, s. f. Arbenne, perdrix blanche.

ALCOVE (UN). _Un grand alcôve._ Solécisme fréquent en France, dans

le langage populaire.

† ALCOVRE, s. f. Alcôve. _Chambre à alcôvre._ Les Languedociens

ajoutent aussi l'r euphonique, et disent: _Alcobre_. Dans le

Jura bernois et en Lorraine on dit: _Alcofre_. R. arabe:

_Alkobba_.

À L'HORREUR, loc. adv. Très-mal, horriblement, exécrablement.

_Cette robe lui va à l'horreur. Ta page d'écriture est faite à

l'horreur. Vos ciseaux coupent à l'horreur._

ALIER, s. m. Sorte d'arbre. Terme méridional et vieux français. On

dit aujourd'hui Alisier.

ALIGNER, v. a. (fig.) _Aligner quelqu'un_, c'est le corriger, le

mettre à la raison, le faire marcher droit. _Va, petit_

_bandit, je te ferai aligner par ton père. Drôles que vous

êtes, on vous alignera, on vous arrangera._

ALLÉE, s. f. Action d'aller quelque part. _L'allée et la venue;

l'allée et le retour. Nous payâmes au cocher six francs pour

l'allée et la venue._ Figurément, _Donner à quelqu'un l'allée et

la revenue, c'est le mornifler_ d'importance, le souffleter

d'abord sur une joue, puis sur l'autre.

ALLÉE QUI TRAVERSE. Dites: Allée de traverse. Dites aussi: Rue de

traverse, chemin de traverse, route de traverse, et non pas:

_Rue qui traverse_, etc.

ALLEMAGNES, s. f. pl. _Notre fils voyage par les Allemagnes. Ces

Allemagnes ont bien de la peine à se calmer._ Expression

très-populaire.

ALLEMANDAGES, s. m. pl. Causeries, commérages.

ALLER, v. n. Nous disons: _Aller par le haut et par le bas._ Les

dictionnaires disent: Aller par haut et par bas.

ALLONGER, v. a. Dans le langage culinaire, _allonger une sauce_,

c'est y ajouter du bouillon ou de l'eau, et en diminuer ainsi la

force. _Elle laisse brûler son rôti et ensuite elle allonge la

sauce comme elle peut._ Cette expression s'emploie aussi

figurément. _Allons, Messieurs, ne discutez pas davantage: il ne

faut pas allonger la sauce._

ALLONGER (S'), v. pron. Allonger. _En passant par ce chemin, nous

nous allongeons._ Dites: Nous allongeons.

ALLONGER (S'), v. pron. Croître. _Les jours s'allongent._ Dites:

Les jours croissent. En Languedoc on dit: _Les jours allongent_.

ALLONGER (S'), v. pron. Dans le langage des ouvriers, _s'allonger_

veut dire: Se hâter, faire vite. _Camarades, l'ouvrage presse,

il faut s'allonger._

ALLUMER UNE LUMIÈRE. Cette expression, généralement usitée dans

tous les pays où l'on parle français, n'est admise ni par les

dictionnaires, ni par les grammaires.

ALLUMETTES, s. f. pl. Nous appelons _Jeu des allumettes_, un jeu

d'enfants dont le nom français est Jeu des jonchets, ou Jeu des

honchets.

ALLURE, ALLURÉE, adj. et s. Se dit des jeunes garçons et des

jeunes filles, et signifie: Vif, dégourdi, rusé, madré,

intrigant. _Tony est un petit alluré qui fera son chemin._ Terme

suisse et languedocien. A Marseille on dit: Un _luré_; dans le

Berry, en Normandie et en Picardie, un _déluré_, terme recueilli

par MM. Noël et Chapsal.

† ALMANACH, s. f. _Une jolie almanach._ Ce solécisme se fait

aussi dans le canton de Vaud, en Savoie, en Lorraine, et sans

doute ailleurs.

ALOUILLES ou ALOU-YES, s. f. pl. Ce mot signifie: Brandons,

perches recouvertes de paille tortillée, que les jeunes

villageois allument à la tombée de la nuit, sur les lieux

élevés, le premier dimanche du Carême, appelé, pour cette

raison, le Dimanche des Brandons. Après avoir brûlé leurs

flambeaux, ils se rendent, en chantant, au domicile des

personnes qui se sont mariées dans le cours de l'année, et font

des souhaits pour qu'elles aient de beaux enfants, et surtout

pour qu'elles offrent quelques bouteilles de vin à la joyeuse

bande. (P. G.)

ALOUILLES, s. f. pl. Les villageois de plusieurs de nos communes

sont dans l'usage, le soir d'une noce, de jeter aux enfants des

noisettes, des dragées, du caramel et autres friandises. Cela

s'appelle, en patois: _Acougli les alouilles_ (jeter les

alouilles). Terme savoisien.

ALPHES ou ALPHTES, s. m. pl. Aphthes, petits ulcères qui viennent

dans la bouche. _Avoir les alphes. Les alphtes sont douloureux._

Ceux qui font ce mot féminin ajoutent une seconde faute à la

première.

AMADOU, s. f. _De la bonne amadou._ Solécisme très-répandu en

Savoie, en France et en Suisse.

† AMANDRE, s. f. Amande. _Une amandre douce; une amandre amère._

Terme savoisien, lyonnais, vieux français, etc.

AMASSER, v. a. Nettoyer. _Amasser une assiette, amasser un plat.

N'amasse pas avec tes doigts, Alexis; amasse avec ton pain._

AMASSER, v. n. Commencer à suppurer, commencer à aboutir. _Son

doigt amasse._ Terme méridional.

AMATEUSE, s. f. Ce mot n'est pas français. En parlant d'une femme,

aussi bien que d'un homme, on doit dire: «Amateur.»

AMBE, s. m. Amble, une des allures du cheval.

AMBRESAILLE, s. f. Myrtille, airelle, embrune, ou raisin des bois.

_Un gâteau aux ambresailles._ Terme savoisien.

AMBROCHE, s. f. Myrtille, airelle, embrune, ou raisin des bois.

Terme vaudois.

AMENER, v. a. Appliquer, flanquer, asséner. _Il voulut répliquer;

l'autre lui amena un épouvantable horion._

AMI AVEC. Voyez AVEC.

AMIDON, s. f. _De la bonne amidon._ Ce mot est masculin.

AMIOTI, IE, adj. Signifie: 1º Fatigué, éreinté; 2º Rapetissé,

rabougri, racorni.

AMOMON, s. m. Tomate, pomme d'amour de la petite espèce. _Un vase

d'amomons._

AMPRÔ, s. m. Voyez le mot suivant.

AMPRÔGER, v. n. Terme des écoliers dans leurs jeux. Réciter une

kyrielle de certains mots, pour savoir quel sera, entre tous les

joueurs, le joueur sortant. Ces mots, qui n'ont aucun sens

connu, sont au nombre de dix-sept: _Amprô, Giraud, Carin,

Careau, Dupuis, Simon, Carcaille, Brifon, Piron, Labordon, Tan,

Té, Feuille, Meuille, Tan, Té, Clu_. Les deux derniers de ces

termes semblent être patois; _Té clu_ ou _T'ey_ clus peuvent

signifier: Tu es dehors, tu es sortant. _Clus_ serait alors le

participe du vieux verbe _clure_, comme _exclu_ ou _exclus_ est

le participe d'_exclure_: conjecture très-hasardée mais très-peu

importante.

ANAILLE, s. f. Noisette. Ce terme figure dans un ancien refrain

que les enfants chantent encore quelquefois le jour de Noël:

_Chalande est venu,--Son bonnet pointu,--Sa barbe de

paille,--Cassons des anailles,--Mangeons du pain

blanc,--Jusqu'au Nouvel an._ Voyez ALAGNE.

ANCELLE, s. f. Éclisse, appui pour la fracture des os. Terme

savoisien. Dans le patois du Jura, _ancette_ signifie:

«Planchette, bardeau,» petit ais fort mince pour couvrir les

toits.

ANCHOIS, s. m. Dans notre dialecte et dans celui du Languedoc, des

yeux _bordés d'anchois_ sont des yeux éraillés, des yeux «bordés

d'écarlate,» comme s'expriment les dictionnaires.

ANDAN, s. m. Terme des campagnards. Andain, ligne d'herbe abattue

par la faux et qui ressemble à une _onde_. Dans le patois du

canton de Vaud, _anda_ signifie: «Vague, bouillon, _onde_.» En

italien, _andare_ veut dire: «Marcher.» On peut choisir entre

ces deux étymologies, dont, peut-être, la meilleure ne vaut

rien.

ANDRILLE, s. f. Ne s'emploie que dans cette expression populaire:

_Tirer l'andrille_, laquelle signifie: «Être dans le dénûment,

être pauvre.» _Andrille_ est une corruption du mot _mandrille_

ou _mandille_. Dans le Limousin on dit: _Traîner la mandrille_;

à Lyon, _Traîner la mandille_. Or la _mandille_ était une sorte

de petit manteau ou casaque que portaient autrefois les laquais:

elle leur était particulière, et les faisait distinguer des

autres valets.

† ANÉDOCTE, s. f. Anecdote. _Il nous fit asseoir et nous conta

l'anédocte suivante._ Terme dauphinois, limousin, etc.

ÂNE, s. m. Nous disons proverbialement: _Il y a beaucoup d'ânes

au moulin qui se ressemblent._ Dans le français populaire on

dit: Il y a plus d'un âne à la foire qui s'appelle Martin.

ANGE. Ce mot est masculin, lors même qu'on l'applique à une femme.

Ne dites donc pas, comme plusieurs: _Ma chère ange_.

ANGLAISE, s. f. Redingote, lévite. _Raccourcir une anglaise;

tourner une anglaise._

ANGOISSER, v. a. Agiter, inquiéter vivement, tourmenter. _Je viens

d'apprendre que, par cette forte bise, nos jeunes gens sont en

bateau sur le lac, et cela m'angoisse. La malade a été fort

angoissée toute la nuit._ Excellent terme familier aux Suisses,

et dont Mme de Staël n'a pas négligé de faire usage. Voyez, dans

le _Glossaire_ de Roquefort, les significations qu'avait ce mot

il y a trois cents ans.

ANGURINE, s. f. Melon d'eau.

ANICHON, s. m. Petit âne, âne. Terme français populaire, lequel ne

s'emploie qu'au sens figuré.

ANIOTI et ANIATI, adj. Fatigué à l'excès, éreinté. Ces termes sont

une corruption du mot _anéanti_. On a dit d'abord _anéanti_,

puis _anianti_ (par un changement fréquent de l'_é_ en _i_),

puis _aniati_ et _anioti_.

À NIVEAU DE. _Le salon est à niveau du jardin._ Dites: Est au

niveau du jardin.

ANONCHALIR (S'), v. pron. Devenir nonchalant. _Après deux années

d'application, on le vit tout à coup se décourager et

s'anonchalir._ Terme vieux français.

À NOUVEAUX FRAIS. _Recommencer une chose à nouveaux frais._

Expression fréquente chez J.-J. Rousseau. Les grammaires et les

dictionnaires disent: Sur nouveaux frais.

ANSE, s. f. (_a_ aspiré). _La anse d'un pot; la anse d'une

écuelle._ Il faut écrire et prononcer «L'anse.» L'anse d'un pot,

l'anse d'une écuelle.

ANTICHAMBRE, s. m. _Un bel antichambre._ Ce mot est féminin, comme

le mot «chambre,» dont il dérive.

ANTIDILUVIEN, ENNE, adj. Qui a existé, qui a eu lieu avant le

Déluge. _Temps antidiluviens; nations antidiluviennes._ Dites,

avec l'Académie et toutes les grammaires: «antédiluviens.» Le

mot _antidiluvien_ se dit quelquefois de ceux qui nient le

Déluge.

À NULLE PART, loc. adv. Nulle part. _Où étais-tu hier soir?--À

nulle part; j'étais chez moi._

ANVERS, s. m. Furoncle. Voyez ENVERS.

À PART DE, loc. conj. À moins de. _À part de la frapper, son mari

ne pouvait la traiter plus mal. À part d'être mort, on ne

pourrait être plus malade qu'il n'est._

APETISSIR, v. a. _Cette lunette apetissit._ Dites: Cette lunette

apetisse. L'infinitif de ce verbe est: Apetisser.

APIDANCER (S'), v. pron. Combiner avec économie son pain et sa

pitance en mangeant. _Tu ne sais pas t'apidancer. Ce fromage est

bien apidançant._ Terme languedocien. Dans le Berry, on appelle

_mets apidançant_, un mets qui fait manger beaucoup de pain.

Voyez PIDANCE.

APIGEONNER, v. a. Attirer par de beaux discours, par de beaux

semblants, enjôler, affrioler. _Il se laissa apigeonner par

toutes leurs magnifiques promesses._ Terme remarquable, connu

dans quelques provinces de Savoie, et peut-être ailleurs.

APLATI, TIE, part. S'emploie au sens figuré et signifie: Détraqué,

énervé, abattu, consterné. _Je ne suis pas positivement malade,

je suis aplati, je n'ai point de force. Cette nouvelle nous a

aplatis. Votre Mr Michel est un homme bien indolent, bien

aplati._

À POINT D'ENDROIT, loc. adv. Nulle part.

APOSTICHE, adj. Postiche, ajouté après coup. _Barbe apostiche;

frisons apostiches; dents apostiches._ Terme méridional, etc.

APOUSTI, s. m. Rebord extérieur d'une barque sur lequel marchent

les bateliers, qui la font aller à l'_étire_, c'est-à-dire au

moyen d'un long pieu ferré.

APOUSTOUILLE ou APOUTOUILLE, s. f. Allonge, ajoutage, appendice. A

Chambéry on dit: _Apostouille_. C'est le mot français

«Apostille» défiguré.

APOUTOUILLER, v. a. Allonger, mettre un ajoutage.

APPARENCE, s. f. Très-petite quantité. _Madame voudrait-elle

goûter notre excellente eau de cerises?--Eh bien, oui; mais

donnez-m'en seulement une apparence._

APPARUTION, s. f. _Il ne fit qu'une apparution et il nous quitta._

Le mot français est «Apparition.»

APPELER (FAIRE). Nous disons: _Faire appeler le médecin, faire

appeler le pasteur, faire appeler le notaire_. On dit en France

plus simplement et plus correctement: Appeler le médecin, le

notaire, etc.

APPETIT, s. m. _Bon appetit, voisine!--Et vous aussi, voisin, bon

appetit!_ Prononciation gasconne. Il faut écrire et prononcer

«Appétit,» avec un accent aigu sur l'_e_.

APPOINT, s. m. Voyez APPOINTER, v. n.

APPOINTEMENT, s. m. _Son appointement est fixé à 1400 francs. On

lui a doublé son appointement._ Dites: Ses appointements. Ce

mot, pris dans le sens de Salaire, ne s'emploie qu'au pluriel.

APPOINTER, v. a. Pointer. _Appointer un canon._ Terme français

populaire.

APPOINTER, v. n. Se dit au jeu de boules, par opposition à

_baucher_. _Il appointe bien. Voilà un bon appoint._ Terme

lyonnais et méridional.

APPONCE, s. f. Ajoutage, allonge. _Cette robe aurait besoin d'une

apponce. Si nos enfants viennent dîner, vous mettrez une

apponce à la table._ Terme suisse-roman, savoisien et lyonnais.

Dans le Jura, on dit _rapponce_.

APPONDILLE, s. f., et APPONDILLON, s. m. Ajoutage, appendice,

chose ajoutée à une autre.

APPONDRE, v. a. Ajouter, attacher. _Appondre une ficelle; appondre

une sauce; appondre du bouillon; bouillon appondu; sauce

appondue. Qui répond, appond_; c'est-à-dire: Les ergoteurs

prolongent et entretiennent les disputes. Terme lyonnais,

jurassien, dauphinois, etc.

† APPRENTIF, s. m. Apprenti. _Apprentif_ appartient au vieux

français, et se dit encore dans le Midi.

† APPRENTISSE, s. f. Apprentie. Terme vieux français.

APRÈS, prép. Au lieu de dire: Envoyer chercher quelqu'un, nous

disons: _Envoyer après quelqu'un. Le vétérinaire n'arrive pas:

envoyez après lui._ Dites: Envoyez le chercher.

APRÈS, prép. _Demander après quelqu'un_, n'est pas une expression

correcte. _En mon absence, a-t-on demandé après moi?_ Dites: En

mon absence, quelqu'un m'a-t-il demandé? Quelqu'un a-t-il

demandé à me voir, à me parler?

APRÈS, prép. _La clef est après la serrure; la clef est après la

porte._ Dites: La clef est À la serrure; la clef est À la porte.

APRÈS-MIDI, s. m. Assemblée, cercle, thé. _Mme N** nous a donné

hier un charmant après-midi._ Ce mot est féminin et il n'a pas

cette signification.

Nouveau Glossaire Genevois, tome 1/2 · 第 30 / 74 题