AGUILLER, v. a. (Prononcez _aghiller_.) Mettre, jeter, lancer un
objet sur un lieu élevé, qui n'est pas à la portée de la main.
_Nos garçons avaient aguillé leur paume sur le toit_;
c'est-à-dire: L'avaient jetée sur le toit par étourderie ou par
maladresse. _Leur cerf-volant resta aguillé sur l'arbre._
Quelquefois le verbe _aguiller_ veut dire simplement: Placer,
mettre un objet dans un lieu élevé et peu convenable. _Quand les
domestiques desservent, elles ont la manie d'aguiller,
d'échafauder les assiettes et les plats. Au lieu de pendre ton
coquemar, Jeanette, pourquoi l'aguilles-tu ainsi sur les bûches?
Est-ce étonnant que notre Madelon casse et brise tout? Elle vous
fait de ces aguillages!... S'aguiller_, v. pron., se dit des
personnes, et signifie: Se percher, _se hucher_, se jucher.
_Resteras-tu une fois tranquille, Adrien, et cesseras-tu de
grimper partout et de t'aguiller partout? Les voyez-vous, ces
deux étourdis, s'aguiller sur le char de foin?_ Ce verbe est
d'un emploi continuel chez nous, et nous le considérons comme un
terme expressif, qui n'a point d'équivalent en français.
AHVOUA ou AVOUA! interj. Bah! ah bah! allez donc! laissez donc!
_Allons-nous ce soir à la Somnambule?--Ahvoua! C'est tout du
charlatanisme et de la farce._
AIGLE, s. m. Nous disons proverbialement d'une personne abjecte et
méprisable: _Elle est bonne à donner aux aigles_; c'est-à-dire:
Elle ne vaut pas plus que la tripaille et les viandes gâtées
dont on nourrit habituellement nos aigles.
AIGLEDON ou ÉGLEDON, s. m. Édredon.
AIGRE (FAIRE). Forcer, faire un abattage, faire une pesée. _Il
fallut faire aigre avec un levier. Les voleurs, pour ouvrir le
pupitre, ont dû faire aigre._ Employée au sens figuré, cette
expression signifie: User de moyens violents ou extrêmes. _Ne
faisons pas aigre: attendons que les circonstances deviennent
meilleures. On ne gagnerait rien à faire aigre: il faut user de
patience._
AIGRES, s. m. pl. _Tourner aux aigres._ Tourner à l'aigre,
s'aigrir.
AIGRON, s. m. Héron, oiseau.
AIGUE, s. f. Eau. Ce mot patois, qui appartient au vieux français,
est l'origine du verbe «aiguayer» (prononcez _égayer_), lequel
signifie: Baigner, laver. «Aiguayer un cheval; aiguayer du
linge.» [ACAD.] _Aiguebelle_ est le nom d'une jolie cascade, au
pied du mont Salève, près d'Étrembières.
AIGUILLETTE, s. f. Terme de couturière. Aiguille à lacer,
passe-lacet.
AIGUISEUR, s. m. Émouleur.
AIR, s. m. Ressemblance. Nous disons: _Donner de l'air à
quelqu'un_, pour signifier: Avoir de son air, avoir sa tournure,
avoir son allure, lui ressembler à plusieurs égards. _Il donne
beaucoup d'air à son frère, et encore davantage à son oncle._
Expression méridionale.
AIRER, v. a. _Airer un appartement._ Dites: Aérer un appartement,
c'est-à-dire, y faire circuler l'air. Chambre bien aérée.
AIRRHES ou ERRHES, s. f. pl. Arrhes. _Donner des airrhes à une
domestique. Rendre les airrhes. Doubler les airrhes._ Terme
méridional et vieux français.
AISE, s. f. _Être mal à son aise_, signifie: Être un peu
indisposé, n'être pas bien portant. _Par ces temps de
brouillard, je me sens mal à mon aise; je suis mal à mon aise;
je me trouve mal à mon aise_; c'est-à-dire: Je ne suis pas
entièrement bien; il y a quelque chose qui cloche, ma santé ne
va pas.
AISES, s. f. pl. Vaisselle de terre. _Laver les aises. La patte
d'aises; la patte aux aises._ Terme suisse et savoisien. En
languedocien, _aisine_ se dit de toutes sortes d'ustensiles
propres à contenir des choses soit liquides, soit solides; ainsi
Un plat, un baquet, un panier, une cruche, sont autant
d'_aisines_. En Franche-Comté et dans le vieux français,
_aisement_ signifie: Ustensile de ménage.
AISES, s. m. pl. Ce mot est féminin. Ne dites donc pas: _Il se
donne tous ses aises; il prend tous ses aises._ Solécisme assez
répandu, et qui nous vient du vieux français, où _aise_ avait le
genre masculin.
AJOSSER (S'), v. pron. S'accroupir, se tapir. _La poule est
ajossée sur ses œufs. Cette petite Adèle est toujours ajossée
au coin du feu._ En languedocien, _s'ajhassa_ veut dire: Se
coucher.