RUDANIER:

LUBIN. Adieu, beauté _rudanière_.

(_G. D._ II. 1.)

La première édition écrit en deux mots _rude asnière_.

«Terme populaire qui se dit des gens grossiers, qui rabrouent fortement

les autres. Il est composé de _rude_ et _ânier_, comme qui dirait un

ânier qui est trop rude à ses ânes.» (TRÉVOUX.)

RUER, verbe actif, prenant un régime:

Ah! je devois du moins lui jeter son chapeau,

_Lui ruer quelque pierre_, ou crotter son manteau.

(_Sgan._ 16.)

On dirait ces vers composés tout exprès pour nous faire comprendre la

différence entre _jeter_ et _ruer_, et notre misère d’être aujourd’hui

réduits exclusivement au premier. On _jetait_ à quelqu’un son chapeau à

bas, mais on lui _ruait_ une pierre.

Cette nuance existait dès l’origine de la langue. Absalon percé par

Joab, les soldats du parti de David décrochent son cadavre de l’arbre:

«Pois _ruerent_ Absalon en une grant fosse de cele lande, e

_jeterent_ pierres sur lui.»

(_Rois._ p. 187.)

Ils _ruèrent_ le cadavre du fils rebelle avec passion, et _jetèrent_

avec indifférence des pierres dessus pour le couvrir.

Plus loin, Joab assiége Abelmacha. Une _sage dame_ vient parlementer

aux créneaux, et, voyant qu’il ne s’agit que de livrer le révolté Siba,

dit au capitaine:

«Nus vus frum _ruer son chief_ aval del mur.»

(_Rois._ p. 200.)

Nous dirions sans énergie: jeter sa tête du haut des murailles.

Lexique comparé de la langue de Molière et des écrivains du XVIIe siècle · 第 410 / 467 题