SABOULER:

Comme vous me _saboulez_ la tête avec vos mains pesantes!

(_Comtesse d’Esc._ 3.)

SAGES PROUESSES, prouesses de vertu:

Ces honnêtes diablesses

Se retranchant toujours sur leurs _sages prouesses_.

(_Éc. des fem._ IV. 8.)

SAISIR LES GENS PAR LEURS PAROLES, les prendre au mot:

Je suis homme à _saisir les gens par leurs paroles_.

(_Éc. des f._ I. 6.)

SAISON; temps, moment:

En une autre _saison_, cette naïveté

Dont vous accompagnez votre crédulité,

Anselme, me seroit un charmant badinage.

(_L’Ét._ II. 5.)

... Ce n’est pas _la saison_

De m’expliquer, vous dis-je.

(_Dép. am._ II. 2.)

La lettre que je dis a donc été remise;

Mais sais-tu bien comment? En _saison_ si bien prise,

Que le porteur m’a dit que, sans ce trait falot,

Un homme l’emmenoit, qui s’est trouvé fort sot.

(_L’Ét._ II. 14.)

Remettons ce discours pour une autre _saison_;

Monsieur n’y trouveroit ni rime ni raison.

(_Fem. sav._ IV. 3.)

_Saison_ pour temps était fort usité au XVIIe siècle.

«Soit; mais il est _saison_ que nous allions au temple.»

(CORN. _Le Menteur._)

«Un homme entre les deux âges,

«Et tirant sur le grison,

«Jugea qu’il étoit _saison_

«De songer au mariage.»

(LA FONTAINE. _L’Homme entre deux âges._)

L’usage a maintenu _hors de saison_ pour _déplacé_, _mal à propos_.

SALIR L’IMAGINATION, expression nouvelle en 1663, et raillée par

Molière:

CLIMÈNE (_précieuse ridicule_). Peut-on, ayant de la vertu,

trouver de l’agrément dans une pièce qui tient sans cesse la

pudeur en alarme, et _salit_ à tout moment l’_imagination_?

ÉLISE. Les jolies façons de parler que voilà!

(_Crit. de l’Éc. des fem._ 3.)

SANGLIER, dissyllabe:

Partout, dans la _Princesse d’Élide_:

Où pourrai-je éviter ce _sanglier_ redoutable?

(I. 2.)

J’ai donc vu ce _sanglier_, qui par nos gens chassé.....

(_Ibid._)

Fuir devant un _sanglier_, ayant de quoi l’abattre!

(_Ibid._)

(Voyez la remarque sur le mot OUVRIER, p. 276.)

SANS QUE (l’indicatif), archaïsme, pour _si_ (un substantif) _ne_,

suivi du conditionnel:

_Sans que_ mon bon génie au-devant _m’a poussé_,

Déjà tout mon bonheur eût été renversé.

(_L’Ét._ I. 11.)

_Si_ mon bon génie _ne m’eût_ poussé au-devant...

«_Sans que je crains_ de commettre Géronte,

«Je poserois tantôt un si bon guet,

«Qu’il seroit pris ainsi qu’au trébuchet.»

(LA FONTAINE. _La Confidente sans le savoir._)

Sans cette circonstance, savoir, que je crains, etc. Sans cette

circonstance, que mon bon génie m’a poussé au-devant.... On doit

regretter la perte de cette ellipse, pleine de naturel et de vivacité.

Aujourd’hui l’on serait obligé de dire: _Si je ne craignois de

commettre Géronte_, _si mon bon génie ne m’eût poussé au-devant_. Quand

il n’existe qu’une seule tournure pour exprimer les choses, la prose

encore s’en accommode, étant tout à fait libre de ses allures; mais,

par la suppression des doubles formes et de certains idiotismes, c’est

la poésie qu’on ruine, ou, si l’on veut, l’art de la versification.

Lexique comparé de la langue de Molière et des écrivains du XVIIe siècle · 第 411 / 467 题