RATE; DÉCHARGER SA RATE:

Il faut qu’enfin j’éclate,

Que je lève le masque et _décharge ma rate_.

(_Fem. sav._ II. 7.)

REBOURS; CHAUSSÉ A REBOURS, métaphoriquement:

Tout ce que vous avez été durant vos jours,

C’est-à-dire, un esprit _chaussé tout à rebours_.

(_L’Ét._ II. 14.)

_Rebours_ est un substantif comme _revers_; aussi dit-on, _au rebours

de..._ _A rebours_ est une sorte d’adverbe composé, et, en cette

qualité, ne reçoit point de complément.

_Rebours_ était aussi un adjectif, faisant au féminin _rebourse_:

«Madame, je vous remercie

«De m’avoir esté si _rebourse_.»

(MAROT.)

De m’avoir été si farouche, si intraitable.

Enfin il y avait le verbe _rebourser_, qui existe encore sous la forme

_rebrousser_; et je ne doute même pas qu’on ne l’ait toujours prononcé

de la sorte, comme on a toujours dit _du fromage_ et des _brebis_,

lorsqu’on écrivait _du formage_ et des _berbis_, à cause de _forma_

et _verveces_. On a fini par transposer sur le papier l’_r_ qu’on

transposait dans la prononciation, pour éviter la double consonne. Ce

point est développé dans les _Variations du langage français_, p. 30.

Mais _rebourser_ ou _rebrousser_, d’où vient-il?

Je conjecture que l’_r_ y est parasite, comme on en a des exemples dans

plusieurs mots[75]; et que _rebrousser_ est le même que _reboucher_,

qui signifie, dans la vieille langue, _émousser_, au propre et au

figuré:

«Puisse être à ta grandeur le destin si propice,

«Que ton cœur de leurs traits _rebouche_ la malice!»

(REGNIER.)

Que ton cœur émousse leurs traits; que leurs traits _rebroussent_ sur

ton cœur.

[75] Chartre, registre, esclandre, chaufferette (chauffrette), de

_charta_, _regestum_, _scandalum_, _chaufeta_, qui est dans Du

Cange.

«Rechignée estoit, et froncé

«Avoit le nez et _rebourcé_.»

(_Roman de la Rose._)

Elle avait le nez rebroussé et comme émoussé.

Il peut être curieux d’observer que cette métaphore de la bouche,

appliquée au tranchant de l’acier ou à la pointe d’une flèche, nous

vient des Grecs:

Στόμα, bouche et tranchant du fer; στομόω, ouvrir la bouche et tremper

le fer; στόμωμα et στόμωσις, ouverture de bouche, trempe de fer, le fil

d’une lame tranchante.

Le sens propre et le figuré se trouvent réunis dans ces vers d’Œdipe à

Créon:

Τὸ σὸν δ’ ἀφῖκται δεῦρ’ ὑπόβλητον στόμα,

πολλὴν ἔχον στόμωσιν.

(Οἰδ. ἐπὶ Κολ. v. 828.)

«Et tu viens ici avec ta _langue_ bien _affilée_.....»

Les outils qui n’avaient plus de taillant étaient autrefois des outils

sans bouche, des outils _rebouchés_:

«Kar _rebuchie_ furent lur hustils de fer.»

(_Rois._ p. 44.)

Un outil _rebouché_ rebrousse, et en rebroussant il va _à rebours_.

RECEVOIR, pour _souffrir_:

Cela ne _reçoit_ point _de contradiction_.

(_L’Av._ I. 7.)

Ne voulant point céder, ni _recevoir l’ennui_

Qu’il me pût estimer moins civile que lui.

(_Éc. des fem._ II. 6.)

Quoi donc! _recevrai-je la confusion_....

(_Impromptu._ 9.)

RECONNU DE (ÊTRE)..... pour _récompensé_:

Voilà qui est étrange, et _tu es bien mal reconnu de tes soins_.

(_D. Juan._ III. 2.)

Lexique comparé de la langue de Molière et des écrivains du XVIIe siècle · 第 394 / 467 题