QUE.

Ce mot est entré dans la langue française pour y représenter 1°

l’adverbe latin _quòd_;

2° Les accusatifs du pronom relatif _qui_, _quæ_, _quod_, et le neutre

_quid_;

3° L’adverbe _quàm_ dans les formules de comparaison: plus pieux que

vous, magis pius _quàm_ tu.

Enfin, il figure dans quelques autres locutions qui ne sont point

prises du latin, et sont des idiotismes de notre langue.

Molière nous fournit des exemples de ces divers emplois de QUE; nous

allons les rapporter dans l’ordre où ils viennent d’être mentionnés.

--QUE (_quòd_), entre deux verbes, tous deux à l’indicatif:

Ah! madame, _il suffit_, pour me rendre croyable,

_Que_ ce qu’on vous promet _doit_ être inviolable.

(_D. Garcie._ I. 3.)

_Est-il_ possible _que_ toujours _j’aurai_ du dessous avec elle?

(_G. D._ II. 13.)

_Est-il_ possible _que vous serez_ toujours embéguiné de vos

apothicaires et de vos médecins?

(_Mal. im._ III. 3.)

L’idée du second verbe énonce un fait certain, c’est pourquoi on

met l’indicatif. Le doute, ou plutôt l’exclamation, s’exprime dans

l’autre partie de la phrase. Vous serez toujours embéguiné des

médecins;--j’aurai toujours du dessous avec elle;--cela est-il possible?

«_Croyez-vous qu’_il _suffit_ d’être sorti de moi?»

(CORN. _Le Menteur._)

Il suffit d’être sorti de moi.--Le croyez-vous? La première proposition

paraît incontestable à Dorante.

Montaigne, parlant du nouveau monde, se sert de la même tournure:

«Bien _crains-je que_ nous luy _aurons_ très fort hasté sa

ruine par nostre contagion, et _que nous luy aurons_ bien cher

vendu nos opinions et nos arts!»

(MONTAIGNE. III. 6.)

Observez que dans tous ces exemples le premier verbe est au présent de

l’indicatif, et le second au futur.

--QUE pour _de ce que_, répondant au latin _quòd_, adverbe; S’OFFENSER

QUE (suivi d’un autre verbe):

Et cet arrêt suprême

Doit m’être assez touchant pour ne pas _s’offenser

Que_ mon cœur par deux fois _le fasse répéter_.

(_Éc. des mar._ II. 14.)

Vous aurez la consolation _qu’elle_ sera morte dans les formes.

(_Am. méd._ II. 5.)

Hoc erit tibi solamen _quòd_..... Cette consolation (savoir) que elle

sera morte... etc.

Voilà qui m’étonne, _qu’en_ ce pays-ci les formes de la justice

ne soient point observées.

(_Pourc._ III. 2.)

La Fontaine a dit, par la même tournure, _prier que_ et _menacer que_.

«Quelques voyageurs _le prièrent_, au nom de Jupiter

hospitalier, _qu’il leur enseignât_ le chemin qui conduisoit à

la ville....... Ésope _le menaça que_ ses mauvais traitements

_seroient sus_.»

(_Vie d’Ésope._)

Cette construction est très-commode, et abrége un long détour; mais

elle ne paraît pas admissible hors du dialogue ou du style familier.

--QUE dans cette formule, IL N’EST PAS QUE; c’est-à-dire, _pas possible

que_:

_Il n’est pas que_ vous ne sachiez quelques nouvelles de cette

affaire.

(_L’Av._ V. 2.)

Le comte de Foix, dit Froissart, fit mourir dans des supplices

horribles quinze de ses serviteurs:

«Et la raison que il y mist et mettoit estoit telle: que _il ne

pouvoit estre que_ ils ne sceussent de ses secrets.»

(FROISSART, liv. III.)

Les Latins ont de même employé _quòd_ et _quin_. «Hoc est _quòd_ ad

vos venio.» (PLAUTE.) C’est cela _que_ je viens à vous.--«Non possum

_quin_ exclamem.» (CICÉRON.) Je ne peux _que_ je ne m’écrie.

(Voy. POUVOIR.)

--QUE, ouvrant une formule de souhait (en latin QUOD UTINAM,

Salluste.)

_Que_ puissiez vous avoir toutes choses prospères!

(_Dép. am._ III. 4.)

_Que_ maudit soit l’amour, et les filles maudites

Qui veulent en tâter, puis font les chatemites!

(_Dép. am._ V. 4)

Le pauvre homme! Allons vite en dresser un écrit,

Et _que puisse_ l’envie en crever de dépit!

(_Tart._ III. 7.)

Cette locution s’explique par l’ellipse: _Je souhaite_, _je prie Dieu

que_.... etc.

--QU’AINSI NE SOIT, espèce de formule oratoire au commencement d’une

phrase, comme le _verum enimvero_ de Cicéron (déjà surannée du temps de

Molière):

1er MÉDECIN.

_Qu’ainsi ne soit_: pour diagnostique incontestable de ce que

je dis.....

(_Pourc._ I. 11.)

--QUE pour _à ce que_, dans ces formules, QUE JE CROIS, QUE JE PENSE:

Vous n’avez pas été sans doute la première,

Et vous ne serez pas, _que je crois_, la dernière.

(_Dép. am._ III. 9.)

Vous devez, _que je croi_,

En savoir un peu plus de nouvelles que moi.

(_Ibid._)

On aura, _que je pense_,

Grande joie à me voir après dix jours d’absence.

(_Éc. des fem._ I. 2.)

Parbleu! vous êtes fou, mon frère, _que je croi_.

(_Tart._ I. 6.)

Vous n’aurez, _que je crois_, rien à me repartir.

(_Ibid._ IV. 4.)

Vous n’êtes pas d’ici, _que je crois_?

(_G. D._ I. 2.)

Je n’ai pas besoin, _que je pense_, de lui recommander de la

faire agréable.

(_Ibid._ II. 5.)

Je m’y suis pris, _que je crois_, de toutes les tendres

manières dont un amant se peut servir.

(_Am. magn._ I. 2.)

L’usage a prévalu de supprimer dans ces formules le _que_ comme

surabondant.

--QUE JE SACHE:

Il n’est point de destin plus cruel, _que je sache_.

(_Amph._ III. 1.)

Traduction rigoureuse de la formule latine _quod sciam_.

--QUE répondant au neutre _quod_, dans N’AVOIR QUE FAIRE:

Et vous êtes un sot de venir vous fourrer _où vous n’avez que_

faire.

(_Méd. m. lui._ I. 2.)

Je n’ai _que_ faire de votre aide.

(_Méd. m. lui._ I. 2.)

Je n’ai _que_ faire de vos dons.

(_L’Av._ IV. 5.)

--QUE répondant à l’ablatif du _qui_ relatif latin, où, auquel, dans

lequel, par où:

L’argent dans notre bourse entre agréablement;

Mais _le terme_ venu _que_ nous devons le rendre,

C’est lors que les douleurs commencent à nous prendre.

(_L’Ét._ I. 6.)

Las! _en l’état qu’_il est, comment vous contenter?

(_Ibid._ II. 4.)

_A l’heure que_ je parle, un jeune Égyptien,

Qui n’est pas noir pourtant.......

(_Ibid._ IV. 9.)

D’abord il a si bien chargé sur les recors,

Qui sont gens d’ordinaire à craindre pour leur corps,

Qu’_à l’heure que je parle_ ils sont encore en fuite.

(_Ibid._ V. 1.)

Je la regarde en femme, _aux termes qu’_elle en est.

(_Éc. des fem._ I. 1.)

Je regarde les choses _du côté qu’_on me les montre.

(_Crit. de l’Éc. des fem._ 3.)

_De la façon qu’_elle a parlé, tout ce qu’elle en a fait a été

sans dessein.

(_Sicilien._ 16.)

On se défend d’abord; mais, _de l’air qu’on s’y prend_,

On fait entendre assez que notre cœur se rend.

(_Tart._ IV. 5.)

Est-il possible, notre gendre, qu’il n’y ait pas moyen de vous

instruire _de la manière qu’_il faut vivre parmi les personnes

de qualité?

(_G. D._ I. 4.)

_Quo modo_ vivendum sit.

Nous voilà au temps, m’a-t-il dit, _que_ je dois partir pour

l’armée.

(_Scapin._ II. 8.)

Et l’on vous a su prendre _par l’endroit seul que_ vous êtes

prenable.

(1er _Placet au roi_.)

Lexique comparé de la langue de Molière et des écrivains du XVIIe siècle · 第 390 / 467 题