LEQUEL:

Molière paraît avoir eu pour ce mot une antipathie si prononcée, il

l’emploie si rarement, que j’ai pensé intéressant de recueillir les

passages où il se trouve, et ceux ou il est visiblement évité.

Les premiers sont au nombre de huit; les autres sont à peu près

innombrables: aussi je me contenterai des principaux de ces derniers.

Ma bague est la marque choisie

Sur _laquelle_ au premier il doit livrer Célie.

(_L’Ét._ II. 9.)

Il n’a pas aperçu Jeannette, ma fillole,

_Laquelle_ a tout ouï, parole pour parole.

(_Ibid._ IV. 7.)

Car goûtez bien, de grâce,

Ce raisonnement-ci, _lequel_ est des plus forts.

(_Dépit am._ IV. 2.)

Le malheureux tison de ta flamme secrète,

Le drôle avec _lequel_...--Avec _lequel_? poursui.

(_Sgan._ 6.)

J’ai appris cette nouvelle d’un paysan qu’ils ont interrogé, et

_auquel_ ils vous ont dépeint.

(_D. Juan._ II. 8.)

En vertu d’un contrat _duquel_ je suis porteur.

(_Tart._ V. 4.)

Est-ce que.....

Et que du doux accueil _duquel_ je m’acquittai

Votre cœur prétend à ma flamme

Ravir toute l’honnêteté?

(_Amph._ II. 2.)

Je viens, mon fils, avant que de sortir, vous donner avis d’une

chose _à laquelle_ il faut que vous preniez garde.

(_Mal. im._ II. 10.)

(Voyez LEQUEL _évité_, et OU.)

_NOTA._ On lit dans l’_École des maris_:

SGANARELLE (sortant de l’accablement _dans lequel_ il étoit

plongé.)

(_Éc. des Mar._ III. 10.)

Cette indication scénique n’est pas de Molière. On ne la trouve

point dans les éditions de 1692 ni de 1710; mais elle se montre dans

l’édition de 1774, chez la veuve David. P. Didot (1821) l’a reproduite.

C’est style du XVIIIe siècle.

--LEQUEL _évité_:

En bonne foi, ce point _sur quoi_ vous me pressez....

(_Dépit am._ II. 1.)

Le foudre punisseur

Sous _qui_ doit succomber un lâche ravisseur.

(_D. Garcie._ I. 2.)

Il eût été facile de mettre,

_Sous lequel_ doit tomber un lâche ravisseur,

si Molière n’avait pris à tâche d’éviter _lequel_.

Outre que je pourrois désavouer sans blâme

Ces libres vérités _sur quoi_ s’ouvre mon âme.

(_Ibid._ II. 1.)

Cet hymen redoutable

Pour _qui_ j’aurois souffert une mort véritable.

(_Ibid._ IV. 4.)

Et ce sont particulièrement ces dernières (qualités) _pour qui_

je suis.

(_Ép. dédic. de l’Éc. des fem._)

C’est un supplice, à tous coups,

Sous _qui_ cet amant expire.

(_Sicilien._ 9.)

Vous avez des traits _à qui_ fort peu d’autres ressemblent.

(_Ibid._ 12.)

..... De ces galanteries ingénieuses _à qui_ le vulgaire

ignorant donne le nom de fourberies.

(_Scapin._ I. 2.)

L’éducation des enfants est une chose _à quoi_ il faut

s’attacher fortement.

(_Ibid._ II. 1.)

C’est la puissance paternelle, auprès _de qui_ tout le mérite

ne sert de rien.

(_Scapin._ III. 1.)

Voyez aux mots QUI, DE QUI,--QUOI,--OÙ,--d’autres exemples, en

grand nombre, qui ne permettent pas de douter que Molière n’évitât de

propos délibéré l’emploi de _lequel_. Apparemment il réservait ce mot

pour marquer le sens du latin _uter_, c’est-à-dire, l’alternative.

Au surplus, la même remarque s’applique, plus ou moins absolue, à tous

les écrivains du XVIIe siècle en général. C’est du siècle suivant que

date le fréquent usage de ces formes, _duquel_, _auquel_, _par lequel_,

_dans lequel_, _à la faveur duquel_, etc., etc., dont le grand siècle

exprimait ordinairement la valeur par ce simple monosyllabe _où_.

Les écrivains de la renaissance avaient fait abus de _lequel_, mais

d’une autre façon, en l’employant à relier les deux parties d’une

phrase.

Lexique comparé de la langue de Molière et des écrivains du XVIIe siècle · 第 294 / 467 题