DÉTOURNEMENT DE TÊTE:

Leurs _détournements de tête_ et leurs cachements de visage

firent dire cent sottises de leur conduite.

(_Crit. de l’Éc. des fem._ 3.)

DÉTRUIRE QUELQU’UN, ruiner son crédit:

Quel mal vous ai-je fait, madame, et quelle offense,

Pour armer contre moi toute votre éloquence,

Pour _me_ vouloir _détruire_, et prendre tant de soin

De me rendre odieux aux gens dont j’ai besoin?

(_Fem. sav._ IV. 2.)

DEVANT, préposition, pour _avant_:

Je crie toujours, Voilà qui est beau! _devant_ que les

chandelles soient allumées.

(_Préc. rid._ 10.)

Et, _devant qu’il_ vous pût ôter à mon ardeur,

Mon bras de mille coups lui perceroit le cœur.

(_Éc. des mar._ III. 3.)

«Celle-ci prévoyoit jusqu’aux moindres orages,

Et _devant_ qu’ils fussent éclos

Les annonçoit aux matelots.»

(LA FONT. _Fables._ I. 8.)

Pascal fixe l’âge viril à vingt ans:

«_Devant ce temps_ l’on est enfant.»

(_Sur l’amour_, p. 396.)

«Mais si les Égyptiens n’ont pas inventé l’agriculture, ni les

autres arts que nous voyons _devant le déluge_...»

(BOSSUET. _Hist. univ._ 3e part.)

«A vous parler franchement, l’intérêt du directeur va presque

toujours _devant le salut_ de celui qui est sous la direction.»

(ST.-ÉVREMONT. _Conv. du P. Canaye._)

«Il lui demanda, _devant_ que de l’acheter, à quoi il lui

seroit propre.»

(LA FONTAINE. _Vie d’Ésope._)

Les grammairiens n’ont pas manqué d’exercer sur _avant_ et _devant_ la

sagacité de leur esprit subtil. Ils signalent entre _avant_ et _devant_

une différence essentielle, et dont il importe de se bien pénétrer:

c’est que «_avant_ est plus abstrait, et _devant_ plus concret[49].»

C’est la raison qui fait que, suivant le même auteur, «on n’emploie

plus _devant_ par rapport au temps.» L’argument ne paraît pas concluant.

[49] _Des Synonymes français_, par M. B. Lafaye.

Un autre assure que «le génie de notre langue établit une différence

entre les _déterminatifs avant_ et _devant_[50].» Ce que je puis à mon

tour assurer, c’est que _devant_ se trouve comme synonyme d’_avant_,

dans le berceau de notre langue. La traduction des _Rois_, faite au XIe

siècle, s’en sert sans scrupule:--«E pis que nuls qui _devant lui_ out

ested envers N. S. uverad (p. 309),» Asa ouvra envers N. S. pis que nul

qui eût été _devant lui_.

[50] _Résumé de toutes les grammaires_, par N. Landais.

M. Nap. Landais peut-il se flatter de connaître le génie de la langue

française mieux que ceux qui l’ont créée; mieux que Bossuet, Pascal,

Corneille, Molière, et la Fontaine?

_Avant_, _devant_, sont deux formes du même mot inventées pour les

besoins de l’euphonie et de la versification, comme _dans_ et _dedans_,

_sur_ et _dessus_, _sous_ et _dessous_. La perte de ces doubles formes

a été préjudiciable surtout à la poésie, et la suppression de ces

petites ressources a contribué, plus qu’on ne pense, à la décadence de

l’art.

Comme en certains cas donnés l’on employait indifféremment _à_ et _de_

(voyez DE remplaçant _à_ devant un verbe), de même on substituait l’un

à l’autre _avant_ et _devant_.

_Dedans_, _dessus_, _dessous_, _devers_, sont dans le même cas. (Voyez

ces mots.)

DEVERS, préposition comme _vers_:

LUCAS.--Tourne un peu ton visage _devers moi_.

(_G. D._ II. 1.)

C’est un paysan qui parle, à qui Molière prête des locutions surannées.

_Devers_ et _envers_ ont été jadis employés pour _vers_, comme on en

voit un exemple dans une vieille chanson introduite par Beaumarchais

dans le _Mariage de Figaro_:

«Tournez-vous donc _envers ici_,

«Jean de Lyra, mon bel ami.»

«Enfin la Rancune l’ayant tourné dans sa chaise _devers le feu_

dont l’on avoit chauffé les draps, il ouvrit les yeux.»

(SCARRON. _Rom. com._ Ire p., ch. XI.)

Mais Molière a mis aussi _devers_ dans la bouche des personnages qui

s’expriment avec le plus d’élégance et de correction:

Lexique comparé de la langue de Molière et des écrivains du XVIIe siècle · 第 156 / 467 题