GEORGES DANDIN.--_Je désespère!_

(_G. D._ III. 12.)

Les Anglais ont gardé cet emploi du même verbe:

«_Despair_ and Die!»

(SHAKSPEARE. _Rich. III._)

Palsgrave (1530), dans sa table des verbes, le donne comme verbe neutre

et verbe réfléchi. Voici son article:

«_I Despayre, I am in wan hope._--_Je despère_ (_sic_) primæ

conjugat.--Dispayre nat man: God is there he was wonte to be:

_ne te despère pas_; Dieu est là où il souloyt estre.»

Par où l’on voit que _désespérer_ est une forme moderne et allongée. On

fit d’abord de _desperare_, _despérer_; puis, par l’insertion de l’_s_

euphonique (voy. DÉSENAMOURER), _dé(s)espérer_.

La première forme est calquée sur le mot latin;

La seconde est ajustée sur le latin, d’après les habitudes françaises.

--DÉSESPÉRÉ CONTRE QUELQU’UN:

J’étois aigri, fâché, _désespéré contre elle_!

(_Éc. des fem._ IV. 1.)

DES MIEUX, comme ceux qui (ici le verbe) le mieux:

..... Enfermez-vous _des mieux_.

(_Éc. des fem._ V. 4.)

Soyez des mieux enfermés.

Voilà qui va _des mieux_.

Mais parlons du sujet qui m’amène en ces lieux.

(_Fem. sav._ II. 1.)

DE SOI, en soi, par soi-même:

Cet accident, _de soi_, doit être indifférent.

(_Éc. des fem._ IV. 8.)

Le choix du fils d’Oronte est glorieux, _de soi_.

(_Ibid._ V. 7.)

La noblesse, _de soi_, est bonne.

(_G. D._ I. 1.)

_De_, dans cette locution, se rapporte au sens du latin _de_,

c’est-à-dire, par rapport à soi, en ce qui la touche.

Il faut observer que ce mot _moi_ est entré dans la langue pour

traduire _meus_, et qu’à l’origine on ne le rencontre pas comme pronom

de la première personne; c’est l’adjectif _moi_, _moie_; _meus_, _mea_.

Par conséquent, _de moi_ correspond exactement à la locution latine

_de meo_, employée par Plaute, Térence et Cicéron, dans un sens à la

vérité un peu différent; puisqu’il signifie _à mes frais_; mais mon

observation porte surtout sur la forme matérielle.

Les Latins disaient aussi, _de me_, _de te_, pour _de meo_, _de tuo_:

_De te largitor_ (TER.): donne _de toi_. Sois généreux à tes propres

dépens.

DÉSOSIER et DÉSAMPHITRYONNER. Voyez DÉ, particule inséparable en

composition.

DESSALÉE; UNE DESSALÉE, une matoise, une rusée:

Vous faites la sournoise; mais je vous connois il y a

longtemps, et vous êtes _une dessalée_.

(_G. D._ I. 6.)

DESSOUS, substantivement; AVOIR DU DESSOUS:

Est-il possible que toujours _j’aurai du dessous avec elle_?

(_G. D._ II. 13.)

«Nous _avons_ toujours _du dessus_ et _du dessous_, de plus

habiles et de moins habiles, de plus élevés et de plus

misérables, pour abaisser notre orgueil et relever notre

abjection.»

(PASCAL. _Pensées._ p. 229.)

Il est fâcheux qu’on ait laissé perdre cette expression utile, car on

peut _avoir du dessous_ sans avoir complétement _le dessous_. C’est

pour avoir eu trop souvent _du dessous_ dans ses querelles de ménage,

que George Dandin finit par _avoir le dessous_.

--DESSOUS, préposition avec un complément:

Je sais qu’il est rangé _dessous les lois_ d’une autre.

(_Dép. am._ II. 3.)

Voyez DEDANS, DESSUS, DEVANT, DEVERS.

DESSUISSER (SE), quitter le rôle de Suisse:

Si vous êtes d’accord, par un bonheur extrême,

Je me _dessuisse_ donc; et redeviens moi-même,

(_L’Ét._ V. 7.)

DESSUS, préposition:

Le bonhomme tout vieux chérit fort la lumière,

Et ne veut point de jeu _dessus cette matière_.

(_L’Ét._ III. 5.)

Vous étendiez la patte

Plus brusquement qu’un chat _dessus une souris_.

(_Ibid._ IV. 5.)

Attaché _dessus vous_ comme un joueur de boule

Après le mouvement de la sienne qui roule.

(_L’Ét._ IV. 5.)

Je veux, quoi qu’il en soit, le servir malgré lui,

Et _dessus_ son lutin obtenir la victoire.

(_Ibid._ V. 11.)

Faites parler les droits qu’on a _dessus mon cœur_.

(_Dép. am._ I. 2.)

Il pourroit bien, mettant _affront dessus affront_,

Charger de bois mon dos comme il a fait mon front.

(_Sgan._ 17.)

_Dessus ses grands chevaux_ est monté mon courage.

(_Ibid._ 21.)

_Dessus quel fondement_ venez-vous donc, mon frère....

(_Éc. des mar._ III. 9.)

Si j’avois _dessus moi_ ces paroles nouvelles,

Nous les lirions ensemble, et verrions les plus belles.

(_Fâch._ I. 5.)

Pour moi, venant _dessus le lieu_,

J’ai trouvé l’action tellement hors d’usage....

(_Ibid._ II. 7.)

_Dessus_ et _dessous_ étaient originairement prépositions, comme leurs

formes plus simples, _sur_ et _sous_.

«_Dessus mes piez_ charrunt.»

(_Rois._ p. 209.)

«Abaissez as _dessuz mei_ ces ki esturent (_steterunt_)

encuntre mei.»

(_Ibid._)

C’est la subtilité des grammairiens modernes qui a inventé de partager

la puissance entre _sur_, _sous_, et _dessus_, _dessous_, et de réduire

les seconds au rôle exclusif d’adverbes.

Malherbe et Racan disaient sans scrupule: _dessus mes

volontés_;--_dedans la misère_;--_ce sera dessous cette égide_, et

Port-Royal s’y accorde; mais l’oracle Vaugelas n’avait pas encore

parlé! Il parle, et Ménage déclare, d’après lui, que ces mots, comme

prépositions, «_ne sont plus du bel usage_.» Toutefois Vaugelas veut

bien, par grâce, excepter de sa règle trois façons de parler:

1° «Quand on met de suite les deux contraires. Exemple: Il n’y a pas

assez d’or ni _dessus_ ni _dessous la terre_.

2° «Quand il y a deux prépositions de suite, quoique non

contraires:--Elle n’est ni _dedans ni dessus le coffre_.

3° «Lorsqu’il y a une autre préposition devant:--_Par-dessus la tête_,

_par-dessous le bras_, _par dehors la ville_,» _etc._

L’usage, en rejetant les deux premiers articles de cette loi, a

confirmé le dernier, qui n’est pas plus justifié que les deux autres.

Que de caprice et d’arbitraire dans tout cela! En vérité, quand on

examine les actes de ces tyrans de notre langue, on est honteux d’être

soumis à leur autorité.

J’oubliais de dire que Vaugelas reçoit comme légitime dans les vers ce

qu’il condamne comme solécisme dans la prose.

(Voyez DEDANS, DESSOUS, DEVANT, DEVERS.)

DÉTACHER (SE) CONTRE QUELQU’UN, se déchaîner:

Et son jaloux dépit, qu’avec peine elle cache,

En tous endroits sous main _contre moi se détache_.

(_Mis._ III. 3.)

DÉTERMINER A, dans le sens _d’ordonner de_:

Et cet homme est monsieur, que _je vous détermine

A_ voir comme l’époux que mon choix vous destine.

(_Fem. sav._ III. 6.)

DÉTOUR, angle formé par une rue ou quelque saillie de maison; COIN D’UN

DÉTOUR:

Un de mes gens la garde _au coin de ce détour_.

(_Éc. des fem._ V. 2.)

Lexique comparé de la langue de Molière et des écrivains du XVIIe siècle · 第 155 / 467 题