DÉPIT, EN DÉPIT QUE J’EN AIE:

Il faut que je lui sois fidèle, _en dépit que j’en aie_.

(_D. Juan._ I. 1.)

Je me sens pour vous de la tendresse, _en dépit que j’en aie_.

(_L’Av._ III. 5.)

Je prétends le guérir, _en dépit qu’il en ait_.

(_Pourc._ II. 1.)

Il ne fait pas bien sûr, à vous le trancher net,

D’épouser une fille _en dépit qu’elle en ait_.

(_Fem. sav._ V. 1.)

Cette locution, _en dépit que j’en aie_, est l’analogue de cette autre,

_malgré que j’en aie_, qui s’analyse très-facilement.

Il faut partir, mal gré, c’est-à-dire, tel mauvais gré que j’en aie.

C’est une sorte d’accusatif absolu.

(Voyez MALGRÉ QUE J’EN AIE.)

Mais dans l’autre expression on rencontre, de plus, la préposition

_en_, dont rien ne justifie la présence. On ne dirait pas: _en mal

gré que j’en aie_. Il semble que l’on aurait dû dire, avec une exacte

parité: _dépit que j’en aye_, sans _en_. C’est que cet _en_ n’est pas

une préposition, mais une partie mal à propos séparée de l’ancien

mot _endépit_: _endépit_, comme _encharge_, _encommencement_, et les

verbes _engarder_, _enrouiller_, _enseller_ un cheval, s’_engeler_,

s’_endemener_, _etc._, qui sont les anciennes formes. La vraie

orthographe serait donc _endépit qu’on en ait_, et la locution

redevient parfaitement claire et logique. Ici, comme en une foule de

cas, l’oreille entend juste, mais l’œil voit faux, parce que la main

s’est trompée.

Lexique comparé de la langue de Molière et des écrivains du XVIIe siècle · 第 149 / 467 题