Il faut que je lui sois fidèle, _en dépit que j’en aie_.
(_D. Juan._ I. 1.)
Je me sens pour vous de la tendresse, _en dépit que j’en aie_.
(_L’Av._ III. 5.)
Je prétends le guérir, _en dépit qu’il en ait_.
(_Pourc._ II. 1.)
Il ne fait pas bien sûr, à vous le trancher net,
D’épouser une fille _en dépit qu’elle en ait_.
(_Fem. sav._ V. 1.)
Cette locution, _en dépit que j’en aie_, est l’analogue de cette autre,
_malgré que j’en aie_, qui s’analyse très-facilement.
Il faut partir, mal gré, c’est-à-dire, tel mauvais gré que j’en aie.
C’est une sorte d’accusatif absolu.
(Voyez MALGRÉ QUE J’EN AIE.)
Mais dans l’autre expression on rencontre, de plus, la préposition
_en_, dont rien ne justifie la présence. On ne dirait pas: _en mal
gré que j’en aie_. Il semble que l’on aurait dû dire, avec une exacte
parité: _dépit que j’en aye_, sans _en_. C’est que cet _en_ n’est pas
une préposition, mais une partie mal à propos séparée de l’ancien
mot _endépit_: _endépit_, comme _encharge_, _encommencement_, et les
verbes _engarder_, _enrouiller_, _enseller_ un cheval, s’_engeler_,
s’_endemener_, _etc._, qui sont les anciennes formes. La vraie
orthographe serait donc _endépit qu’on en ait_, et la locution
redevient parfaitement claire et logique. Ici, comme en une foule de
cas, l’oreille entend juste, mais l’œil voit faux, parce que la main
s’est trompée.