Côtelettes d'Agneau aux Petits Pois

Poulets rôtis au Cresson

Cailles de vigne sur Croûton

Truffes à la serviette

ENTRÉES FROIDES

Côtelettes de truite à la Demidoff (Pommes de terre et Truffes)

Salade de Homard garnie d'oeufs et Concombres

Filets de Sole à la Cendrillon, salade russe au milieu

Petites Galantines de Volaille à la Gelée

Noisettes d'Agneau en Chaudfroid Comtesse (Pointes d'Asperges)

Chaudfroid de Mauviette à la Bohémienne (Truffes et Foie gras)

Médaillon de Volaille à la Parisienne (Petits Pois)

Jambon d'Yorck à la Gelée

Petits poulets printaniers découpés

Sandwiches à la Reine

Petits pains à la Française

Asperges en branches sauce Crème

ENTREMETS

Gelée Macédoine au Champagne

Bavarrois Moscovite Chocolat et Café

Mousses de Fraises et Abricots

Petite Pâtisserie variée

Souper de bal du 6 mai, de noces d'argent

_servi chez M. Grenfeld_

POTAGE

Consommé de Volaille

ENTRÉES CHAUDES

Côtelettes d'Agneau Petits Pois

Poulets sautés Chasseur

FROID

Darne de Saumon à la Parisienne

Filets de Sole à la Norvégienne

Ballotines de Volaille aux Truffes

Pains de Foie Gras a la Royale

Médaillons de Poularde à la Renaissance

Chaudfroid de Côtelettes d'Agneau a la Russe

Oeufs de Pluvier en Aspic

Paniers Printaniers

Poulets froids Langues Jambon

Petits Pains farcis de Homard

Sandwiches assorties et Pain Bis

Asperges en Branches à l'Huile

Entremets

Bretons Historiés

Gelées au Champagne et aux Fruits

Ananas Glacés au Vin Riotte

Macédoines de Fruit Glacé

Pâtisserie Variée

Menu de bal à Hatchland.

_Souper du 3 juin 1890._

CHAUD

Consommé de Volaille

Côtelettes d'agneau a la Bergère

Poulets de printemps au Cresson

FROID

Saumon à la Parisienne

Filets de soles à la Cendrillon

Ballotines de chapon aux Truffes

Médaillons de volaille à la Pompadour

Mousses de foies gras à l'Isabelle

Chaudfroid de mauviettes à la Torelli

Mayonnaise de homard á l'Ermenouville

Poulets froids à Gelée

Langues de jambon découpées

Sandwiches assorties

Petits pois à la Française

Asperges en branche, sauce Norvégienne

ENTREMETS

Gelées aux fruits et liqueurs

Macédoine de fruits au Champagne

Crème parisienne

Pâtisseries variées

Glace à l'orange, citron, fraise

Café glacé et Thé à la crème glacé

Noël en Écosse.

[Gravure 43.png: GÂTEAU DE NOËL]

_Bal de Christmas à Mount-Stuart._

Dans l'Île de Bute, à cinq milles de Rothesay, se trouve un château

admirable au milieu d'un grand parc, que baigne l'Océan, ce château

est réputé comme le plus grand château du monde, sinon le plus

somptueux. C'est dans ce palais que j'ai servi un _bal de Christmas_

plutôt princier qu'un bal de serviteurs. Presque tous les fournisseurs

de Londres y étaient venus, ceux d'Édimbourg, de Cardiff et de

Glasgow, j'avais _carte blanche_ pour que rien ne manquât. Le maître

d'hôtel également.

Le marquis de Bute nous laissa les salons à notre disposition et s'en

alla passer quelques jours en voyage pour ne pas nous troubler dans

les apprêts de notre bal. Les lettres d'invitations furent lancées, je

partis moi-même pour Édimbourg et Glasgow faire mes provisions, nous

avions trois jours pour nous préparer.

Nous étions cinq à la cuisine et deux extras que je pris en plus; tout

alla pour le mieux. Le bal devait s'ouvrir à dix heures du soir, à

neuf heures tout était dressé, il n'y avait plus qu'à continuer;

j'avais engagé le propriétaire de _Queen Hôtel_, de Rothesay, et

ancien chef de la famille Rothschild, afin de venir me remplacer avec

son personnel pendant la nuit du bal, ainsi que pour s'occuper des

rafraîchissements et servir les glaces. Les valets de pied étaient

également remplacés par des « extras » pour faire leur service, de

sorte que tous les serviteurs de la maison étaient libres au bal; il y

avait tous les grands fermiers des alentours et les fournisseurs. Les

toilettes des dames étaient fort belles et gracieuses.

Seules, la femme de charge et les filles de service du château étaient

coiffées d'un bonnet, richement orné de dentelle et de ruban aux

couleurs de la maison, afin de les reconnaître parmi les invités, ce

qui se fait généralement dans les grandes maisons; ordinairement ce

sont le maître et la maîtresse de maison qui ouvrent le bal en costume

de chasse à courre (Hunting dress). Le maître de maison est en habit

rouge. À minuit le souper fut servi, chacun emmena sa danseuse à table

dans une salle décorée avec des cartouches de toutes couleurs, avec

des inscriptions telles que: _Longue vie au marquis!_ God save the

queen! Soyez les bienvenus! etc., les armes des Stuart John, Patrick,

Crickton Stuart, marquis de Bute, comte de Dumfries, baron de Cardiff,

etc., etc., avec les armes différentes. La salle du souper était

décorée de la même manière.

Menu de Souper.

Consommé chaud

Saumon sauce ravigotte

Pièce de boeuf salée--Rosbeef froid à la gelée

Jambon à la gelée--Dinde farcie à la gelée

Poulets et langues découpées

Galantine de volaille--Mayonnaise de homards

Petits pains à la Française

Breton, Babas Napolitains

Gelée a l'orange et Liqueurs

Crèmes variées

Pâtisseries assorties

Dessert

Glaces vanille et orange

Café et thé glacé

Le milieu de la table était tenu par un gâteau de bienvenue comme pour

les baptêmes et mariages, de quarante-cinq centimètres de diamètre sur

trente de hauteur sur un socle décoré de vingt centimètres de hauteur

entouré à sa base par des bannières en soie a franges d'or et où

étaient peintes les armes des Stuart. Sur la hauteur et sur le centre

était plantée une bannière plus grande aux armes entières du marquis.

Ce gâteau n'est pas mangé à table, chacun en emporte un petit morceau

après le bal, comme souvenir; quant aux vins, c'était le Scherry et le

Bordeaux; mais ce qu'il y avait de plus beau, c'était sur la table

garnie de fleurs, de grandes bouteilles majestueuses de Champagne aux

armes du marquis. Chaque bouteille contenait quatre bouteilles

ordinaires de Champagne; à la fin du souper, l'on but à la santé du

noble amphitryon, à celle de la reine et de sa famille, etc., sans

oublier non plus la santé des préparateurs et organisateurs de la

fête.

Après le souper l'on dansa jusqu'au jour, et chaque invité emporta

avec lui le doux souvenir du bal de Christmas du château de

Mount-Stuart.

Un dîner de Noël en Angleterre en 1866.

Le temps passe vite, c'était dans les premiers temps où j'habitais

l'Angleterre, ne sachant pas même me faire comprendre dans la langue

du pays. Mais j'étais jeune, ardent au travail, et résolu de donner

pleine satisfaction à tous ceux qui voulaient bien m'occuper.

Je fis la connaissance de M. Elmé Francatelli, qui devint un de mes

meilleurs amis, ancien officier de bouche de la reine Victoria. Il me

prit en affection dès mon arrivée à Londres et m'envoya passer les

fêtes de Noël (ou Christmas) à Eaton Hall (Cheshire), résidence

actuelle du duc de Westminster. C'était la première fois que je

quittais Londres depuis mon arrivée; je trouvais étrange que personne,

sur le parcours de mon voyage, ne parlât français. Enfin M. Fort, le

maître d'hôtel, vint me chercher à la station de Chester. Heureusement

la femme de chambre, qui était Française, me servit d'interprète

plusieurs fois par jour. Je montai aux ordres, et ma besogne se trouva

toute tracée pour la semaine.

Vingt-quatre couverts pour déjeuner, luncheon et dîner à la table du

maître, et cinquante serviteurs divisés en deux tables composaient le

programme de ma besogne.

Tous les soirs, il y avait soirée dansante ou bien théâtre, dont les

acteurs n'étaient autres que les gentilshommes du château, et dont la

plupart des spectateurs étaient des invités d'alentour, fermiers, gens

des écuries, enfin tous les serviteurs. Il y avait, après la

représentation, un souper qui n'était pas l'acte le moins agréable de

la pièce. Cette pièce, jouée en anglais, devait être assez drôle, car

elle était intitulée _l'Oie de Noël_, et celui qui tenait le principal

rôle était applaudi souvent. J'avais compris que tous s'amusaient,

excepté moi.

Chaque soir, un souper était dressé pour tout ce monde. Chacun se

chargeait d'y faire vraiment honneur. Il est inconcevable d'imaginer

la quantité de viande que l'on consomme dans ce pays.

Voilà pour le déjeuner des domestiques, servi dans le _servants hall_,

où tous les serviteurs en livrée et filles de chambre mangent

ensemble, quoique à hiérarchique distance des premiers serviteurs,

tels que le maître d'hôtel, la femme de charge, la femme de chambre,

officier d'annonce, valets de chambre, couturière et autres invités

spécialement. Cette table était servie par un domestique en livrée et

qui s'appelle le _steward room-boy_. Elle se composait (à 8 heures du

matin) de:

1° Une grande _pièce de boeuf salé_ ou _rosbeef froid_; 2° cinquante

livres à peu prés d'un énorme _pâté de lapin_; 3° d'un _jambon_. Comme

chaud, plus des oeufs, du lard fumé et du poisson grillé.

Le déjeuner des premiers domestiques (8 h. 1/4) comportait:

1° Un _rosbeef à la gelée_; 2° un _jambon_; 3° une _galantine de

volaille_; 4° un _poulet froid_, plus _langue_, _pâte de gibier_,

_terrine de foie gras_, le tout garni de gelée et dressé sur une table

à part. Comme chaud, _poisson grillé_ ou _frit_, _côtelettes_ ou

_poulet grillé, saucisses, oeufs_ et _lard fumé_, etc...

Le déjeuner des maîtres (9 h., en buffet) comportait:

_Rosbeef, jambon, pâté de gibier, terrine de foie gras, galantine,

buisson de crevettes, faisans rôtis, poulet et langue,_ le tout dressé

avec de la gelée. Cette table reste servie jusqu'après le lunch. Quant

au _chaud_, c'est toujours du _poisson frit_ ou _grillé, côtelettes,

rognons brochette, poulet_ ou _grouse grillés_ ou _sautés, oeufs_ de

tous genres, _lard fumé_, etc.

Au dîner de 1 heure, pour les serviteurs:

Une _pièce de rosbeef, dinde rôtie, oie, légumes,_ le _plum-pudding_

traditionnel, _minces-pies, gelées, fruits_, sans compter, pour ce

jour-là, vins et liqueurs à profusion, etc.

Tout le monde se réjouit beaucoup en pleine liberté. Pour ces jours de

fêtes, les salles sont décorées de guirlandes de verdure et de fleurs

par le maître jardinier. Des cartouches sont apposés avec les armes de

la maison, sans oublier le fameux _bouquet de gui_ pendant au-dessus

des portes. Lorsqu'une jeune fille passe dessous, le spectateur a le

droit de l'embrasser. S'il se trouve auprès d'elle à ce moment, la

permission dure jusqu'au lendemain du jour de l'an.

Voilà bien des plaisirs variés et fort agréables pour tout le

monde..., excepté peut-être pour les artistes de la cuisine retenus à

leur devoir jour et nuit...

À ce point de vue, les fêtes de Noël en Angleterre ont leur

inconvénient.

Mais n'est-ce pas un peu toujours ainsi, dans la vie? Et le plaisir

des uns n'est-il pas presque toujours une cause de labeur pour les

autres?

Loin de m'en plaindre, pour ma part je n'ai pas moins conservé un

excellent souvenir du fatigant Noël de 1866.

Médaillon de Faisan à la Courtyralla.

Lorsque vous avez des restes de faisan rôti, prenez-en les chairs qui

restent après les os, pilez-les en y joignant le cinquième du volume

de foie gras. En pilant ces chairs, ajoutez un peu de sauce chaudfroid

un peu collée, assaisonnez bien. Passez le tout au tamis fin, ensuite

remettez l'appareil dans une casserole et tenez dans de l'eau tiède.

Huilez des moules à côtelettes ou de forme de médaillon, les remplir

de cette purée et les tenir sur glace pour les faire refroidir. Les

démouler ensuite et les napper avec une sauce chaudfroid ou fumet de

faisan.

Ayez un fond de riz taillé pour pouvoir les dresser autour d'une

salade de légumes à l'italienne, ou d'un buisson de truffes dressées

dans une petite coupe dont le pied sert à soutenir les médaillons.

On peut aussi décorer les médaillons avec de la truffe ou des blancs

d'oeufs pochés.

Lorsque ce plat est dressé, entourez les médaillons d'un léger filet

de gelée finement hachée au moyen d'un cornet et croûtonnez le tour du

plat.

Pain de Volaille aux petits Pois.

_Recette_.--Levez les filets d'une bonne poule, les énerver et les

piler dans un mortier; lorsque la chair devient maniable comme du

beurre, lui ajouter le quart de son poids de beurre bien frais, et

piler cette farce de nouveau jusqu'à ce que le beurre soit bien mêlé,

ensuite lui ajouter un oeuf entier, sel, poivre et un peu de muscade;

passez cette farce au tamis fin, la mettre ensuite dans une casserole

ou une terrine afin de pouvoir la manipuler, pour la monter avec de la

crème double fouettée; emplir vos moules et les faire pocher au

bain-marie en ayant soin toutefois que l'eau ne bouille pas; les

démouler sur un plat et garnir le puits avec des petits pois ou autre

garniture; nappez avec une sauce votre entrée et envoyez une saucière

de sauce.

Avec vos débris, carcasse, préparez un jus qui doit vous servir pour

faire votre sauce que vous finissez avec un peu de crème.

Mousse de Gibier à la Piémontaise.

Les mousses se font ordinairement avec les restes, ou les chairs qui

restent après les os ou carcasse de gibier qui ont déjà été présentés

sur la table le jour d'un grand dîner; l'on peut donc utiliser ce

gibier pour en former un charmant plat froid et qui peut remplacer

soit une entrée ou même un second rôti.

Prenez les viandes ou débris soit de plusieurs perdreaux, faisans,

etc.; détachez les viandes des os et pilez-les. Lorsque les viandes

sont bien pilées, ajouter une ou deux bonnes cuillerées de sauce

réduite ou fumet de gibier et un peu d'aspic assez collé. Passez le

tout au tamis fin et finissez de monter cet appareil à la crème

fouettée. Chemisez à la gelée un moule conique ou à bombe; la décorer

avec de belles truffes blanches du Piémont, comme le dessin le marque

(ou tout autre); ensuite préparez une petite salade de truffes que

vous mettez macérer dans le vin blanc, la veille, assaisonné de bon

goût. Lorsque votre moule est décoré et chemisé, mettez-y votre

appareil à mousse en laissant un puits pour y mettre votre petite

salade de truffes; la recouvrir avec de l'appareil jusqu'au bord et le

laisser à la glace jusque l'instant de le servir; ensuite le démouler

sur un plat et l'entourer de petits croûtons de gelée.

[Gravure 44.png: MOUSSE DE GIBIER À LA PIÉMONTAISE]

[Gravure 45.png: TABLE DE SOUPER DE BAL _(Exposition culinaire de

1892--Grand Prix)_]

MENU

Médaillons de Truites.

Filets de Sole à la Cendrillon.

Chaudfroid de Mauviettes à la Bohémienne.

Filets de Volaille à la Comtesse.

Salade de Crevettes.

HUITIÈME PARTIE

I

POÈMES ET FANTAISIES

dédiés à l'auteur

PAR

Louis FAURE

II

LA CRÊPE

Poésie de Achille OZANNE

[Gravure 46.png]

Menu de Baptême.

Crème de volaille

Consommé aux quenelles en surprise

Beurre Radis

Bouquet de crevettes, Caviar

Truite saumonée sauce Hollandaise et Gênevoise

Bouchées aux Huîtres

Salmis de Perdreaux aux Truffes

Timbale à la Milanaise

Aspic de homard Mayonnaise

Punch à la Romaine

Faisans de Bohème truffés flanqués de Mauviettes

Canetons de Rouen rôtis

Buisson d'écrevisses

Fonds d'artichauts glacés au Madère

Cardons à la Moelle

Gelée de fruits au Marasquin

Baba glacé au Rhum

Bombe pralinée, Vanille

Parfait au café. Pièce montée et attributs

Vins

Mâcon. Chablis, Madère

Beaujolais, Saint-Julien, Corton 1866

Champagne

Quenelles en surprises.

Ayez de la farce de volaille montée à la crème, emplissez des petits

moules dits oeufs de pluviers, laissant un vide intérieurement pour

les garnir d'une petite brunoise, les recouvrir en ayant bien soin de

les souder, les faire pocher doucement et les mettre dans le consommé

au dernier moment.

Les Mets simples.

PROLOGUE

Puisque la mode aujourd'hui règne

De versifier les menus;

Que de par Ozanne on enseigne

À faire un vol-au-vent au jus;

Puisque la Muse réfractaire

Ne veut plus monter aux sommets

Et que, gourmande, elle préfère.

Mettre en poèmes les grands mets,

Allons à l'unisson des choses:

Soleil? Printemps?... Il n'en faut plus.

Dans un salmis mettons des roses.

L'amour, et des vers par dessus!

Ce salmis, amis, je vous l'offre,

Non de fait, mais d'intentions.

C'est bien moins cher, et puis mon « coffre »

Aura moins de pulsations.

C'est un mets des dieux, je l'assure.

Dont ma prose va vous mander

La façon, le poids, la mesure,

Et les fonds pour l'accommoder,

En réclamant votre indulgence

Pour le praticien de l'Art

Qui veut affirmer sa science

Par des pommes de terre au lard.

Pommes de terre au Lard.

Une livre de lard de poitrine à demi-sel, blanchir cinq minutes, bien

égoutter et essuyer. Faire prendre couleur avec cinq ou six oignons

gros comme de petites noix; singer légèrement et laisser cuire la

farine, en remuant, quelques secondes. Mouiller à point, assez

largement, avec du fonds léger ou du petit consommé; garnir d'un

bouquet et d'une légère gousse d'ail, poivre frais moulu. À côté, une

trentaine de pommes de terre Vitelotte ou de petites Hollande--non de

celles poussées dans les gadoues des environs de Paris, qui se

déforment à la cuisson, mais de celles provenant des terrains

sablonneux et maigres. Cela est peut-être plus difficile à trouver que

la truffe, soi-disant du Périgord, mais enfin, cela est une question

de oui ou de non pour la réussite de mon plat. Ces pommes de terre

devront être sautées au beurre puis lancées (selon l'expression de feu

le baron Brice) à demi-cuites et bien colorées dans le ragoût. Ajouter

une bonne cuillerée de bonne tomate et laisser mijoter une demi-heure.

Dégraisser, dresser le lard, les pommes dessus, passer la sauce au

chinois.

Une autre fois je vous raconterai ma recette des haricots rouges à

l'étuvée. Tous ces mets sont bien ordinaires, mais quand ils sont bien

faits, ils en valent bien d'autres plus prétentieux.

La Fricassée de Poulet.

Nous tentons de ressusciter,

En des formes élémentaires,

La façon de confectionner

Nos vieux mets les plus populaires.

Pour vous, jeunes gens studieux,

Je décris ces plats débonnaires;

Ils ont enchanté nos aïeux:

Serez-vous plus qu'eux réfractaires?

Le poulet demi-gras, tendre, vidé, flambé, parer les ailerons, le cou

séparé de la tête, les pattes, puis le découper; enlever les ailes,

les cuisses, enlever les ailerons et les pattes à la première

jointure; trancher l'estomac, dans le sens de sa longueur, pour le

séparer du dos et des reins; parer les uns et les autres, après avoir

enlevé les poumons et le sang coagulé dans ces dernières parties.

Il est presque inutile d'ajouter qu'il faut laver les membres de votre

poulet et le laisser dégorger une heure ou deux.

Le blanchissage des viandes blanches est essentiel, parce qu'il ne

s'attaque pas à l'arôme même de la viande; il la dégage surtout de

certaines impuretés; il la blanchit et il permet, après

rafraîchissement, de la nettoyer et d'assurer à la cuisson un fond

clair et franc de goût.

Donc, après avoir blanchi, rafraîchi, essuyé les membres de votre

poulet, les mettre dans une casserole, couverts d'eau, sur un feu vif

jusqu'à la première ébullition; écumer; garnir: sel, gros poivre,

bouquet, oignons et carottes taillés minces, une petite gousse d'ail

et deux clous de girofle; laisser bouillir doucement sur le coin,

comme une petits marmite, jusqu'à parfaite cuisson.

_Sauce._--La sauce, dont je vais vous donner la formule, n'est pas une

sauce savante de réduction, elle est courante, et quiconque a quelques

connaissances en cuisine, peut la confectionner avec l'intelligence et

le soin que demande toute préparation culinaire. D'ailleurs, j'écris

surtout ces lignes pour les commençants désireux de joindre à la

qualité des produits l'économie, l'ordre, la méthode, principes qui ne

savent sortir que de certains détails minutieusement indiqués. Ceci

dit, mettre dans une casserole 50 à 60 grammes de beurre fin, 45

grammes de farine; laisser blondir doucement; mouiller, petit à petit,

avec une partie de votre fond de poulet; finir avec de la cuisson de

champignons.

Jusqu'à consistance voulue, laisser dépouiller une demi-heure sur le

coin du fourneau.

_Liaison._--Dans une terrine, 4 à 5 jaunes, 30 grammes de beurre fin;

verser doucement la sauce sur vos jaunes, en remuant avec un fouet ou

une cuiller de bois; remettre dans une casserole propre, en plein feu,

et faire partir en remuant ferme; passer à l'étamine. L'opération

terminée, vous n'avez plus qu'à égoutter à fond votre poulet, en

ranger les membres dans un sautoir haut de bords, champignons et

oignons; saucer largement; laisser mijoter quelques minutes, puis

servir sur plat chaud.

Cuisson des Champignons.

Pour un kilogramme de champignons (fond blanc ou gris), en tous les

cas fermes et frais, laver, couper les queues, tourner ou canneler les

têtes et les mettre à mesure dans une terrine d'eau acidulée avec un

filet de vinaigre. Mettre sur un feu très vif une casserole mince, 3

décilitres d'eau, 100 grammes de beurre, le jus d'un citron et demi,

sel. À l'ébullition, jeter vos champignons bien égouttés dans la

cuisson. Au premier grand bouillon, les verser dans une terrine et les

couvrir d'un papier beurré.

Petits Oignons au blanc.

Oignons de la même grosseur: blanchir dix minutes; les finir de cuire

doucement dans un fond blanc (bouillon ou jus léger).

Le Gigot à l'Yonnaise.

À Mme L. G.

Nous t'attendions tous, aujourd'hui, le vingtième

Du mois, et le gigot rôtissait dans le four

Fortement mariné, avec au moins dixième

De son poids d'ail nouveau piqué tout alentour.

Il jaunissait gaiment, sous la chaude flambée

D'un feu clair de bois sec, arrosé grassement

D'huile vierge de noix, légèrement ambrée,

Et d'une marinade au fumet de vin blanc.

Mais tu n'es pas venue, hélas! à cette fête

Que t'avait préparée une douce amitié...

Le rôti fut manqué! puis Mary fit « sa tête »

Et...laissa dessécher la « souris » sans pitié...

Qui t'étais destinée, ô chère insouciante!

Car tu le sais, jadis, nous nous la partagions...

N'as-tu pas préféré quelque image troublante,

À ce gigot doré, piqué d'illusions?...

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Coeurs honnêtes, aimants, laissez, laissez encore

L'avenir vous sourire et l'amour vous charmer.

Vous êtes au printemps, vous êtes à l'aurore,

L'hiver est disparu, c'est la saison d'aimer.

10 février 1893. L. F.

_Recette_.--Ce gigot, bien préparé, est exquis, nous ne parlons ici

que pour les appréciateurs de mets de haut goût, et, pour sortir un

peu, aussi, des potages au lait d'amandes, des farces toujours montées

à la crème et d'autres mets plus débilitants les uns que les autres.

Notre gigot ne doit pas être originaire du pays que vous savez, où le

mouton sent la laine et la choucroute, où les lièvres sentent le chien

de siège. Vous avez le choix dans notre cher pays de France, entre le

pré-salé de la Manche et les gigots de la Picardie ou de la Champagne.

Donc, votre gigot raccourci et paré, piquez-le, ail perdu, de fines

gousses effilées comme des amandes à nougat, dessus, dessous, partout

où votre couteau d'office trouvera à mordre. Cette opération terminée,

couchez-le dans un plat creux et arrosez-le de la marinade suivante:

oignons et carottes émincés, thym, laurier, persil, basilic(1), poivre

en grain, sel, un verre de vin blanc de Chablis et un demi-décilitre

d'huile vierge de noix.

Cette huile est celle qui a été obtenue à froid sans que les noix

soient grillées au préalable. Laissez mariner une nuit, pendant

laquelle le travail mystérieux se fera.

En effet, le matin, quand débarrassé de ses aromates vous le mettrez

au four, vous lui trouverez un petit air guilleret et satisfait, ce

qui vous expliquera que ce brave gigot n'a pas perdu son temps, en

compagnie de tous ces condiments, dont on lui avait imposé la

promiscuité. Une heure de cuisson. Servez chaud, accompagné de son

fond, passé et dégraissé attentivement.

Louis FAURE.

(1) O Basilic!...parfum culinaire si apprécié de nos pères, si

délaissé aujourd'hui, je te salue! Je salue en toi l'essence que tu

dégages et que tu communiques aux mets. Tu n'as pas l'ardeur de

l'estragon, l'odeur vireuse de la ciboule, le goût d'insecte de la

pimprenelle, ton odeur est douce et pure et fait rêver à ces jeunes

filles qui te cultivaient sur leur humble fenêtre. Jennys ouvrières

du passé, qu'êtes-vous devenues? Où sont les neiges d'antan?

La Crêpe.

Traité General de la Cuisine Maigre Potages, entrées et relevés, entremets de légumes, sauces, entremets sucrés, traité de hors d'oeuvre et savoureux · 第 10 / 15 段