MONSIEUR,

J'ai l'honneur de vous adresser ci-joint un arrêté de la Société

d'agriculture du département de la Seine, relatif à des renseignemens

qu'elle demande pour la rédaction d'un ouvrage sur l'_Art de conserver

les substances alimentaires_. Cet ouvrage est à-la-fois réclamé par les

besoins du commerce, de la marine et de l'économie domestique. La

Société espère que vous voudrez bien la seconder dans son exécution, en

lui communiquant les divers procédés qui peuvent être à votre

connaissance.

J'ai l'honneur de vous saluer avec une considération distinguée,

SILVESTRE.

_Extrait du registre des délibérations de la Société d'Agriculture du

département de la Seine, séance du_ 21 juin 1809.

L'art de conserver les substances alimentaires est encore loin d'avoir

reçu le degré de perfection et d'extension dont il est susceptible, et

qu'il est à désirer de lui voir obtenir, à raison des grands avantages

qui en résulteraient pour les diverses classes de la société.

Il arrive en effet habituellement que plusieurs denrées, telles que les

fruits, les légumes, les poissons, les viandes, etc., très-abondantes

dans certaines saisons ou dans certains cantons, sont gaspillées et se

donnent à vil prix, tandis que, dans d'autres circonstances, elles

doublent et quadruplent de valeur, et qu'il est même impossible de s'en

procurer, parce qu'on n'a pas employé les moyens de conservation par

lesquels il eût été possible d'en prolonger la durée. A l'aide de ces

moyens, plusieurs de ces denrées qui ne trouvent pas de débouchés, et

qui sont consommées presque sans profit, entreraient dans la masse

générale des subsistances, et fourniraient à la table du pauvre, ainsi

qu'à celle du riche, pendant tout le cours de l'année, une abondance et

une variété de mets, qui augmenteraient beaucoup les moyens de

subsistance du premier, et multiplieraient les jouissances du second.

Les personnes qui ont appliqué à leurs besoins particuliers cette partie

de l'économie domestique, connaissent les ressources qu'elle leur

procure dans leur ménage, et elles savent combien le public en

retirerait d'avantages, si elle était mise généralement en pratique;

mais ce qui a été publié sur ce sujet est trop incomplet et trop fautif

pour servir de guide.

D'après ces considérations, la Société d'agriculture du département de

la Seine a pensé que la publication d'un ouvrage spécial sur l'_Art de

conserver les substances alimentaires_ ne pourrait qu'être extrêmement

utile, soit pour la société, soit pour les particuliers. En conséquence

elle a invité un de ses membres, M. _de Lasteyrie_, qui s'était déjà

occupé de cet objet, à continuer les recherches et les expériences qu'il

a commencées; et afin de lui faciliter les moyens de compléter son

travail, la Société a arrêté qu'elle inviterait tous ses membres, ainsi

que ses correspondans, tant étrangers que nationaux, à transmettre à son

secrétaire, sous le couvert de S. Ex. le ministre de l'intérieur, ou

bien à communiquer directement à M. _de Lasteyrie_ lui-même les procédés

de conservation qui peuvent être à leur connaissance. Elle va leur

indiquer d'une manière générale la nature des renseignemens qu'elle

désire.

1º La Société demande une description des méthodes usitées dans le

canton qu'on habite pour la conservation des grains, des farines, des

légumes, des racines, des herbes potagères, des fruits proprement dits,

des poissons, du lait, du beurre, du fromage, des œufs, des viandes

d'oiseaux ou de quadrupèdes, etc.

2º Comme on ne peut compter sur un procédé que lorsqu'il a été constaté

par des expériences plusieurs fois répétées, les personnes qui voudront

bien envoyer des renseignemens sont invitées à décrire uniquement les

méthodes de conservation dont l'efficacité aura été reconnue par leur

propre expérience, ou par celle d'autres personnes dignes de foi.

3º Si les procédés en usage dans un canton ont été décrits dans quelque

ouvrage, il suffira d'indiquer la page de l'ouvrage où se trouve cette

description, et de noter les perfectionnemens que pourraient avoir reçus

ces procédés.

4º Plusieurs bonnes méthodes de conservation ayant été publiées dans les

ouvrages allemands, anglais, hollandais, suédois et danois, on invite

ceux qui en auraient connaissance à en donner l'indication, lorsqu'ils

seront assurés de la bonté de ces méthodes.

5º Les renseignemens demandés s'étendent sur toute espèce de procédés,

pratiqués, soit en grand, soit en petit, pour la conservation des

différentes substances propres à la nourriture de l'homme et même à

celle des animaux. Tels sont en général la salaison, la dessiccation, la

coction, la fumigation, la mouture, etc., l'emploi du vinaigre, de

l'huile, du beurre, de la graisse, du miel, du sucre, etc., la privation

du contact de l'air, de la lumière, etc.

6º On n'oubliera pas de décrire les qualités des diverses substances

employées pour la conservation des alimens, la nature et les dimensions

des vases et ustensiles, la position et la construction des lieux

particulièrement destinés à cette conservation et aux opérations qui la

précèdent.

_Signés, le sénateur comte_ FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU, _président_;

SILVESTRE, _secrétaire_.

_Copie du certificat délivré par les membres de la Société royale de

Londres, le_ 28 juin 1814, _à M._ APPERT, _auteur de l'Art de conserver

toutes les substances alimentaires_.

Nous soussignés certifions que la bouteille de lait mentionnée dans le

certificat de M. Bouriat, fut débouchée et goûtée par nous le 26 de

juin. Nous trouvâmes le lait très-doux et exempt de toute espèce

d'âcreté, mais différent un peu, ayant un goût de lait frais. Les autres

substances conservées, dégustées par nous dans le même temps, se

trouvèrent toutes dans une entière et parfaite conservation, ayant

encore toute leur saveur.

_Signés_ N. A. CADELL, JOS. BANKS, BLAGDEN, etc., etc., etc.

_Lettre de M._ DE FREYCINET, _capitaine de vaisseau, et membre de

l'Institut (Académie des sciences), a M._ APPERT.

Je vous envoie ci-inclus, monsieur, l'extrait du voyage du capitaine

_Kotzebue_, dont je vous ai parlé. Vous y verrez que les Anglais et les

Russes sentent parfaitement l'importance de la découverte dont vous êtes

l'auteur. Vous y remarquerez aussi que, selon l'usage, les Anglais

cherchent à s'attribuer le mérite d'une découverte dont ils sont jaloux,

comme de tout ce qui se fait d'utile hors de chez eux. Mais le nom de

_Donkin_, ou tout autre, ne l'emportera pas sur le vôtre; l'Europe vous

rendra la justice pleine et entière qui vous est due, et vous serez

considéré comme un des hommes qui ont rendu les plus grands services à

la marine. Tôt ou tard vos préparations alimentaires seront adoptées en

grand et exclusivement sur les vaisseaux; elles feront oublier ces

salaisons parfois si dégoûtantes, et toujours si nuisibles à la santé,

et c'est à vous que les navigateurs devront ce bienfait.

Je souhaite, pour l'intérêt de la marine et la gloire de la France, que

vous puissiez donner vous-même promptement à votre utile et intéressante

manufacture tous les développemens dont elle est susceptible, et qui

sont si vivement désirés par tous nos navigateurs.

Recevez, monsieur, l'assurance de mes sentimens les plus distingués.

Le livre de tous les ménages ou l'art de conserver pendant plusieurs années toutes les substances animales et végétales · 第 137 / 161 题