OBSERVATIONS.

«L'art de conserver les substances végétales et animales dans le

meilleur état possible, c'est-à-dire, qui se rapproche le plus de celui

où la nature nous les offre, continuent les mêmes Commissaires, a

beaucoup occupé la pharmacie, la chimie et la médecine. On a employé,

pour y parvenir, différens moyens, tels que la dessiccation, les

véhicules acides, alcooliques, huileux, les substances sucrées, salines,

etc.; mais il faut avouer que ces moyens font perdre à plusieurs corps

une partie de leurs propriétés, ou les modifient souvent, de manière

qu'on ne reconnaît plus leur arome ni leur saveur. Sous ce point de vue,

les procédés de M. Appert nous paraissent préférables, si, sans avoir

recours à la dessiccation, il n'ajoute aucun corps étranger à celui

qu'il veut conserver. Il y a tout lieu de croire que son moyen est

d'autant meilleur, que les substances sur lesquelles il opère sont plus

capables d'éprouver, sans altération sensible, une température assez

élevée.»

Plusieurs personnes, dont le mérite est très-connu, ont été chargées par

les préfets, dans différens ports de mer, d'examiner les préparations de

M. Appert. Il suffit de lire l'extrait des rapports faits par ces

personnes instruites, pour se convaincre de la bonté des procédés de

l'auteur.»

Du 14 avril 1807.

A Brest, par exemple, la commission nommée par M. le préfet maritime

s'exprime ainsi:

«Il est démontré, par tout ce qui vient d'être dit, que toutes les

substances alimentaires embarquées, au nombre de dix-huit, sur le

_Stationnaire_, depuis le 2 décembre 1806, débarquées le 13 avril 1807,

et examinées par la commission _ad hoc_, sous la présidence d'un

commissaire de marine près les hôpitaux, ne se sont point altérées

pendant leur séjour à bord, et que l'état dans lequel on les a trouvées

est celui qu'elles présentaient au premier examen fait au commencement

du mois de décembre dernier.

«On peut ajouter que le procédé de M. Appert, pour la conservation des

objets examinés, est suivi de tout le succès qu'il avait promis; qu'avec

quelques corrections qu'il regarde comme très-faciles, et en multipliant

moins les vases, les viandes, à bord des vaisseaux de Sa Majesté et

autres bâtimens, offriraient de grands avantages.»

La commission nommée à Bordeaux, par M. le préfet du département, dit

positivement:

«L'exposé que nous venons de vous faire, M. le préfet, sur les divers

objets préparés par M. Appert, vous indiquera qu'ils étaient dans un

état de conservation parfaite; que les moyens employés ne tiennent

point à l'addition de substances étrangères; que ces moyens sont fondés

sur des procédés particuliers, trouvés ou perfectionnés par M. Appert,

qui ne dénaturent nullement le goût ni le parfum des objets qu'on y

soumet.»

M. le contre-amiral Allemand a écrit une lettre à M. Appert, dont voici

la copie.

«J'ai communiqué votre lettre, Monsieur, aux capitaines sous mes ordres,

et leur ai fait goûter, avant-hier, les végétaux de toutes espèces que

j'achetai de vous, il y a quatorze mois, et dont mon maître-d'hôtel

avait oublié une caisse dans une soute. Comme on commence à se procurer

des petits pois et des fèves, ils les crurent de la saison, tant ils

étaient bien conservés. Ils veulent vous en acheter une grande

provision, ainsi que des bouillons, viandes en bouteilles, et fruits.

J'en prendrai aussi beaucoup pour moi, quand la saison dans laquelle

nous entrons sera passée.

«Je suis tellement persuadé, Monsieur, qu'il y aurait infiniment

d'avantage à embarquer, de la sorte, les rafraîchissemens des malades,

que, si S. Exc. le ministre de la marine et des colonies me faisait

l'honneur de me demander mon avis, je ne balancerais pas à l'affirmer,

autant pour l'intérêt du gouvernement et des malades, que pour le vôtre.

Je le lui demanderai même au premier jour.

«Recevez l'assurance de ma haute considération. A bord du vaisseau

impérial le _Majestueux_, en rade à l'île d'Aix, le 7 mai 1807.»

_Copie de la lettre de M. le vice-amiral Martin, préfet maritime, à M._

APPERT, _à Brest_.

«J'ai reçu, Monsieur, votre lettre du 27 avril dernier. Suivant vos

désirs, j'ai adressé à S. Exc. le ministre de la marine et des colonies

le procès-verbal de la visite des divers comestibles préparés d'après

vos procédés.

«Je ne négligerai aucune occasion de faire connaître une découverte qui

m'a paru aussi utile à l'État, qu'intéressante pour les marins. J'ai

l'honneur de vous saluer.

«Rochefort, le 22 mai 1807.»

On voit, par ces rapports qui se trouvent presque conformes, quoique

faits dans des villes éloignées les unes des autres, à des époques et

par des personnes différentes, que les procédés de M. Appert sont aussi

sûrs qu'utiles. Ils offrent un moyen de jouir, toute l'année, dans toute

la France, et de savourer à son aise les productions qui n'appartiennent

qu'à une de ses parties, sans craindre de les recevoir altérées par le

transport et l'éloignement de la saison qui les a vues naître. Déjà,

sous ce seul rapport, l'avantage paraît grand; aussi n'a-t-il pas

échappé aux poètes et littérateurs aimables qui chantent, pour s'égayer,

les succès qu'obtient l'art de préparer les mets. M. Appert a reçu

d'eux, plusieurs fois, les éloges les plus flatteurs et les plus

mérités.

Les procédés de cet artiste ne sont pas moins utiles à l'économie du

sucre pour les fruits, parce qu'ils conservent, sans son secours, leurs

sucs jusqu'au moment de les consommer. Il suffit, à cette époque, d'y

ajouter un peu de sucre, pour les rendre agréables, tandis qu'il en

aurait fallu le double pour les conserver, à l'aide de ce condiment. On

peut ajouter encore que la saveur et l'arome des substances sont mieux

conservés par les moyens de M. Appert, que par la coction qui s'emploie

ordinairement pour les confire à l'aide du sucre. Voilà deux avantages,

dont l'un paraît bien grand, lorsqu'on examine la quantité prodigieuse

de cette denrée coloniale qui sert à conserver, chaque année, les sucs

et les fruits. L'établissement de M. Appert n'a peut-être pas été assez

apprécié par de riches capitalistes qui auraient pu lui donner

rapidement le degré d'extension désirable, et qu'il ne prendra que

successivement, si cet artiste est livré à ses propres moyens.

Les succès qu'il a déjà obtenus augmentent son zèle, et lui font porter

ses vues plus loin; il promet de faire parvenir au-delà de la Ligne,

sans être altérées, les productions agréables dont la nature a favorisé

notre sol. Il veut par là multiplier les jouissances de l'Indien, du

Mexicain, de l'Africain, comme celles du Lapon, et transporter en

France, des pays les plus éloignés, une infinité de substances que nous

désirerions avoir dans leur état naturel.

Déjà les essais qui ont été faits, à bord de quelques vaisseaux,

prouvent que les malades d'un équipage se trouveront fort satisfaits des

préparations de M. Appert, qui leur offrent la facilité de pouvoir se

procurer, au besoin, de la viande et du bouillon de bonne qualité, du

lait, des fruits acides, même des sucs antiscorbutiques; car M. Appert

assure pouvoir conserver ces derniers.

Quant à l'embarcation de la viande nécessaire à tout un équipage, pour

un voyage de long cours, il semble s'élever une légère difficulté, par

la multiplicité des bouteilles qu'il faudrait avoir; mais M. Appert

trouvera sans doute les moyens de faire cesser cet inconvénient, par le

choix de vases moins fragiles, et d'une capacité plus grande.

Telle est notre manière de penser sur les substances conservées par M.

Appert et soumises à notre examen; qu'elles se sont trouvées toutes de

bonne qualité; qu'on peut les employer sans aucune espèce

d'inconvénient, et que la Société doit des éloges à l'auteur, pour avoir

avancé à ce point l'art de conserver des substances végétales et

animales. Nous nous plaisons ici à rendre hommage au zèle et au

désintéressement qu'il a mis pour parvenir à son but.

Lorsque les relations commerciales seront plus faciles, M. Appert n'aura

besoin que de son talent et de sa persévérance pour établir une branche

de commerce qui lui sera utile ainsi qu'à son pays; mais, dans ce

moment, ses concitoyens ne peuvent mieux récompenser ses travaux qu'en

employant les produits de sa manufacture.

_Nota._ M. Appert désire conserver des relations avec la Société, pour

l'instruire du résultat des nouveaux travaux auxquels il va se livrer

d'après l'invitation de vos commissaires.

Le conseil partageant l'avis de la commission, adopte le présent rapport

et ses conclusions, et arrête qu'il sera inséré au Bulletin de la

société.

_Signés à la minute_, GUYTON-MORVEAU, PARMENTIER et BOURIAT. Pour copie

conforme: MATH. MONTMORENCY, _secr. adj._

_Société d'Agriculture du département de la Seine._

Paris, le 15 juillet 1809.

SILVESTRE, _membre de l'Institut, secrétaire de la Société d'Agriculture

du département de la Seine, à M._

Le livre de tous les ménages ou l'art de conserver pendant plusieurs années toutes les substances animales et végétales · 第 136 / 161 题