MONSIEUR,

J'ai le plaisir de vous transmettre une copie du rapport fait à la

société d'encouragement par MM. Guyton-Morveau, Parmentier et Bouriat,

sur vos conserves de substances végétales et animales. On ne peut rien

ajouter au jugement que la commission a porté sur votre découverte; elle

annonce cependant qu'elle n'a pas été à portée de faire des expériences

assez rigoureuses ni assez long-temps suivies, pour pouvoir constater

jusqu'à quel point les substances que vous préparez sont susceptibles de

se conserver; mais ce qu'elle a observé par elle-même a suffi pour

former son opinion, déjà favorablement disposée par les témoignages

nombreux et décisifs qui attestent vos succès.

La Société d'encouragement croit servir la patrie et l'humanité, en

publiant, avec les éloges qu'elle mérite, une découverte aussi

généralement utile. Ses vœux seront accomplis, si son suffrage, en

déterminant les consommateurs à faire usage de vos produits, peut

contribuer à vous faire obtenir la juste récompense de vos travaux.

Agréez, Monsieur, l'assurance de la parfaite considération avec laquelle

j'ai l'honneur de vous saluer, MATH. MONTMORENCY, _secr. adj._

_Extrait du procès-verbal de la séance du conseil d'administration, du

mercredi_ 15 mars 1809.

_Rapport fait, au nom d'une commission spéciale, par M._ BOURIAT, _sur

les substances végétales et animales conservées par M._ APPERT.

«Le Conseil a renvoyé à une commission, composée de MM. Guyton-Morveau,

Parmentier et moi, l'examen des substances végétales et animales

présentées par M. Appert, et conservées, d'après ses procédés, depuis

plus de huit mois.

Ces substances sont:

1º Un pot-au-feu;

2º Un consommé;

3º Du lait;

4º Du petit-lait;

5º Des petits pois;

6º Des petites fèves de marais;

7º Des cerises;

8º Des abricots;

9º Du suc de groseilles;

10º Des framboises.

«Chacun de ces objets était contenu dans un vase de verre,

hermétiquement fermé, ficelé avec du fil de fer, et goudronné. En

procédant avec ordre à leur examen, le pot-au-feu a le premier fixé

notre attention. Nous avons trouvé une gelée assez consistante qui

entourait un morceau de bœuf et deux morceaux de volaille. En chauffant

avec précaution le tout au degré convenable, on a trempé une soupe qui

s'est trouvée bonne, et la viande, qui en avait été séparée, fort tendre

et d'une saveur assez agréable.

«Le consommé nous a paru excellent; et, malgré qu'il fût préparé depuis

près de quinze mois, il n'y avait guère de différence à établir avec

celui qu'on aurait fait le jour même.

«Le lait s'est trouvé d'une couleur jaunâtre, imitant un peu celle du

colostrum, d'une densité plus forte que celle du lait ordinaire, plus

savoureux et plus sucré que ce dernier; avantage qu'il doit au degré de

concentration qu'on lui a fait éprouver. On peut dire qu'un lait de

cette espèce, quoique préparé depuis neuf mois, peut remplacer la

majeure partie des crêmes qui se vendent à Paris. _Ce qui paraîtra plus

extraordinaire, c'est que ce même lait, contenu dans une bouteille de

chopine, qui a été débouchée, il y a un mois, pour en prendre une

partie, et rebouchée ensuite avec peu de soin, s'est conservé presque

sans altération. Il a paru d'abord prendre un peu de consistance, mais

une simple agitation a suffi pour lui redonner sa liquidité ordinaire.

Je le présente ici dans la même bouteille, afin qu'on puisse se

convaincre d'un fait que j'aurais eu de la peine à croire, s'il m'eût

été annoncé avant d'en avoir acquis la preuve._

«Le petit-lait, que nous avons examiné ensuite, a présenté des

particularités presque aussi étonnantes; sa transparence est la même que

celle d'un petit-lait nouvellement préparé. Sa couleur est plus foncée,

son goût plus sapide, et sa densité plus grande. Il s'est aussi altéré

beaucoup moins vite, étant exposé à l'air au bout de quinze jours,

puisqu'une bouteille, ouverte il y a un mois et demi, agitée à plusieurs

reprises, et assez mal rebouchée, n'a commencé à perdre de sa

transparence qu'au bout de quinze jours. Sa surface s'est recouverte, au

bout d'un mois et plus, d'une moisissure assez épaisse, qui, étant

séparée avec soin, l'a laissé jouissant encore de sa saveur du

petit-lait.

«Les petits pois et les fèves de marais, cuits avec l'attention que

recommande M. Appert, ont présenté deux mets très-bons, que

l'éloignement de la saison dans laquelle on les mange semblables, paraît

rendre encore plus agréables et plus savoureux.

«Les cerises entières et les abricots coupés par quartiers, conservent

une grande partie de la saveur qu'ils avaient au moment où on les a

récoltés. Il est vrai que M. Appert est obligé de les cueillir un peu

avant leur maturité parfaite, de crainte qu'ils ne se déforment trop

dans les vases de verre où il les conserve.

«Le suc de groseilles et les framboises nous ont paru jouir de presque

toutes leurs propriétés; on y a retrouvé l'arome de la framboise

parfaitement conservé, de même que l'acide légèrement aromatique de la

groseille. Leur couleur seule avait diminué d'intensité.

«Tels sont les résultats que nous ont présentés ces sortes de

substances, qui toutes avaient été préparées, suivant M. Appert, depuis

plus de huit mois, et plusieurs d'entre elles depuis un an et quinze

mois, notamment le petit-lait. Nous avons dû nous en rapporter à lui

pour les époques de leurs préparations, ne pouvant compter que deux mois

depuis le moment où il en a fait le dépôt à la Société; mais ce laps de

temps nous a suffi pour avoir une idée avantageuse de son procédé. Nous

sommes d'autant plus fondés à croire ce qu'avance M. Appert, que des

personnes dignes de foi se sont convaincues par elles-mêmes qu'il peut

conserver, plus d'une année, de semblables substances. Cet artiste n'a

remis au conseil, que comme échantillons, les objets dont je viens de

parler; mais il en prépare un bien plus grand nombre d'espèces. Il n'a

point communiqué les procédés qu'il emploie.

Le livre de tous les ménages ou l'art de conserver pendant plusieurs années toutes les substances animales et végétales · 第 135 / 161 题