MANIPULATION.

Il en est des pieds de bœufs comme des têtes, on se les procure à

l'abattoir; ils doivent être frais et provenir des bœufs que l'on vient

d'abattre.

Dès qu'ils sont apportés à la fabrique, on les jette dans des cuviers

pleins d'eau pour les faire dégorger jusqu'au lendemain matin; après les

avoir bien lavés, brossés et fait égoutter, on les jette dans une

seconde eau, qui doit être très-propre; le soir on les change d'eau, et

le lendemain on les en retire encore pour les jeter dans une quatrième

après les avoir préalablement lavés et brossés de nouveau. Ce dernier

bain ne dure que deux heures; on retire alors les pieds, on les fait

égoutter et on les range dans une chaudière, où il n'y a d'eau que la

quantité nécessaire pour couvrir l'ergot sur lequel ils sont dressés; un

plus grand volume d'eau aurait l'inconvénient de faire échapper l'huile

qu'il n'est pas encore temps d'attaquer dans cette première opération

qui n'a pour objet que de désergoter les pieds.

Les choses ainsi préparées, on allume le feu sous la chaudière, et le

liquide est porté à une chaleur de soixante à soixante-dix degrés

environ: alors, avec un crochet de fer destiné à cet usage, on essaie de

détacher l'ergot; lorsqu'il cède facilement, on retire le feu de dessous

l'appareil, et on procède à désergoter tous les pieds que l'on jette à

mesure dans une cuve d'eau fraîche.

Quand tous les pieds ont subi cette préparation, et qu'on les a fait

égoutter, on les range dans l'autoclave, et on les couvre de trois

pouces d'eau, en observant toujours la règle de ne charger l'appareil

qu'aux trois quarts de sa capacité; on pose le couvercle, on allume le

feu et l'opération se continue au même degré de chaleur, et en tout de

la même manière que pour l'extraction de la gélatine.

Le feu retiré et la soupape chargée de tous ses poids, on laisse

refroidir pendant quatre à cinq heures, avant d'ouvrir l'appareil.

Alors l'huile et la graisse sont parfaitement extraites des pieds; mais

comme cette dernière est beaucoup plus pesante, il faut attendre au

moins une heure après l'ouverture de l'appareil que le départ soit

effectué.

Quand la matière est bien reposée, avec un poêlon plat, on décante

légèrement les trois quarts à peu près de la couche d'huile qui la

recouvre, et que l'on verse dans des vases de fer-blanc; pour le

surplus, qui ne contient que très-peu d'huile mêlée à la graisse, on le

décante jusqu'à fleur d'eau, et on le laisse reposer séparément pendant

quelques jours pour donner à la graisse le temps de se précipiter

entièrement; le départ effectué, on ajoute la quantité d'huile qui en

provient à celle déja recueillie, et on met le tout en barils.

On voit combien est simple le procédé que j'emploie pour extraire cette

huile; mais il faut bien prendre garde que ce n'est qu'en observant,

dans la manipulation, tous les détails que je viens de donner, qu'on

peut espérer de l'obtenir parfaitement dépurée, exempte de goût,

d'odeur, et propre à remplacer l'huile d'olive dans les usages

culinaires; mais en négligeant mes indications et en s'affranchissant

des soins d'une propreté minutieuse, on ne doit pas attendre de pareils

résultats.

_Manière d'extraire la gélatine du pied de bœuf._

Comme l'opération sur le pied de bœuf a le double résultat d'en

extraire l'huile et la gélatine, je dois indiquer comment se traite

cette dernière substance, la manipulation n'étant pas absolument la même

pour la gélatine provenant des pieds de bœufs, que pour celle provenant

des têtes.

Après avoir décanté de l'autoclave, ainsi que je viens de le dire,

l'huile et la graisse, on retire, à l'aide de la pompe, l'eau saturée de

gélatine, pour la soumettre à l'évaporation, les os sont aussi retirés,

mais ils retiennent encore, à cause de leur forte épaisseur, près des

deux tiers de leur gélatine, que l'application d'une chaleur portée à

trois atmosphères n'a pu atteindre. Pour parvenir à les purger

entièrement, on les écrase d'abord avec la mailloche, ce qui est

très-facile, la première cuisson les ayant considérablement amollis; on

les replace ainsi pulvérisés dans la chaudière où on les recouvre de six

pouces d'eau. Du reste et à cela près de la macération des os et de la

double cuisson, l'opération est absolument semblable à celle pratiquée

pour l'extraction de la gélatine des canards ou têtes de bœufs.

Il est évident que dans une entreprise où se traiterait en grand, par

mon procédé, la fabrication de la gélatine, la fonte des suifs et

l'extraction de l'huile de pied de bœuf, cette dernière branche, par sa

connexité avec les deux autres, offrirait d'immenses bénéfices.

Le livre de tous les ménages ou l'art de conserver pendant plusieurs années toutes les substances animales et végétales · 第 131 / 161 题